THÈME I
Un détachement ennemi s'avance dans un défilé (1" cas de défilé)
L'ennemi terrestre, enhardi peut-être par un succès d'avant-garde, en voulant aller occuper une position avantageuse, s'est engagé dans un défilé.
Les avions éclaireurs ont déjà signalé ce mouvement à r État-major, qui a donné l'ordre à un régiment d'aller barrer le passage à l'ennemi; mais il doute de son arrivée à temps. Cette crainte lui a fait prendre une nouvelle décision, celle d'envoyer un bataillon d'avions de ligne pour attaquer la colonne ennemie dans le défilé même.
D'une aire de campement voisine, 20 kilomètres environ, le commandant du bataillon aérien répond télégraphiquement qu'il est prêt. Il fait trois parts de son bataillon; deux compagnies partent à l'instant; deux autres se tiennent prêtes et une demeure en réserve. Un avion éclaireur est allé au-devant de l'envolée des deux compagnies, pour s'assurer que l'air est libre et il revient avec le signal : poiwez avier. Un deuxième éclaireur suivra l'attaque, prêt à voler vers l'aire, pour demander l'appui des autres compagnies, si cela devient nécessaire.
Torpillage du passage. — L'ennemi est au fond du défilé, plus fort et en plus grand nombre qu'on ne l'avait supposé d'abord. Il a de l'artillerie; laquelle? 11 va falloir opérer et agir avec discernement, d'autant plus que personne n'est encore bien aguerri. Les deux compagnies aviatrices arrivent; leur commandant a, fort à propos, compris qu'il fallait immédiatement couper la retraite à la colonne ennemie. Assez en arrière, à un point où l'infanterie et même l'artillerie étaient déjà passées, se trouvait un ponceau, sur lequel rampait la route et coulait, en dessous, la petite rivière du ravin; il décida de torpiller ce passage, et les deux compagnies y laissèrent choir une torpille moyenne par avion. L'effet produit fut surprenant; dès que la poussière et la fumée eurent disparu, on aperçut la route bouleversée bien loin, en amont et en aval du passage; et de pont, du tout.
Ce succès embarrassa, plutôt, le commandant qui ne savait guère quel parti prendre pour donner suite à l'opération; et pourtant, en l'air, il faut que la réflexion vienne juste et prompte. Heureusement, il lui vint à l'idée d'exécuter un autre torpillage, en avant de la marche de la colonne, comme il venait de le faire sur sa retraite; ainsi fut fait, et la colonne se trouva prise comme dans une souricière. Le commandant aurait pu torpiller aussi tous les soldats. A quoi bon? Le régiment arrivait et, sans doute, il les ferait tous prisonniers.
TACTIQUE AVIATRICE 237
Critique et enseignements
Le commandant aviateur fit bien en s' infonnant, d'abord, si l'air était libre avant de laisser envoler les deux compagnies. En arrivant sur le défilé, il vit que le détachement ennemi était isolé, il savait encore qu'un régiment, lié à son opération, était en marche pour le combattre, et en cela, il eut le tort de ne pas envoyer un avion éclaireur pour s'en assurer. Sa générosité à l'égard de l'ennemi fut superbe, mais rien ne prouvait que le régiment allait le faire prisonnier; en ne s'en assurant pas, il commit une faute.