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THÈME II

Un corps d'armée est signalé voulant forcer

un passage difficile dans une région montagneuse

{V cas de défilé)

Cependant cette magnanimité, qui fait tant d'honneur à l'esprit militaire, ne doit pas être prodiguée à l'égard de l'ennemi que l'on combat, sans qu'elle soit motivée par des considérations qui lui sont favorables, par exemple comme dans le thème précédent. Bien différent sera celui-ci, quoique se passant dans des conditions topographiques assez semblables.

Au lieu d'une simple colonne disposée à se rendre, il serait possible que l'on eût affaire à un gros corps d'armée, arrivant en conquérant et en envahisseur, après des victoires où, précisément, cette magnanimité n'aurait pas été observée par lui qui, bien au contraire, aurait abusé brutalement de ses succès. Les ménagements dans un pareil cas seraient mal placés; et puisque ce corps d'armée ennemi de qui pouvait, peut-être, dépendre le sort d'une grande bataille décisive, avait eu l'imprudence, la témérité ou la hardiesse de s'engager, en partie, dans une vallée profonde avec

rintention d"y passer tout entier, il fallait absolument, pour sauver la situation et éviter un désastre, non seulement arrêter la marche de cette colonne menaçante, mais la détruire. .

Première attaque du ravin

En cette occurrence, sur les informations des avions éclaireurs, qui avaient signalé quelques macliines volantes à riiorizon et, dans le défilé, beaucoup d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, le général en chef ordonna à une légion entière d'avions de ligne et à un bataillon d'avions torpilleurs d'aller arrêter l'ennemi. Il en aurait envoyé le double, mais il n'en avait pas davantage, justement la contrée en était dépourvTie, parce quon ne croyait pas ce côté si menacé; les avions, aire par aire, s'étaient rendus vers des positions avancées où on s'attendait à des batailles imminentes. Le général légionnaire, commandant l'envolée, ne savait que trop tout cela: aussi, avant de partir, exhortat-il ses aviateurs en conséquence.

La combinaison fut celle-ci : toute la légion allait donner ainsi que tout le bataillon; c'était contraire à la prudence, mais la situation l'exigeait: la moitié de la légion devait avier sur l'ennemi et le combattre jusqu'à épuisement de munitions, puis elle s'en retournerait à l'aire pour se réapprovisionner; la deuxième partie s'envolerait aussitôt pour aller en faire autant et, ainsi de suite, de manière à ne pas interrompre l'attaque. Le bataillon torpilleur, tout entier, se tiendrait prêt pour exécuter ses opérations au moment opportun.

En arrivant sur le lieu du combat, la première partie de la légion trouva un ennemi important ; son infanterie, sa cavalerie et son artillerie étaient déjà en grand nombre dans le passage, même commençaient d'en déboucher; tandis que d'autres régiments avançaient par les vallées voisines, pour passer à leur tour. Évidemment l'adversaire, connais-

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sant ce point faible, insuffisamment défendu, voulait en profiter, par surprise, pour s'établir solidement sur le versant montagneux opposé.

L'officier supérieur, qui commandait cette partie de légion, n'avait emporté que des petites munitions : légères torpilles, grenades, flèches, etc., sachant que les grosses seraient pointées par le bataillon de torpilleurs. Les avions de ligne défdèrent, aussitôt, en surplombant la route de la vallée profonde; ainsi qu'ils devaient s'y attendre, la colonne ennemie avait quelques canons verticaux, qui firent feu sur eux, mais sans effet; cela obligea, pourtant, le commandant à changer d'altitude, tout en semant des grenades et des flèches sur la troupe ennemie, et en déclanchant quelques torpilles légères sur l'artillerie et le train; nul besoin de pointer, c'était, ici, inutile. Le ruban du défilé était long, mais partout où les avions avaient fait tomber leurs munitions, le désordre était à son comble; hommes et chevaux, plus ou moins blessés, ou morts, au milieu des débris des fourgons, encombraient l'étroite route, et faisaient obstacle à l'avancement de l'arrière de la colonne.

La deuxième partie de la légion aviatrice était en vue, et arrivait, lorsque la première s'en retournait; avec le même entrain, elle commença par laisser choir ses explosifs sur l'avant de la colonne ennemie, non touchée par les avions précédents; après, elle attaqua ce qui restait de cette colonne, et lorsqu'elle eut terminé son opération, la désorganisation de l'adversaire était complète, d'un bout à l'autre du ravin.

A ce moment, un avion éclaire ur était de retour et signalait l'arrivée d'un deuxième corps d'armée ennemi. Le général légionnaire, lui-même, en apercevait déjà une grande partie s'avançant vers le col de la montagne. Que faire? C'était vraiment le cas de dire qu'ils étaient trop! Et, en opposition, il ne se trouvait à l'autre débouché du ravin qu'un détachement ami insignifiant.

Le général fit signaler, immédiatement, l'ordre de la retraite sur l'aire. Aussitôt après l'atterrissage, il tint

un conseil avec les autres généraux qui se trouvaient là, et ils décidèrent à l'unanimité que toute la légion emporterait un chargement de torpilles de la grosseur maximum. Le bataillon torpilleur, également, utiliserait ses plus puissantes torpilles. On passerait outre, quant à la troupe ennemie. On n'attaquerait que le ravin, jusqu'à ce qu'il fût rendu impraticable.

Deuxième attaque du ravin

En un clin d'œil, toute la légion fut en l'air; le bataillon torpilleur suivait avec son vol lourd. Le général aviateur fit ses signaux pendant l'envolée : Le premier et le deuxième bataillon de la légion iraient torpiller le débouché du passage. Les trois autres bataillons choisiraient, vers le milieu, l'endroit le plus profondément encaissé et le plus étroit. Le bataillon torpilleur opérerait à l'entrée du col. On pointerait entre les côtés escarpés de la route et on déclancherait vers 1.000 mètres d'altitude, seulement, puisqu'il n'y avait plus de canons verticaux à redouter; mais, cependant, il était nécessaire- d'observer cette hauteur, afin d'éviter les répercussions des explosions des torpilles.

0 surprise ! les deux avions éclaireurs, envoyés en reconnaissance, revenaient à grande vitesse signalant une quarantaine de machines volantes ennemies, dans les parages du ravin ; ils avaient, même, dû fuir devant elles. — Toujours en avant — ordonne le général aviateur. En effet, on ne pouvait guère voler en retraite. D'ailleurs, au bout de peu de temps, on put distinguer ces machines volantes; et ce fut pour les voir disparaître devant la force imposante de la légion.

Les avions arrivèrent sur le passage abrupt, tous à leur poste; ils devaient déclancher par compagnie, simultanément et vite, pour ne pas être enveloppés dans le nuage de poussière qu'ils allaient créer. On commença l'attaque. Ce fut un bruit épouvantable; l'air trembla, fortement, jusque

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SOUS les ailes des avions; on eût dit qu'une tempête surgis-^ sait de terre. Du côté du bataillon torpilleur, le vacarme dominait. Quelques minutes après, l'opération était terminée, et il n'était que temps, car la poussière, mêlée aux gaz des explosions, envahissait déjà l'atmosphère et atteignait presque les compagnies. Le jour allait tomber, la légion et le bataillon s'en retournèrent à l'aire.

Le lendemain matin, le commandant envoya deux éclaireurs pour explorer les abords du ravin et voir ce qui s'y était passé; après leur récit, il jugea à propos d'y aller lui-même. L'ennemi avait été arrêté, net; pendant la nuit, son deuxième corps d'armée et ce qui restait du premier avaient fait demi-tour, et battaient en retraite vers leurs points d'appui. Le ravin, aux trois points attaqués, présentait l'aspect d'un véritable chaos, par l'amoncellement des fragments de rocher. Les blessés grimpaient, un peu partout, contre la colline escarpée; heureusement pour eux, avant le torpillage, qu'ils avaient pressenti dès l'apparition des avions, ils s'étaient massés instinctivement un peu à l'écart; le général donna l'ordre au détachement d'infanterie, qui avait position au débouché du ravin, d'en sauver le plus possible.

Le général adversaire, commandant le corps d'armée en retraite, avait d'ailleurs envoyé un parlementaire, porteur d'une demande, pour laisser passer quelques-unes de ses ambulances, afin de secourir ses blessés. Le général aviateur y consentit, et ainsi se termina cette affaire.

Critique et enseignements

La première faute incombait à V Etat-major, elle consistait à avoir laissé un simple détachement pour garder un passage aussi important; sans la présence de la légion aviatrice, tout le corps d'armée passait, et on ne sait quel désastre en aurait été la conséquence.

Engager toute la légion, exclusivement dans le torpillage, sans la moindre grenade, était un coup d'audace qui avait réussi, mais

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qui aurait pu échouer, si les machines volantes ennemies, s' apercevant de cette manœuvre, avaient attaqué les avions, qui n'auraient pu se défendre, faute de munitions spéciales. Il eût été prudent de désigner deux ou trois compagnies pour le combat aérien. Même, d'armer chaque avion pour les deux cas, dans une proportion à déterminer selon les probabilités.

Le service des ambulances, en recueillant les blessés, fut surpris d'en trouver un si grand nombre, comparativement à celui des morts. Cela était dû à l'effet modéré, mais foisonnant, des grenades et des flèches semées au commencement de l'action. Ces hommes étaient hors de combat, c'était l'essentiel. La cruauté ne grandit pas la victoire !

Et maintenant, au point de vue purement tactique, entre les deux cas que nous venons d'exposer : est-il préférable de bloquer l'ennemi des deux bouts, dans un défilé, avant toute autre opération? ou vaut-il mieux le mettre hors de combat, à l'aide des munitions légères?

Dans le premier cas, une seule compagnie d' infanterie pourrait conduire, facilement, tous les prisonniers vers l'intérieur du territoire, et le passage resterait bouché à tout le reste de l'armée ennemie.

Dans le deuxième cas, si V adversaire conservait ses positions d'arrière- garde, il pourrait reprendre ses blessés. Mais s'il battait en retraite sur toutes ses lignes, on s'en trouverait embarrassé.

Ce sera donc la situation générale, bien observée, qui dictera au commandement les décisions à prendre.

THÈME III Une place forte est assiégée par l'ennemi

Lorsqu'une place forte sera assiégée, la }3uissance à laquelle elle appartiendra aura dû subir, avant, beaucoup de défaites. Et si cette puissance se trouve dans un tel état d'infériorité, ce sera, sans doute, parce qu'elle n'aura plus d'armée aviatrice, soit qu'elle ait été détruite, ou qu'elle n'ait jamais existé.

Si l'ennemi, qui cerne la ville, possède une armée aérienne, on peut considérer la place comme perdue ; car, si elle résiste, l'ennemi ne perdra pas son temps à un long siège.

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il la torpillera. La seule détermination que puisse prendre le commandant de la forteresse sera de se rendre, après avoir essuyé la chute de quelques torpilles, pour satisfaire l'honneur militaire. L'héroïsme ne servirait à rien.

Ce cas ne se présentera, probablement, que très rarement. Mieux vaudrait dire qu'il deviendra impossible. Il sera très important, néanmoins, de le faire connaître aux officiers aviateurs, qui suivront les cours de stratégie et de tactique aérienne, pour leur faire toucher du doigt que l'ère des sièges est finie !

Les redditions, accompagnées des honneurs de la guerre, ont fait leur temps. On n'assistera plus à la sortie triomphale d'une poignée de braves, vaincus par la faim autant que par le fer, à moitié démembrés, la tête haute et fière enveloppée de bandages, défilant entre deux rangs de vainqueurs, pleins d'admiration et émus, leur présentant les armes en battant aux champs !

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