‹ L'aveu; comédie en trois actesChapitre 47 sur 75 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

début. Cette situation anormale quo nous créa raa franchise imprudente, acceptons-la bravement jusqu'en ses dernières conséquences.

DAUTRESME, entre deux tons.

Je ne comprends pas.

MADAME DAUTRESME, après Une pause de réflexion.

Mon ami, il est inutile d'essayer de nous cacher derrière notre doigt. Cet aveu que je vous fis dans une excellente intention — vous-même m'en avez louée tout d'abord — cet aveu nous conduit irrésistiblement à une séparation prochaine. Que vous provoquiez un scandale, la séparation de ce fait même s'impose immédiate. Si vous retenez votre colère, il nous va falloir en jouir entre nous : existence intolérable aboutissant à une rupture plus lente, mais non moins certaine. Dans les deux cas, même conclusion. [Une pause. Dautresine secoue la tête. Approbation mélancolique.) Donc, puisque forcément il nous faut y venir^ tâchons que cette séparation s'accomplisse avec la moindre souffrance, le moindre dommage pour tous deux.

DAUTRESMEj à peine distinct.

Oui.

MADAME DAUTRESME

Eh bien ! le moyen pour cela c'est de finir comme nous avons commencé, par la franchise, la générosité. Eprouveriez-vous la plus légère fausse honte à dire à tous ceci : Votre femme a dû s'avouer, en dépit d'une longue défense, qu'elle a cessé de vous aimer... qu'elle en aime un autre. Elle aurait pu vous tromper, elle a préféré vous le dire loyalement. Continuer dans

ces conditions la vie conjugale... Impossible! Votre dignité blessée exige une séparation. Mais votre femme n'est pas une chose. Elle s'était donjiée, elle se reprend. Vous la reconnaissez libre. Au lieu de jouer les maris bassement jaloux^ brutaux et tyranniques, prouvant par leurs vilenies qu'ils ne méritaient pas mieux que leur malheur, vous allez loyalement, généreusement prêter la main à une séparation amicale, s'effectuant de parfaite entente, sans aucune des malpropretés accoutumées en la circonstance, sans scandale aucun pouvant entraver une union ultérieure.

DAUTRESME, interrompant.

Une union ?... Vous voudriez ?...

MADAME DAUTRESME

Voire orgueil souffrira-t-il plus à voir celle qui porta voire nom épouse respectée au bras d'un autre homme, que tombée par un scandale brutal au rang des déclassées méprisables ou tout au moins méprisées ?

DAUTRESME

Sans doute... cependant!... [Vi%'emcnt.) Qui épouseriez-vous ?

MADAME DAUTRESME

Que vous importe! Voyons, mon ami, réfléchissez, Si vous trouvez une autre solution, je suis toute prêle à y souscrire. Mais, croyez-moi, il n'en est pas d'autre ! Le ridicule, toute la boue du scandale banal, ou la fin très digne de notre union, la fin en beauté. Car je n'ai pas besoin de vous faire sentir tout ce qu'une pareille conduite de votre part aurait de généreux, de chevaleresque...

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