ACTE V
DUPERRIER
Oui. (a part.) Mort pour moi.
DARCT.
C’est un grand malheur, il aurait peut-être eu pour vous les soins et la tendresse dont vous auriez grand besoin.
DUPERRIER
Ne me parlez pas de lui. Il vivrait encore que je refuserais de le voir, que je le chasserais, que je le maudirais,
DARCT,
Vous en parlez avec trop de colère pour qu’il n’existe plus, monsieur.
DUPERRIER
Mais je vous dis...
DARCT, »e levant.
Je vous dis, moi, que s’il était mort, quelle qu’eût été sa rie, ' vous respecteriez sa tombe. Tant qu’un père maudit son enfant, monsieur, c’est qu’il sait bien au fond du cœur qu'il a encore le pouvoir de lui par donner.
DUPERRIER, se levant avec colère.
Pardonner, moi!
DARCY
Mais oui, mais oui. Voyons, ne me cachez rien. Un médecin, c’est presque un confesseur, Vous êtes séparé de ce fils depuis longtemps?
Depuis longtemps... (Avec énergie). Et pour toujours!
DARCT.
Pour toujours ! mais c’est ce mot-là qui vous brise, qui courbe votre front vers la terre. Vous luttez contre le souvenir de ce fils, et votre cœur se révolte contre vous. Voilà ce qui vous mine.
DUPERRIER
Assez, assez. i
• DARCT, avec force.
Voilà Ce qui vous tue.
DUPERRIER, avec force.
Eh bien, que je meure... mais je ne veux pas qu’on me parle de lui, vous dis-jt* Mais apprenez donc qu'il ne s’agit pas de la vie, monsieur, il s’agit de l’nonneur. (ti va »e ra»«oir.)
DARCY
Allons, allons , calmez-vous nous n'en parlerons plus
(a pan.) En ce moment du moins. (Haut.) Que buvez-vous là? (il
prend sur la cheminée une théicre et en examine le contenu.)
DUPERRIER
De la gentiane, docteur.
DARCY. Il jette I» tisane an feu. Après un temps.
Ah ça ! et des amis ? ,
. DUPERR1ER.
J’en avais deux que je croyais trouver dans ce pays : d’abord, Geneviève, une pauvre orpheline, elle est entrée au couvent; je lui avais écrit de venir, mais les règlements de sa communauté ne lui ont pas permis de se rendre à mon appel.
DARCY
Et... l’autre?
DUPERRIER
J’ai su en arrivant qu’il était mort.
DARCY
Mort? est-ce que ce serait un client à moi? il s’appelait?
DUPERRIER
Rousseau.
DARCY
Un ancien notaire.
DUPERRIER
Oui.
DARCY
En effet... ce brave monsieur Rousseau est mort... mais il a laissé une fille...
DUPERRIER
Oui; je l’aurais bien fait appeler, mais on m’a dit quelle était mariée, je crois...
DARCY. r
Oui, oui, elle est mariée... Vous ne savez pas avec qui ?
DUPERRIER. •
Non... Est-elle heureuse ?
DARCY
Oh! Tous les malheurs sont venus s’abattre sur ce pauvre ménage. Un incendie a dévoré le peu au’ils possédaient, et la jeune femme que vous avec connu brillante de jeunesse et de santé, est maintenant pâle, flétrie par le travail, les larmes et des nuits sans sommeil.
DUPERRIER, le levant vivement.
Pauvre Louise! la misère! Que ne le disiez-vous, docteur! mais je suis riche.
DARCY
Et moi aussi je suis riche... parbleu ! mais ils sont fiers.
DUPERRIER
Comment les secourir, alors?
DARCY
11 y aurait bien un moyen.