ACTE V
C’est ça seulement qui l’a ramené ici. Le ciel ne m’épargne pas une goutte du calice d'amertume; avec les souflrances''du corps, les toitures de l'àme. Ah ! la belle chose que la richesse! Pas même l'affection, pas même le respect; un (ils qui demande quelquefois : Comment va-t-il? C’est-à-dire hériterai-je bientôt? Ah ! les hommes, si je devais vivre, je les haïrais.
RÉMY, entrant.
Monsieur...
DUPERRIER
Que me veut-on? je ne recevrai personne.
RÉMY
C’est le médecin que monsieur a fait demander.
DUPERRIER
Je regrette maintenant qu’on l'ait appelé... Qu’il entre, je
1 aurai bientôt congédié. (Rémy fait entrer Darcy et s’éloigne.)
DUPERRIER, regaidanl Darcy avec étonnement.
C’est vous, monsieur, qui êtes le docteur Darcy?
DARCY
Oui monsieur; votre domestique ne vient-il pas de vous dire mon nom?
DUPERRIER. t
Pardonnez-moi, monsieur, on m’avait parlé de vous, et je ne m'attendais pas....
• DARCY
A me trouver bossu, n’est-ce pas? Permettez-moi de vous rappeler, monsieur, qu’un médecin n’a pas besoin d'être un Adonis, et que la science se loge dans la tête, et non pas dans...
DUPERRIER
Je vous ai prié de venir, monsieur....
DARCY, à part.
Mais il ne me prie pas de m’asseoir, (u va à la cheminée et sonne.) DUPERRIER.
Que fai tes- vous donc, monsieur?
DARCY
Est-ce que ce n'est pas comme cela que vous appelez vos domestiqués?
DUPERRIER
Si fait, mais....
. LE DOMESTIQUE, entrant.
Monsieur a sohné?
DARCY
Oui, monsieur a sonné, pour que vous m’approchiez un fauteuil. (Le domestique exécute cet ordre et tort.)
L’AVEUGLE
' DUPERRIER
Asseyez-vous, monsieur.
DARCY
Vous êtes bien honnête, merci, (a part.) Ah! c’est là son père.
(il va l'aueoir pré* de Duperrier, et après l'avoir liieo regarde 1 .) Quel âge
avez-vous, monsieur?
DUPERRIER, «ècbcment.
Qu’importe mon âge?
DARCY
Si je vous demande l’âge que vous avez, c’est qu’apparemment ii est nécessaire que je le sache.
• DUPERRIER, de mauvaise humeur.
Soixante-deux ans.
DARCY
De qui se compose votre famille? quels sont les amis qui vous . entourent?
DUPERRIER, avec hauteur.
Plaît-il, monsieur?
DARCY
Je vous demande, monsieur, qui vous aimez, et de qui vous êtes aimé vous-mènje?
DUPERRIER
Monsieur, j’ai fait appeler un médecin pour qu’il me donnât des prescriptions sur ma santé, et non sur ma conduite. Je règle ma vie et mes affections comme il me convient. — Voici mon pouls, monsieur, je vous livre mon corps, les secrets de mon âme n’appartiennent qu’à moi.
DARCY, repouawDt doucement le bras du malade.
Permettez ; monsieur, chacun traite ses malades à sa manière ; si vous voulez des sangsues, des médicaments, des drogues, enfin, et rien que des drogues, faites-ien appeler un autre; moi, monsieur, ce n’est pas seulement à la langue et au pouls que j’examine mes malades, c’est au cœur.
DUPERRIER
Et moi, monsieur, c’est un docteur en médecine et non en physiologie que j’ai demandé. Vous convient-il, ou non, de me donner les soins que je désire ?
DARCY
Et les médicaments qu’il vous plaira de choisir, par-dessus le marché, n'est-ce-pas? Non, monsieur, cela ni} me convient pas.
(il IC love.)
DUPERRIER
Alors, monsieur, je regrette qu’on tous ait dérangé.