PROJET D'ORGANISATION DE L'ARMÉE AVIATRICE
Grades et cadres
Une première question se présente à l'esprit : Comment sera organisée l'armée aviatrice? Doit-on l'assimiler aux armées de mer ou aux armées de terre? A première vue on inclinerait à la rapprocher de la marine; après réflexion, on trouve préférable et plus commode de se servir, le plus possible, des termes pratiqués dans l'armée de terre, en en conservant quelques-uns venant de la marine. Ainsi, nous dirons : une compagnie, un bataillon, une légion, une division, une armée régionale, une armée nationale.
Les lésions
La compagnie sera l'unité,' soit comme commandement, soit pour combattre. Elle aura à sa tête un capitaine, lequel tiendra sous ses ordres un lieutenant, un sous-lieutenant et des sous-officiers. Elle se composera de dix à vingt avions, selon la gravité des circonstances. Chaque avion portera son numéro d'ordre, celui de sa compagnie, de son bataillon et de sa légion; la teinte de sa voilure devra être identique
à la couleur uniforme de la légion; son grade sera le même que celui de l'officier qui le commandera; il sera marqué par des bandes galonnées de façon très apparente. Exceptionnellement, on pourra faire rentrer dans les compagnies, des éclaireurs, des torpilleurs et des avions de ligne, si elles sont isolées ou en détachement; mais, à part ce cas, elles devront être formées, exclusivement, par l'un de ces trois types, selon l'arme spéciale de la légion à laquelle la compagnie appartiendra.
Le bataillon, confié à un commandant, secondé par un adjudant, comprendra quatre ou cinq compagnies. Les avions qui porteront ces deux officiers supérieurs, porteront aussi les insignes de leur grade, en larges bandes galonnées, ainsi que le numéro du bataillon, très visiblement.
La légion réunira cinq bataillons; elle aura pour chef un officier général, dont le grade se dénommera par général légionnaire, aidé dans ses fonctions par un adjudant-major, même deux, si les compagnies et les bataillons sont au complet. Chaque légion aviatrice devra donc être forte de deux cent cinquante avions, ou de cinq cents en grand effectif; ses subsistances et toutes ses ressources dépendront d'une administration qui lui sera particulière, tel que cela se pratique dans un régiment. En temps de paix, elle sera logée et retranchée dans une aire qui sera la sienne et qui portera son nom.
Les légions étant appelées à jouer de grands rôles dans les combats, il en faudra de plusieurs armes :
Premièrement, ce sera des légions d'avions mixtes, éclaireurs-torpilleurs, qui tiendront de l'un et de l'autre de ces deux types, et que nous avons déjà nommés avions de ligne ; ils appartiendront à une seule classe, afin d'obtenir d'eux le plus d'uniformité possible dans les vitesses. La majeure partie des légions appartiendra à cette arme.
Deuxièmement, il y aura des légions de torpilleurs, qu'on
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organisera de manière à avoir : un bataillon ou deux comprenant des avions torpilleurs de 1^^ classe ; d'autres bataillons auront des torpilleurs de 2^ classe ; le dernier bataillon pourra être composé d'avions de 3*^ classe. En outre, quelques légions seront entièrement constituées avec l'un de ces trois types.
Troisièmement, on organisera plusieurs légions d'édaireurs, dont certains bataillons seront formés avec des avions chargeant, au maximum, 500 kilos; et quelques autres avec des éclaireurs légers chargeant 250 kilos seulement. Ces légions devront fournir des avions, en détachement, aux autres légions combattantes, de ligne et de torpilleurs, pour le service de leurs renseignements. C'est à ces légions d'éclaireurs qu'on demandera, encore, des courriers signaleurs, des porteurs d'ordres, allant d'aire en aire, d'une légion à l'autre et reliant les armées.
La division
Avec quelques-unes des légions, telles que nous venons de les concevoir, nous allons former une division. Son effectif pourra être de :
4 légions complètes de ligne 2.000 avions
2 légions de torpilleurs de l^e^ 2^ et
3e classe 600 —
1 bataillon d'éclaireurs 100 —
Total 2.700 avions
Son chef i-era un général divisionnaire, entouré d'un petit état-major. La division équivaudra à une petite armée pouvant, à la rigueur, opérer seule. Elle ne s'étendra pas loin durant la paix; elle se mobilisera pendant la guerre pour s'envoler, là où le commandement général l'appellera. Cette division sera atterrie dans un groupe de grandes aires disposées en quadrilatère; les quatre légions de ligne aux angles et les deux légions de torpilleurs au centre dans deux aires distinctes ou sur une seule plus grande; les
éclaireurs devront être répartis dans ces six légions, au service et aux ordres de leurs chefs. Des divisions semblables en nombre suffisant circonscriront Paris; d'autres seront établies en province sur tous les points stratégiques.
L'armée régionale
Le grand chef de cette armée portera le nom de général régional. Le titulaire de ce commandement assumera de grandes responsabilités et, pour cette raison, on lui adjoindra un sérieux état-major. L'importance de cette force aviatrice variera entre deux, trois, quatre ou cinq divisions et se chiffrera donc, dans ces cas extrêmes, par 5.400 et 13.500 avions environ, ou par un nombre intermédiaire, s'il ne s'agit de réunir que trois ou quatre divisions.
Ces armées aviatrices régionales, très puissantes, maîtriseront chacune une contrée de notre territoire, par exemple : Orléans, Bordeaux, Lyon, Toulouse, Marseille, etc. Mais le Nord, l'Ouest et l'Est de la France en verront atterrir un plus grand nombre. Paris, surtout, en retiendra deux pour sa défense; installées, au grand complet, à Satory et à Vincennes. Ensuite, partout en France, et principalement dans les parages exposés à être attaqués à l'improviste, les divisions seront désignées longtemps à l'avance pour qu'elles sachent à quelle armée régionale elles appartiennent, afin que, en cas de mobilisation, la concentration soit instantanée. L'expression paraîtra peut-être excessive, mais elle répond bien à la nécessité de rapidité, dont ont besoin les évolutions aériennes, et laquelle, dans l'Est, sera la condition capitale du succès.
L'armée nationale
Le commandement suprême en serait donné à un généralissime dont le titre serait : grand général, relevant directement du ministre de l'aviation.
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Disons de suite que ces armées ne seraient rassemblées que pour secourir et sauver des situations graves, comme l'attaque de Paris; ou bien, pour refouler une invasion, oa l'empêcher de se produire. Leur effectif serait imposant, il engloberait sans doute trois ou quatre armées régionales.
Ces grandes armées nationales, non apparentes pendant la paix, n'en subsisteraient pas moins à l'état latent par leurs éléments dispersés, qui se trouveraient dans les armées divisionnaires et régionales, et qu'il deviendrait possible de réunir, promptement, sur de grandes aires de campement au moment du danger.
Le génie aviateur, les aires
Les aires, ainsi que nous le savons déjà, offriront aux aviateurs et aux avions le refuge, la subsistance, les ravitaillements en munitions, etc. Leur importance, très variable selon les positions qu'elles occuperont, changera encore davantage d'après la catégorie à laquelle elles appartiendront. En ce qui concerne les grades, il n'y a aucun motif pour changer leur appellation et nous conserverons la même qui sert actuellement pour désigner les officiers du génie. Nous établirons quatre classes dans chaque catégorie d'aires, dont voici également les chefs.
Hors classement
Satory : un général; Vincennes : un général.
Aires permanentes fortifiées
l'"^ classe : un colonel; 2^ classe : un lieutenant-colonel; 3^ classe : un commandant; 4*^ classe : un capitaine.
Aires de campement
Ire classe : un lieutenant-colonel; 2^ classe : un commandant ; 3^ classe : un capitaine; 4^ classe : un capitaine en second.
Aires mobiles
l^e classe. I , ,
2e classe , j "" «"'"«'«'"iant;
3^ classe . i ...
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4^ classe . )
Les sous- officiers et les sapeurs se trouveront, en nombre suffisant pour assurer le service général, l'entretien du sol des aires et exécuter les travaux d'installation ainsi que les ouvrages fortifiés, s'il y a lieu.
Les commandants de toutes ces aires obéiront aux ordres de généraux du génie.
En définitive, ce service se trouvera très étendu et, par plusieurs côtés, ressemblera beaucoup à celui des fortifications ordinaires.
Artillerie verticale. Défense terrestre contre les avions ennemis
De même que pour les aires, le génie aviateur construira et entretiendra les ouvrages fortifiés des positions occupées par Vartillerie verticale. Pour ce qui concerne les chefs de cette arme spéciale, on pourra très bien les désigner par les mêmes grades usités dans l'artillerie ordinaire.
Forcément, les batteries de cette artillerie seront très disséminées, quoique appartenant à un même régiment; elles seront détachées, quelquefois, pour aller protéger ou
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barrer les voies aériennes, le plus souvent autour des aires fortifiées, et toujours sur les sommets des coteaux voisins des places fortes.
A Satory, on mettra un régiment entier commandé par son colonel; à Vincennes, un autre; sûrement, deux ou trois en ceinture, sur les hauteurs environnant Paris. Le tout, sous le commandement d'un général d'artillerie verticale.
Le long de la frontière de l'Est, trois ou quatre généraux seront désignés, avec leurs régiments, pour la défendre contre les avions ennemis; bien que, dans les parages de Metz, il doive y avoir encore un général de division spécial avec ses brigadiers et ses régiments verticaux. Dans l'Ouest, une organisation semblable sera nécessaire sur les côtes de la Manche et, depuis là, vers Paris, sous les ordres d'un général de division.
Nous voyons par ce court aperçu l'importance de l'artillerie verticale; il la faudra très perfectionnée et puissante.
Aviateurs et avions marins
Sur chaque navire porte-avions, on instituera deux commandements distincts : premièrement, un capitaine de marine sera chargé de la conduite du navire, auquel obéira, par conséquent, tout l'équipage affecté à la navigation; il sera responsable du matériel et du maintien de la discipline à bord. Il mouillera ou évoluera d'après les ordres de son chef d'escadre, recevra ou enverra les signaux maritimes. Il sera le chef de l'artillerie de son vaisseau, s'il y en a. Mais principalement, au mouillage, durant le combat et pendant les manœuvres aviatrices, il se trouvera obligé de tenir le navire constamment dans la position de vent debout.
Deuxièmement, un capitaine aviateur aura sous ses ordres des lieutenants et des sous-officiers, tous les aviateurs du bord, ainsi que les aides pour les manœuvres des avions
sur le navire; il dirigera aussi les ateliers d'avionnerie où se feront les réparations des avaries survenues aux avions. 11 disposera, tout particulièrement, d'une partie des soutes pour loger les munitions aériennes. Dans les magasins, ou remisages, il aura dix avions torpilleurs, quelquefois davantage, même le double, selon la grandeur du vaisseau, complétés par deux ou trois éclaireurs. Pendant le combat et les manœuvres aviatrices, il sera le maître sur l'airepoDt; il donnera le signal des envolements et des atterrissages, o\i plutôt des abordages, d'après les ordres qu'il aura reçus, lui-même, de son supérieur, commandant ou général aviateur; pour toutes ces raisons, il prendra en charge le service des signaux aériens.
Services divers
En premier lieu, on peut noter V intendance, organisée à peu près comme dans toutes les armées. Mais, sans conteste, le service des croies aériennes, qui comprendra celui de la topo-météorologie, prendra une place très importante; il nécessitera des fonctions très savantes et ses fonctionnaires seront choisis parmi les ingénieurs et les savants les plus méritants. L'enseignement, dans les écoles d'aviation et à^ avionnerie, sera confié à des professeurs qui, eux-mêmes au préalable, auront complété leur instruction par la connaissance approfondie de la nouvelle science de l'aviation.
En général, tout ce qui concerne les administrations des services mentionnées dans les notes, constituera des divisions à part, relevant des bureaux du ministère de l'aviation militaire.
Ministère de l'aviation militaire
Il faudra bien relier, par un lien solide et de haute autorité, tous ces services épars qui convergent tous vers le
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même but, la défense nationale. Et pour cela nous créerons le Ministère de V Aviation militaire. Ainsi que cela se fait pour d'autres ministères, nous le composerons de directions :
Première direction. — Construction. Arsenaux. Munitions. Ateliers d'avionnerie, etc.
Deuxième direction. — Personnel aviateur. Avions et leurs accessoires. Matériel de guerre. Avions marins.
Troisième direction. — Génie. Fortifications. Aires. Transports du matériel des aires et des munitions aériennes, etc.
Quatrième direction. — Artillerie verticale et tout ce qui la concerne : matériel, projectiles, munitions générales, etc.
Cinquième direction. — Intendance. Voies aériennes. Enseignement. Écoles d'aviation et d'avionnerie. Administrations diverses.
Sur les aires
Nous aurons des aires; de nombreux avions y seront remisés dans les magasins supérieurs ou souterrains, et les aviateurs qui les piloteront ne devront les manœuvrer qu'en observant les règlements et d'après les ordres reçus. Sur chaque aire, il y aura ordinairement deux cercles bien distincts : l'un réservé aux envolements, l'autre aux atterrissages. Lorsque les aires seront très petites, sur les mobiles par exemple, avec peu d'avions, on se contentera d'un même cercle pour partir et revenir.
Dans les grandes aires, on devra ménager plusieurs places d'atterrissage et plusieurs autres d'envolement. Les avions torpilleurs et les avions de ligne qui, on le sait, sont à deux tracteurs, s'envoleront et atterriront toujours circulairement avec l'obligation, pour tous, de circuler dans le même sens, de droite à gauche, de manière à obtenir que les envolées s'effectuent par la tangente, à un point déterminé par le
(1) Les croquis concernant cette note n'ont pas été retrouvés.
■chef des manœuvres et qui, forcément, variera selon les vents; ce point sera d'ailleurs fixé, à l'endroit du cercle, où le vent et la tangente coïncideront; il convient d'ajouter •que les avions s'y présenteront, vent debout, et qu'ils se trouveront avoir le cercle à gauche. Cet ordre d'envolement «st indispensable pour permettre à plusieurs avions de partir à la fois et à un grand nombre dans très peu de temps.
La place circulaire de l'atterrissage sera identique et orientée dans les mêmes conditions que celle des envolées. Les avions atterrissants se présenteront toujours sur la tangente, marquée par le chef des manœuvres, et rentreront dans le cercle avec vent debout. Après avoir atterri, pour se rendre à leurs remisages, ils sortiront de l'aire, les ailes fermées, par un côté du cercle le plus propice par rapport à la direction du vent. Ces manœuvres nécessiteront de larges tracés sur l'aire, visibles de très loin, ce qui sera facile en blanchissant le sol avec de la chaux ou du ciment, ou encore avec des pavages et des asphaltes de différentes nuances. Un éclairage suffisant les rendra praticables pendant la nuit.
Néanmoins, outre la méthode de départ et d'arrivée expliquée ci-dessus, pour les aviateurs d'élite, que probablement on groupera par compagnies, on pratiquera l'envolement et l'atterrissage héhcoïdal ou, autrement dit, à tire-bouchon; pardon pour ce mot vulgaire, mais qui désigne bien cette manœuvre. Avec les avions de ligne à deux tracteurs, plus tard, on sera étonné de voir avec quelle facilité ils feront ces évolutions.
Une autre exception sera faite, dans les grandes aires, pour les départs et les arrivées des avions éclaireurs; si la situation de l'aire et la conformation du terrain le permettent, on leur réservera des pistes rectilignes; à la condition qu'elles soient assez longues pour ne jamais les exposer à manquer leurs manœuvres. Notons, en passant, que tous les aviateurs devront connaître parfaitement les signaux aériens, savoir les transmettre et les recevoir.
Premiers exercices hors de l'aire par une compagnie
Dès que les aviateurs novices sauront bien prendre le vol et atterrir, on les exercera à suivre un jalonnement tracé sur un champ d'expérimentation. Les jalons, espacés de 50 à 100 mètres, seront coiffés d'un bouquet de verdure ou d'une étoffe flottante, de façon à les rendre très apparents à distance; ils marqueront, d'abord, une longue ligne droite; puis une grande circonférence suivie d'une petite; ensuite un grand carré et un petit; enfin, cette longue file de jalons sera complétée par une succession de lignes brisées, droites et courbes. Le développement de ce tracé pourra atteindre une longueur de quelques kilomètres et former une boucle afin de recommencer, sans arrêt, plusieurs fois le même exercice.
Les élèves aviateurs devront passer, sur ce circuit, exactement d'aplomb au-dessus de chaque jalon; au début, ils avieront par un temps très calme en tenant leur avion à la hauteur que l'instructeur leur aura assignée et qu'il changera plusieurs fois pendant l'exercice.
Lorsque ce résultat sera acquis par un temps calme et que l'aviateur le répétera avec aisance, on lui fera refaire le même parcours avec un vent faible ; après, il le renouvellera pendant un vent fort et, finalement, au milieu des grands vents. Avec l'obligation pour l'élève, que le vent soit faible ou fort, qu'il vole avec ou contre le vent, obliquement ou en droite ligne, de se tenir constamment d'aplomb, en passant sur chaque jalon.
On fera aussi exécuter souvent cet exercice, en commun, aux jeunes aviateurs; à un signal donné sur l'aire, par l'officier instructeur, toute une compagnie partira en défilé à la queue-leu-leu, et chaque aviateur passera exactement sur les mêmes points en se tenant, derrière son devancier, à la distance que l'instructeur lui indiquera. Ces élèves ne
passeront à un degré supérieur d'exercice que lorsque ce dernier sera complètement appris et exécuté, quel que soit le temps et sans la plus petite hésitation de la part de toute la compagnie.
Sur le même terrain, sans rien changer au jalonnement, l'instructeur fera défiler, deux par deux, les aviateurs précédents; le premier se tiendra sur les lignes jalonnées, le second sera à sa droite à une distance fixée par l'instructeur. Cet exercice continuera en augmentant le rang, chaque fois, de un avion; le défilé aura donc lieu, trois par trois, puis quatre par quatre et ainsi de suite, jusqu'à ce que toute la compagnie soit sur une même ligne. On ne perdra pas de vue que le premier avion de gauche devra suivre toujours le jalonnement et que tous les autres seront à sa droite à une distance réglementaire entre eux.
Ici, il importe d'avertir l'instructeur qu'il devra faire observer rigoureusement les vitesses croissantes et décroissantes, dans les mouvements tournants, afin d'obtenir l'alignement dans la compagnie lorsqu'elle ne formera plus qu'un seul rang. Les aviateurs d'extrême ligne devront donc souvent avier, l'un lentement, l'autre très vite. Mais pour cela, il deviendra indispensable que les avions, en service, répondent parfaitement à cette condition de souplesse. S'ils n'en sont pas capables, ce ne sera pas la peine de les envoyer à la guerre, on fera mieux de les laisser terrés dans un magasin. Nous enseignerons, d'ailleurs, en temps voulu, aux ingénieurs avionneurs comment ils devront s'y prendre pour réaliser ces avions à vitesse variable.
Exercices et manœuvres d'envolement par bataillon et par légion
Les compagnies étant exercées, au degré d'instruction, déjà avancé, telles que nous venons de les quitter et très familiarisées avec cet exercice, seront devenues aptes à exécuter des manœuvres d'ensemble; ce sera le chef de
bataillon qui les dirigera. Le départ de l'aire aura lieu ainsi que nous l'avons expliqué précédemment. Une compagnie prendra la tête de l'envolée sur un seul rang, avec son capitaine à gauche et son lieutenant au milieu, l'autre extrémité sera occupée par un sous-lieutenant ou un sousofficier. Cette disposition est nécessaire, en cas de dédoublement de la ligne, s'il fallait mettre la compagnie sur deux rangs, même sur quatre, en dédoublant ceux déjà dédoublés.
On établira en principe que, pendant l'envolée générale, cette première compagnie donnera la hauteur et la direction aux suivantes qui composeront le bataillon et, par suite, à toute la légion; à moins, cependant, qu'il y ait séparation. Cette condition d'avier amènera le chef de la légion près de la compagnie de tête et non loin du chef du premier bataillon, afin qu'il puisse envoyer les signaux de commandement et s'assurer qu'ils sont exécutés.
Aussitôt que la première compagnie se sera enlevée et que l'aire sera libre, la deuxième compagnie s'envolera, la troisième ensuite et jusqu'à la dernière du dernier bataillon de la légion. Les distances entre compagnies seront rigoureusement observées; espérons qu'on arrivera à les réduire à 100 mètres par temps calme; en attendant on mettra le double, davantage s'il le faut; cependant, avec des vents très forts, il n'y aura pas de règle et le chef de la légion fixera prudemment ces distances. Il y aura lieu de remarquer que, dans les mouvements tournants, ces distances ne s'appliqueront qu'aux avions extrêmes des lignes, qui seront du côté du centre de ces conversions, et qu'aux bouts opposés les écartements deviendront plus grands et varieront selon les courbes plus ou moins prononcées des conversions.
Une légion rangée ainsi, dans un ordre d'envolement parfait, pourra avier d'une aire à l'autre et se rendre souvent aux exercices et manœuvres, en vue de s'instruire pour le cas où elle sera, plus tard, appelée à combattre. Son entraînement ne sera jamais trop complet. Il ne faudra pas oublier que tous les avions seront astreints à ne pas dépasser
leur rayon d'action qui, en aviation, doit être considéré comme temps plutôt que comme parcours, ou. si on préfère, comme provision d'essence ou d'alcool; dès que cette provision sera réduite aux trois quarts, la légion descendra au ravitaillement dans une aire désignée à l'avance, qui pourra être de campement, mobile, ou la sienne.
Lorsqu'un^ légion aviera, elle tiendra beaucoup d'espace, selon que son effectif sera réduit ou complet et que Tatmosphère sera calme ou tourmentée; elle pourra bien occuper entre 1 et 2 kilomètres en largeur et de 3 à 5 kilomètres en longueur, depuis la première jusqu'à la dernière compagnie. Cela ne doit ni surprendre ni inquiéter si on songe qu'elle se verra forcée d'être continuellement en mouvement et que les obstacles matériels, pour elle, n'existeront pas.
Cependant, lorsque la légion attendra des ordres ou se préparera au combat, elle prendra quelquefois une position que nous appellerons le stationnement ; on l'obtiendra en la faisant avier. circulairement, au-dessus d'un même point terrestre. Mais, comme un seul bout des rangs ne pourrait voler constamment en petite vitesse, tandis que l'autre volerait à la grande, ce qui occasionnerait entre avions de grandes différences dans la dépense du combustible, ces sortes de conversions sur place auront lieu alternativement à gauche et à droite en traçant des huit ou des orbes tangents. Ce sera, il faut bien en convenir, une immobilité très relative, mais en aviation l'immobilité absolue n'existe pas. On ne saurait comparer une légion à un régiment rivé à terre.
La légion aviera souvent pour gagner de l'altitude, même en stationnant elle pourra en atteindre de hautes. Lorsqu'elle redescendra, ce sera avec le moteur stoppé. Si nous citons cette manœuvre d'altitude particulièrement essentielle, c'est qu'on aura souvent besoin d'y avoir recours pour combattre; nous insisterons donc pour qu'on la répète par tous les temps, surtout pendant les mauvais, et dans toutes les situations topo-météorologiques ayant une valeur
stratégique. Ainsi que nous le verrons, dans les notes qui suivent, ce sera depuis les hautes altitudes que se gagneront les batailles aériennes et près de terre qu'elles se perdront. Les légions, par conséquent, peuvent se tenir pour averties qu'elles auront fortement à ramper dans l'atmosphère, et qu'elles ne seront réellement préparées à livrer des combats aériens qu'après être rompues à ces dures manœuvres.
Pour parvenir au maximum de hauteur et y rester longtemps, la légion prendra la plus grande provision d'essence possible, s'armera juste, et partira avec les munitions indispensables, soit pour la circonstance beaucoup de grenades ramées, des torpilles menues, etc. Cependant, pour de simples manœuvres d'instruction, les munitions seront remplacées par un poids équivalent de sable.
La légion partira de l'aire pour ramper immédiatement sans s'attarder à avier horizontalement; une fois montée à son poste de combat, elle simulera l'attaque, contre un ennemi imaginaire, en laissant tomber le sable représentant les munitions. Si sa provision d'essence le permet, elle aviera dans les environs ; mais dès que cette provision sera réduite au quart, la légion redescendra vers l'aire avec le moteur stoppé ou à allure très faible non entraînante, tournant seulement pour maintenir les alignements dans les rangs et atterrir en bon ordre. Après le ravitaillement, la légion repartira, de suite, pour d'autres manœuvres, ou restera sur l'aire au repos.
Tout ce que nous venons de prévoir dans ces derniers alinéas n'a trait qu'aux combats purement aériens, c'est-àdire entre avions de ligne, ou autres machines volantes ennemies.
Manœuvres des torpilleurs
Nous savons qu'il y aura des légions composées exclusi» vement de torpilleurs ; ils ne seront pas les moins redoutables lorsque leurs opérations auront été bien préparées par
d'autres légions d'avions de ligne qui, au préalable, auront débarrassé l'atmosphère des machines aériennes ennemies. Les prouesses de ces légions torpilleuses ne consisteront pas à s'élever très haut; elles ne prendront de l'altitude que pour se mettre hors de portée des canons verticaux, car, on le comprend déjà, toutes les fortes positions torpillables en seront terriblement munies. On leur donnera souvent l'ordre d'attaquer la troupe ennemie, bien que cette opération doive de préférence être réservée aux avions de ligne.
Sur l'aire, les mouvements à exécuter pour les envolées et les atterrissages des torpilleurs seront à peu près les mêmes que ceux employés par les autres avions, seulement, plus lents. Dans l'air, leur prestesse sera médiocre, comparée à celle des avions de ligne. La légion des torpilleurs s'en ira, tout droit, où l'ordre du général de division la dirigera; elle aviera, les compagnies étant de front et quelquefois sur quatre rangs. Pour les manœuvres, elle emportera sa lourde charge de torpilles, simulée en sacs de sable, ayant un déclanchement truqué, pour les laisser choir. Arrivée à l'endroit précis à torpiller, qui bien entendu sera désert, la légion mettra ses compagnies sur quatre rangs et, en défilant, laissera tomber ses torpilles factices sur l'ennemi supposé; à la poussière qui se dégagera des sacs, éventrés en tombant sur le sol, chaque rang d'avions jugera de la justesse de son pointage de chute.
Une fois que toute la légion sera passée par là, l'endroit visé se trouvera recouvert d'un nuage de poussière, et l'ennemi sera considéré comm^ détruit. La légion s'en retournera ensuite à l'aire, afin de renouveler ses provisions en munitions; puis, elle repartira pour torpiller de nouveau l'adversaire, à moins qu'elle ne rentre dans ses abris.
Manœuvres des éclaireurs
Les envolements et les atterrissages des avions éclaireurs auront lieu circulairement ou en ligne droite, d'après ce que
nous avons dit au sujet des aires; nous connaissons, également, par les descriptions déjà parues dans les notes précédentes, que leur attitude ne sera pas combative; bien qu'ils soient enrôlés par légions, la plupart du temps, ils se verront commandés en détachement. Leur entraînement consistera, essentiellement, à fournir de longues et rapides^ envolées, quel que soit l'état atmosphérique. Pendant les manœuvres des légions de ligne ou de torpilleurs, leur place sera sur la légion à portée des signaux du général commandant; pour avier à la même allure que la légion qu'ils accompagneront, ils modéreront leur vitesse et, s'ils ne peuvent y parvenir suffisamment, ils feront par moments quelques orbes qui leur procureront un retard modérateur.
En tant que courriers, ils accompliront leur service d'une légion à l'autre ou d'armée à armée, en aviant au-dessus des légions, afin de ne pas gêner leurs opérations. Comme informateurs, ils partiront à leur grande allure et reviendront de même. En éclaireurs, ces avions n'auront pas leur manière d'avier fixée, soit pour la vitesse soit pour l'altitude ; dès qu'ils auront découvert quelque chose de suspect, ils s'en assureront d'abord le mieux possible et s'en iront, à rapide envolée, prévenir leurs chefs; s'ils n'ont rien vu d'anormal, ni sur terre ni dans l'air, ils les en informeront, aussi, avec la même exactitude en désignant toujours les lieux explorés.
Le ou les officiers aviateurs qui dirigeront ces avions éclaireurs s'appliqueront, journellement, à la manipulation et à la réception des signaux; ce sera, pour eux, une grande tâche à laquelle ils ne devront pas faillir; parce que des signaux qui leur seront envoyés et confiés pourra dépendre, Trouvent, le sort d'une légion, même d'une bataille.
Conclusion
Voilà, très concises, les règles des principales manœuvres pour avier. (Elles ne sont pas complètes, entre autres, il
s'est égaré des notes qui concernaient les méthodes d'avier, en superposant les légions, pour utiliser l'espace atmosphérique en altitude; on a perdu, aussi, la manière de conduire les légions dans les voies aériennes; il serait trop long et trop fatigant, pour nous, de nous les remémorer; d'ailleurs, pour cette dernière, on peut s'en faire une idée en remontant aux notes sur les courants ascensionnels; là, les légions ne pourraient défiler qu'en mettant les compagnies sur deux ou quatre rangs, selon la largeur aviable de ces voies.)
Tout ce qui vient d'être dit au sujet des légions peut s'appliquer aux armées entières, en tenant compte des espaces qui doivent leur être réservés pour permettre leurs évolutions.
Il ressort, en outre, de ce qui a été expliqué plus haut que, comme condition nécessaire, l'éloignement des aires, entre elles, doit être en rapport avec la puissance d'envolée des avions, A titre d'auxiliaires, il devra donc se trouver des aires ordinaires intermédiaires, assez vastes, sur la distance qui sépare une grande aire fortifiée d'une autre; sortes de relais ou de haltes qui faciliteront, considérablement, les déploiements des légions et leur concentration sur tout notre territoire d'une frontière à l'autre. Et ne l'oublions pas, si jamais il y a mobilisation aérienne, ce sera de ces grandes évolutions, exécutées plus ou moins rapidement, que dépendra le succès ou la défaite. Il en est de même, d'ailleurs, ainsi que le savent tous les militaires, pour les armées de terre et de mer. Mais, pour une armée aviatrice, les conséquences résultant d'un simple retard ou d'une négligence stratégique peuvent devenir désastreuses; tout à coup et tout à fait.
(Nous n'aurons pas de peine à établir que les avions ne devront pas s'en aller, pêle-mêle, combattre leurs adversaires; que, au contraire, un ordre parfait devra régner dans toutes leurs opérations. Nous allons donner, à ce sujet, les quelques notes que nous avons pu retrouver, en désirant qu'elles servent de base à des théories plus complètes que feront, plus tard, les officiers aviateurs instructeurs. Nous y joignons les croquis qui les accompagnaient en priant le lecteur d'excuser leur brièveté.)
Défilé droit, rendu oblique, puis rétabli
Pour les nécessités de la tactique, il arrivera que les compagnies se présenteront aviant en défilé. Si elles ont besoin de se porter sur les flancs gauche ou droit, tout en volant en avant et sans modifier l'ordre du défilé, tous les avions devront exécuter simultanément un oblique à gauche ou à droite de 45 degrés sans ralentir ni accélérer l'allure de leur vol; ils continueront à voler ainsi jusqu'à ce qu'ils soient parvenus au point que le commandement aura dési-
gné; alors sur un signal-ordre, exécuté avec ensemble, ils
rétabliront la colonne pour continuer le vol droit en avant.
Le croquis suivant indique ces deux évolutions sur le
Fig. 1.
flanc de droite ; il est facile de comprendre que sur la gauche elles seraient pareilles et symétriques.
Front droit, rendu oblique, puis rétabli
Quelquefois, les compagnies avieront de front. Supposons encore qu'elles aient besoin de se porter vers la droite; au commandement signalé, tous les avions effectueront une évolution de 45 degrés, constamment à la même allure et telle que le croquis n" 2 la montre. Ce vol oblique aura une
certaine durée et ne cessera que lorsque la compagnie aura atteint la position voulue; dès lors, le front sera rétabli par un autre mouvement à 45 degrés et elle continuera à avier en avant jusqu'à ce qu'une autre manœuvre intervienne pour changer la direction.
Il est utile de remarquer, sur le croquis n" 2, que la partie oblique ne fait qu'orienter le vol des avions et qu'il faut la considérer comme ayant tout le développement de cette
Fi g. 2.
évolution oblique. De même que précédemment, ce qui se pratique à droite pourra se pratiquer aussi à gauche.
Défilé en avant changé en face à droite ou à gauche
Une compagnie, aviant en défilé, pourra se trouver dans le cas de faire front sur l'un de ses flancs. Elle opérera en faisant exécuter à ses avions un quart de tour, soit 90 degrés, ils redeviendront ainsi tous alignés, mais de face, comme le fait voir le croquis n° 3, où les avions sont front à droite.
Nous remarquerons ici que, si la compagnie se voyait dans la nécessité d'avier précipitamment en retraite, elle y parviendrait aisément et en bon ordre en accomplissant le
demi-tour tracé en petit pointillé sur le croquis n° 3. Cette
manœuvre, d'ailleurs nécessaire pour la retraite, pourrait être utilisée avec succès par la tactique.
Changement du front en un défilé à droite ou à gauche
La compagnie, occupée à voler de front pendant l'une de ses opérations, aurait-elle besoin de défiler sur l'un de
Fig. 4.
ses flancs? Le changement s'obtiendrait encore par un quart de tour, soit à droite tel qu'on le voit sur le croquis n° 4, soit à gauche. Le rétablissement du front, si c'est cela
que l'instructeur avait en vue, se produirait plus loin avec un autre quart de tour, c'est-à-dire avec les mêmes moyens qu'on trouve sur la figure précédente, sauf leur orientation.
On comprendra que l'expression quart de tour, employée ci-dessus, ne signifie pas un mouvement pivotant de l'avion, mais bien un quart de cercle d'un rayon suffisamment grand pour permettre aux avions de le décrire sans risquer de se choquer entre eux.
Transformation d'un déHIé en li^ne de front
Si une compagnie arrivant en défilé sur le lieu du combat recevait l'ordre de se déployer de front, la manœuvre pour
-î- + f + 4-ttt f f * ' ' ^ * \ \ \ \ '>
Fig. 5.
l'exécuter se ferait en deux parties : d'abord, toute la colonne, avion par avion, se formerait sur un autre défilé, d'équerre au premier, soit à gauche soit à droite; sur le croquis n^ 5 il est représenté à gauche; ensuite, après le
signal donnant l'ordre de prendre la position de front, tous les avions, à la fois, feraient un quart de tour et se présenteraient face en avant.
Il est certain que toutes ces transformations, évolutions et conversions dans l'ordre d'avier, ne seront apprises par les aviateurs qu'après de longs exercices exécutés sous la direction d'un instructeur émérite. Et, nous le répéterons de nouveau, le désordre dans les envolées des avions serait leur perte.
Défilé oblique sur les deux flancs
Cette manière d'avier, en défilant obliquement sur les deux flancs, n'est autre que celle pratiquée par les canards;
Fig. 6.
on aurait tort de la prendre sur le ton de la plaisanterie ; si les oiseaux aquatiques l'emploient, c'est, sans aucun doute, parce qu'elle leur sert avantageusement. Appliquée aux avions, cette méthode de voler rendrait tout un côté visible par chaque aviateur du côté opposé; les écarts d'un avion sur son précédent ou sur celui qui le suit ne seraient pas si dangereux, attendu que son avant et son arrière se trouveraient dégagés. La bande d'attaque tiendrait une bonne largeur avec des points touchés très rapprochés, ce qui deviendrait plus meurtrier pour l'ennemi.
Compagnie défilant par un se formant en colonne par quatre
Si la compagnie se montrait aviant en défilé et recevait
l'ordre de se mettre en co-
+ f + f lonne par quatre, le croquis
/ / /' / no 7 indiquerait le moyen pour
,^.,';:^.-'^i-'^,^''' y arriver. Le commandant
prescrirait d'abord un plus
■' grand écartement entre cha-
que groupe de quatre avions, **" "f f f "f ainsi qu'on le remarque sur
"*" y / / /' la figure; ces petites sections
* ^^.'-+-'''î-'''^-''+-'' de quatre auraient pour guide
l'avion de tête.
+ Au commandement, par un
+ + 4. + 4. signal, de se former par qua-
+ / / /' /' tre, le guide ferait un quart