DUPERRIER, ALBERT
DUPERRIER
Albert !
ALBERT, le retournant.
Monsieur Duperrier !
J’ai vu de ma chambre briller de la lumière dans notre bureau. — H n’est plus l’heure de travailler. — Pourquoi veiller si tard?
ALBERT
C’est que je voulais mettre tous mes comptes à jour, et vous rendre 1a clé de la caisse demain, avant de partir.
DUPERRIER
Où voulez-vous donc aller?
ALBERT, arec embarras.
A... à Varangel, monsieur.
DUPERRIER
Ah ! je comprends... oui... à Varangel où vous appelle un anniversaire que je n’ai pas oublié non plus... vous avez là une pieuse pensée... oh! Elle vous aimait bien votre mère. — Elle a cruellement soulîert, et méritait une autre destinée.
ALBERT
Vous l’avez connue, monsieur? •
DUPERRIER
.Oui... j’étais riche, elle était pauvre, et durant de longues années elle m’a laissé ignorer jusqu’au nom du village où elle s’était retirée avec vous... Dévouée à la-sainte tâche de mère, elle avait voulu l’accomplir à elle seule, et ce n’est qu’en se sentant mourir qu'elle vous a légué à moi.
ALBERT
Croyez bien, monsieur, que je garde dans mon cœur le sou- . venir du bienveillant accueil que j’ai reçu de vous, et surtout des larmes qui tombaient de vos yeux pendant que vous lisiez la lettre que mamère m'avait donnée pour vous; lettre écrite le jour même de sa mort. ,
Et dont elle vous avait laissé ignorer le contenu?
ALBERT
Oui, monsieur.
DUPERRIER
Tenez, Albert, laissez là pour un moment- votre travail..
S lacez-vous près de moi et causons.*, (itua prend la main.) L’année 'épreuve à laquelle j’ai voulu vous soumettre me répond assez de l’avenir; vous êtes le digne fils de Sophie Morel. Vous avez dû voir en moi d’abord un maître sévère, exigeant... mon indulgence pour le fils qui porte mon nom avait eu de si funestes résultats! Par votre assiduité au travail, vous avez mérité un avancement rapide ; plus tard pour récompenser votre zèle infatigable, votre dévouement-, votre probité, je vous ai confié la garde de ma tortune... aujourd’hui, Albert, aujourd’hui, je veux faire plus... aujourd’hui je vous fais mou associé.
ALBER?.
Moi, monsieur !
düperrier.
Oui, vous aurez un tiers d’intérêt dans ma maison de banque: je vous reconnaîtrai l’apport nécessaire.
Ah! monsieur, tant de bonté me confond. A quel titre ai-ïe mérité?... J
düperrier.
A quel titre?., vous allez le savoir... Oh .'[maintenant, je veux, je dois tout vous dire, mon enfant, fil tira nn papier de sa poche.) Reconnaissez-vous ce papier?
ALBERT
La lettre de ma mere!
DUÊERRIER.
Celle que vous m’avez apportée : lisez-la.
ALBERT, prenaut le papier.
Pauvre mère, comme sa main tremblait en traçant ces lignes. (Lîtant.) « Au moment de mourir, je vous envoie et je vous recommande mon fils. C’est un bon et noble cœur. La Providence prend’ parfois en pitié la fille coupable et abandonnée. Pour elle, la naissance d’un enfant est le pardon de Dieu... J’étais coupable, abandonnée, et je bénis Dieu qui m’a donné mon Albert. JC tiè vous demande pour lui que au travail. Albert se croit le fils d’un militaire mort en combattant. » (s'arrêtant.) Eh quoi! je ne suis pas le fils d’un soldat! Ce nom de Morel!...
< düperrier.
Etait le nom de votre mère...
ALBERT
Oh! oui! c’est juste... L’homme qui a trompé, abandonné la pauvre femme, a aussi abandonné, renié son fils.
DÜPÊRR1ËR.
Et Vbüs maudissez cet homme?
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