ACTE IV
De moi, papa?
JULIETTE
ALBERT
Oui de toi, mon enfant, tu souffres et tu ne le dis pas.
JULIETTE
Je te jure que je n’ai pas de mal du tout, c’est bien plutôt maman qui est malade.
ALBERT
Ta mère?...
JULIETTE-
Elle travaille tant! Quand elle ne .te fait pas la lecture, quand tu crois qu’elle se promène le jour ou qu’elle dort la nuit, elle brode, elle brode toujours. Je le sais bien, moi, c'est dans ma chambre que Suzanne lui monte son métier le soir.
ALBERT
Chère Louise ! elle veut tromper son ennui. Je lui ai fait une existence si triste, si monotone...
JULIETTE
Dis donc, papa, tu n’as pas reçu de lettres aujourd’hui ?
ALBERT
Non, pourquoi?
JULIETTE
Ah! c’est que je te ménageais une surprise... mais vois-tu les secrets, ça m’étouffe... je vais tout te dire; à présent, je pourrai remplacer maman, je lis dans l’écriture.
ALBERT, souriant.
Toi?
JULIETTE
Oui... et Suzanne dit que je lis comme dans l'imprimé. Tu ne me crois pas, as-tu une vieille lettre dans ta poche ?
ALBERT
Non.
JULIETTE, cherchant.
Attends... en voilà dans le panier à ouvrage de maman,
ALBERT, à loi* même.
Je ne veux pas que Louise se fatigue ainsi... Eh bien! nous voyagerons s’il le faut.
JULIETTE, qui a pris les deux lettres que Louise ‘a laissée* dans son papier, en choisit une et lais e l’autre sur la table.
Ah! quel bonheur! voilà de la grosse écriture...' ça ira tout seul, (suntunt uir tes genoux d’Albert.) Tu me dirsp si je lis aussi bien que maman?
ALBERT, l'embrassant.
Allez, ma petite lectrice, je vous écoute.
JULIETTE
Si tu m’embrasses toujours, je ne pourrai pas lire... Ah! m'y voilà. (usant doucement.) « Madame , lorsque j’ai relevé le corps de bâtiment que l’incendie avait détruit, je vous avais promis de vous laisser du temps pour me payer... »
ALBERT
C’est de monsieur Girard, l’entrepreneur... Louise m’avait dit...
JULIETTE
Est-ce bien?
Continue, mon enfant, continue.
JULIETTE, lisant.
« Mais j'ai besoin de mon argent, et mon avoué, qui connaît votre gêne, craint d’être obligé de faire saisir et vendre votre maison... »
ALBERT
C'est impossible!...
JULIETTE
Oh! j’ai bien lu.
ALBERT
La signature?... la signature?...
JULIETTE
Girard.
ALBERT, cherchant à maîtriser son émotion.
Juliette, va, va retrouver Suzanne.
JULIETTE
Maman, rq’avait bien recommandé de ne pas te quitter.
ALBERT
Fais ce que je veux, ma Juliette... Ah! cette lettre, où estelle?
JULIETTE
Je la remets là sur cette table. (Elle la pose à côlé do la lettre de ; l’inconnu.)
Bien, va. (L'embrassant.) Va, chère enfant.
JULIETTE, s'en allant.
Tiens, il n’a pas l’air content... il me semble pourtant que j’ai bien lu, moi.
ALBERT, sent.
Girard que je croyais payé... Girard est notre créancier et il menace d’une saisie... On! je comprends tout maintenant. L’ingénieux mensonge de Louise pour me faire sortir d’ici... ses jours, ses nuits, consacrés à un travail incessant qui nous fai-