‹ L'aviation (volume 2)Chapitre 4 sur 57 · III · texte numérisé non relu

III

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donné sa forme, des ailes bien adaptées à son poids, des muscles assez forts pour mouvoir ses ailes, des filets nerveux répartis dans toute la masse de son corps et capables de répondre, par des réflexes instantanés, aux moindres fluctuations du vent. Plus lourd que Talbatros et le condor et comparativement beaucoup plus faible, sans adaptation, sans éducateur pour le guider, comment rhomme aurait-il la prétention d'égaler un pareil modèle? Léonard de Vinci mettait des ailes aux pieds et aux bras d'un de ses apprentis, l'emmenait sur le haut d'une tour et lui disait : « Saute. » Mais lui-même restait sur la tour. Prudente réserve, sinon héroïque, car, condamné à ses seules ressources musculaires, Thomme est condamné à la chute. Pour qu'il soit capable de voler, de grandes et larges ailes artificielles, un puissant moteur auxiliaire lui sont indispensables. C'est donc avec toute cette machinerie qu'il lui faudra s'élancer dans l'air et trouver dans ce fluide presque impalpable, fuyant, mille fois plus léger que son propre corps, à la fois un point d'appui, son équilibre et sa vitesse.

Les anciens attribuaient un cœur d'airain aux premiers navigateurs. Quel cœur por-

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taient-ils donc, nos modernes Argonautes, quand, empêtrés de leurs pesants appareils, ils ont prétendu exiger d'un moteur brutal ou de morceaux de toile et de bois, insensibles et inertes, cette justesse et cette rapidité merveilleuse de manœuvre dont est fait réquilibre de l'oiseau ? Comment osaient-ils tenter l'apprentissage de ce sport émouvant où la première faute risque d'être fatale ? A moins d'un prodige, c'était la mort, semblaitil, qui guettait leur premier coup d'aile.

Eh bien, le prodige est aujourd'hui réalisé. Des centaines d'hommes ont quitté le sol sur un plus lourd que l'air. Et si quelquesuns d'entre eux, hélas, ont payé de leur vie leur hardiesse, beaucoup d'autres poursuivent leurs exploits aériens, remportant de jour en jour de nouvelles et plus décisives victoires. Honneur aux victimes et aux héros! gloire à l'aéroplane!

A côté de ces conquérants de l'air, le rôle des théoriciens apparaît au premier abord bien effacé et bien modeste. Mais cette impression ne résiste pas à Texamen historique des faits. L'aéroplane a été imaginé théoriquement par l'anglais Cayley en 1809 et sa théorie, maintes fois reprise, n*a pu être perfectionnée que grâce aux ressources de la méca-

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nique rationnelle. Le français Alphonse Penaud qui réalisa en 1872 le premier aéroplane-joujou, était essentiellement un théoricien et, si la réalisation effective de l'appareil industriel a été retardée, c'est pour une difficulté que les théoriciens avaient signalée, mais qu'ils ne pouvaient immédiatement résoudre : le poids des moteurs. Il est donc incontestable que, dans l'histoire de l'aviation, comme dans celle de toutes les grandes découvertes scientifiques et industrielles, la théorie et la pratique ont été assez intimement mêlées poujrque Ton doive les proclamer également indispensables à Toeuvre réalisée.

Faut-il supposer qu'il en sera autrement pour les progrès futurs ? Ce serait un singulier paradoxe. Sans doute, en des matières aussi complexes, la théorie seule est impuissante, car on ne peut tenir compte dans les équations de toutes les circonstances du problème.

Mais l'expérimentation livrée au hasard ne serait guère plus féconde, car, faute de principes directeurs, elle s'égarerait en mille tentatives sans issue. Le progrès ne peut naître que de la coopération entre la théorie et la pratique. Dans cette coopération, le rôle de la théorie se réduit à fournir des indications, des suggestions, des directions; c'est

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