SCÈNE
En idiots, en gens à mener par le né ;
Si bien qu'en vérité parfois je me demande
Pourquoi c'est l'homme et non la femme qui commande ,
Et d'où peut venir l'air de domination
Qu'affecte ce faux roi de la création.
On voit bien que tu n'as jamais été battue ! Tu mépriserais moins l'homme, fîère statue !
CLORINDE
Peut-être vaut-il mieux n'avoir aimé jamais Et que le ciel n'ait pas entendu nies souhaits. L'amour est une guerre entre nous et les hommes Où dès qu'ils ne sont plus victimes, nous le sommes ; Or, dans un tel combat, où tout coup vise au cœur, Celui qui n'en a pas est toujours le vainqueur. C'est ainsi que sans chaîne et sans entrave aucune Dans son cours merveilleux j'ai suivi ma fortune.
AXXIBAL.
Certes, je ne suis pas pour te le disputer. Ton hymen a de quoi tous deux nous contenter, Car à toi s'il t'assure une belle retraite Et le droit de jouer à la madame... honnête^ Il me met à l'abri, moi qui veux mourir gras, Des caprices du sort à l'heure des repas; II m'assure de plus, outre la nourriture, De quoi conter fleurette à quelque créature, Et, comme coqs en pâte, on nous verra tous deux, Chacun à sa façon, parfaitement heureux ! Mais je l'achète cher, car jusqu'ici mon rôle Est fatigant...
CLORINDE
Comment ?
AXXIBAL.
Comment? ce n'est pas drôle
if) ACTE II.
De taire l'hidalgo fier et silencieux De peur de rien lâcher qui révolte le vieux; De ne pas m'écarter de toi d'une coudée Pour te donner un air de fille bien gardée ; De froncer le sourcil en surveillant jaloux Pour peu que l'impotent se mette à tes genoux ï
Tout cela, mon ami, n'est pas très-agréable, J'en conviens, mais...
Dis donc que c'est insupportable!
Toujours faire la moue et sembler sur le gril ! Chaque entretien me laisse une crampe au sourcil.
CLORINDE
Que l'heure des repas soutienne ton courage.
Oui, parlons-en! c'est là que je me dédommage ! Pauvre Franca Trippa, tu ne bois plus du tout De crainte que le noble Annibal ne soit saoul !
CLOKINDE.
Va, nous touchons au but.
Ah!
CLORINDE
Que ton zèle brille !
On aura le maintien d'un portrait de famille.
CLORINDE
Surtout surveille-moi plus strictement encor !
Si d'après le dragon l'on juge du trésor, Ne crains rien.
CLORINDE
Que ce jour ne me soit pas funcsle,