CÉLIE, HORACE
CÉLIE
11 ne nous laisse pas le temps de l'attendrir ; Preuve qu'en son projet il est inébranlable.
HORACE
Mon père d'autre part n'est pas très-pitoyable.
CÉLIE
Qu'allons-nous devenir entre ces entêtés? Hélas ! il faudra bien faire leurs volontés.
Si nous faisons les leurs > qui donc fera les nôtres? Le sage doit apprendre à se passer des autres , Me dit souvent mon père , et je veux aujourd'hui T'épouser sagement, en me passant de lui.
CÉLIE
Horace, y penses-tu ?
HORACE
J'y pense.
CÉLIE
Une révolte !
HORACE
Après le mauvais grain la mauvaise récolte !
CÉLIE
Il est homme à jamais ne te la pardonner !
HORACE
Je suis homme à ne pas beaucoup m'en chagriner.
CÉLIE
C'est parler méchamment.
HORACE
C'est parler, ma Célie, En homme que l'amour de tout lien délie ;
Père, patrie, amis ne sont de rien pour moi, Et je peux me passer de tout, hormis de toi.
Mais pour nous marier tout seuls, avons-nous l'âge ?
HORACE
C'est vrai, diable !
CÉLIE
On ferait casser le mariage.
HORACE , à part,
Les morceaux en sont bons.
CÉLIE
Quoi l vous riez, monsieur
HORACE
Là ! ne te fâche pas : Je ris à contre-cœur. Mais sérieusement, que résoudre, que faire A moins de secouer l'autorité d'un père ?
CÉLIE
A tout événement, Horace, jurons-nous De nous aimer toujours.
HORACE
Je le jure à genoux.
CÉLIE
Et de ne pas souffrir qu'un ordre plus barbare Par un autre hyménée à jamais nous sépare.
HORACE
Jurons ! et qu'un baiser cimente le serment.
CÉlie, s'échappant. Ma parole n'a pas besoin de ce ciment.
HORACE, la poursuivant.
Un baiser, ma Célie, et sans faire la moue.
CÉlie, s'arrêtent.
Ne le suffit- il pas de mon cœur, sans ma joue ?
HORACE
Et toi, crois-tu beaucoup illustrer la rigueur