IV. LA CÉCITÉ QUI SURVIENT
Le drame qu'on nous a montré jusqu'à présent, c'est le drame de la vie dans les ténèbres. En voici un tout différent: le drame de la cécité qui survient, de la vie brisée, de sa reconstruction dans le noir. La psychologie de l'homme qui perd la vue est tout autre que la psychologie de celui qui l'a perdue depuis longtemps, qui a fait le tour de son infirmité et en a reconnu tous les recoins. Ce qui domine chez le premier, c'est un vague sentiment d'horreur, le vertige au bord de l'abîme. Il n'a guère encore sur la cécité que ses impressions de voyant; le préjugé pour lui compte plus que la. réalité.
Est-il beaucoup de sujets plus dramatiques que celui-là? Et ne vous étonnez-vous pas qu'il n'ait pas plus tôt tenté les romanciers? Il devait prendre une sinistre actualité dans ces dernières années avec la guerre, qui a fait dans le monde quinze mille aveugles.
Cette fois encore, un ouvrage étranger se présente d'abord. Peut-être est-ce Rudyard Kipling, dans la Lumière qui s'éteint, qui a le premier traité le sujet avec* toute l'ampleur qu'il com-