THÈME IV
Attaque d'une aire fortifiée
Dans son voisinage existe une voie aérienne importante en activité. U ennemi s'avance avec de V infanterie, de la cavalerie, de V artillerie et des machines volantes.
Les relations diplomatiques venaient d'être rompues; une guerre allait s'ensuivre; les hostilités étaient même commencées. L'ennemi, dont la prévoyance était notoire, n'avait pas attendu les événements pour se rendre compte de l'importance qu'allait prendre, rapidement, l'aviation armée; aussi avait-il une armée aviatrice bien organisée. Étant pénétré de ces idées, sa grande préoccupation ne pouvait consister que dans l'ambition de dominer dans
l'atmosphère; et, pour y parvenir, ses premières opérations devaient avoir pour but de frapper son adversaire et de le vaincre dans l'air.
Ces motifs amenèrent des forces imposantes contre une des principales aires fortifiées de la frontière. Au nom de la tactique, si jeune encore, on allait bien probablement commettre, de part et d'autre, beaucoup de fautes graves ; comme si les stratégistes et surtout les hommes d'État imprévoyants n'en accumulaient pas assez, sans excuses. Ah! que de victimes ceux-là sacrifient d'avance, inutilement!
L'officier supérieur qui commandait n'était pas sans appréhensions sur le sort de l'aire; des trois projets qu'on avait présentés, lors de son organisation, on avait choisi le plus mauvais, parce que c'était le moins coûteux; l'aire était trop étroite, elle ne contenait que, très juste, un bataillon d'avions de ligne; et elle était située trop près de la frontière; la puissance ennemie, très bien renseignée d'habitude, savait cela depuis longtemps.
Les avions éclaireurs, avec autant de hardiesse que de dévouement, avaient poussé des raids jusqu'en pays ennemi; aussi, les informations qu'ils apportaient étaient de première utilité : c'est ainsi que l'on avait appris la concentration, au delà de la frontière, de 15.000 hommes et de 200 machines volantes. Le plan de l'ennemi n'était pas difficile à pénétrer : s'emparer de l'aire, d'un coup de main, et s'en servir ensuite.
Quel plan contraire fallait-il lui opposer? Laisser l'aire à ses propres ressources, la garnison avec son artillerie horizontale et verticale derrière ses ouvrages fortifiés, ses soixante ou quatre-vingts avions se sortir seuls d'affaire? C'eût été bien téméraire. Voici ce qui fut décidé par l'Etatmajor : comme à quelque distance en arrière, 30 ou 50 kilomètres, se trouvaient deux aires de campement, on leur demanderait un secours de 100 avions pour disposer d'un effectif aérien à peu près égal à celui de l'ennemi. Cette force s'envolerait des aires au premier signal, envoyé par
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les vigies de haute altitude, et transmis aux aires par câble souterrain. Ces forces réunies combattraient ensemble l'armée aérienne ennemie. Une voie aérienne passe près de toutes ces aires, mais son emploi est subordonné au caprice des vents.
Apparition de l'ennemi
Prévenu par les éclaireurs, comme il l'était, le commandant du bataillon aérien ne pouvait que se méfier; une vigie volait très haut, en permanence, avant de descendre une autre allait la remplacer. Un matin, à l'aube, la vigie découvrit la troupe ennemie, déjà à peu de distance; elle avait fait des marches pendant la nuit. Un moment après, elle annonça l'armée aérienne volant très loin à l'horizon. Ce fut, à l'instant même, comme excité par une décharge électrique, un branle-bas général. On câbla souterrainement aux aires de campement pour faire partir les avions de secours; par une chance arrivant à point, le vent soufflait, et du bon côté, pour activer la voie aérienne.
Tous à leur poste, les ordres étant donnés d'avance et compris, chacun se préparait au combat. Le commandant du bataillon aérien avait fait bonder ses avions de grenades ramées, avec suffisamment de combustible, mais pas trop. Les compagnies s'envolèrent en ordre parfait; mais non sans surprise pour ceux qui restaient sur l'aire, car au lieu de se diriger à la rencontre de l'ennemi, elles prirent la voie aérienne du côté opposé; elles avaient laissé un éclaireur pour planer sur l'aire, avec des ordres particuliers et des signaux spéciaux à transmettre. Le commandant, à n'en pas douter, obéissait à une idée fixe. La vigie, à un certain moment, lui envoya le signal convenu; il se trouvait déjà loin de l'aire et, il faut croire qu'il l'avait calculé ainsi, car l'ennemi qui arrivait n'en était éloigné que d'une pareille distance.
Défaite des aériens ennemis. — Le bataillon, en aviant, poussé par la voie aérienne, avait pris une altitude considérable; il fit demi-tour et en s'en retournant vers l'aire, gagna encore beaucoup en hauteur. L'ennemi ne l'avait pas vu partir, mais, tout déconcerté, il le voyait revenir à 300 ou 400 mètres au-dessus de lui. Le commandant, sans perdre une seconde et dans un ordre parfait, se superposa à son adversaire et lui envoya force grenades ramées; immédiatement on en vit les effets, beaucoup portèrent; quelques machines volantes, coupées en deux, furent précipitées à pic; d'autres tournoyèrent en tombant lourdement sur le sol; certaines subirent, dès le contact avec la terre, l'épouvantable explosion de leurs munitions; la plupart sortant de leur rang, plus ou moins avariées, s'en allèrent atterrir où elles purent; les grenades ramées continuaient à tomber à profusion, mais à propos; le peu qui restait de l'armée aérienne ennemie se retira en désordre vers la frontière. Une compagnie fut désignée pour lui faire la conduite, à coups de grenades, puis rentra après avoir supprimé quelques machines volantes et avoir vu le peu qui restait repasser péniblement la frontière.
Pendant cet exploit, on pourrait dire, cette victoire aérienne, l'artillerie ennemie tirait avec rage sur l'aire, qui répondait avec non moins de vigueur. L'infanterie se tenait prête pour, à la moindre brèche, se ruer à l'assaut. La cavalerie, parfaitement inutile, avait mis ses chevaux au piquet et ses hommes aidaient les artilleurs. Tel était le train du combat, dans ce vacarme de bouches à feu, lorsque le commandant, qui n'avait perdu aucun avion, mais qui avait usé toutes ses munitions, revenait sur l'aire pour se réapprovisionner. Il fut accueilli par une formidable salve de canons verticaux; heureusement pour lui, son altitude n'avait pas changé; néanmoins, plusieurs éclats de projectiles étaient venus percer la voilure des avions ; cela lui donna à réfléchir et, ainsi qu'on le sait, on n'en a guère le temps en l'air; seul,
cependant, il avait à prendre une décision dans cette grave situation.
S'il descendait, il allait être criblé de projectiles; et s'il parvenait à se réenvoler, il risquait de l'être encore davantage. Les minutes passaient anxieuses ! Soudain, le commandant, qui décidément était un observateur remarquable, constata que l'ennemi qui entourait l'aire, dans la fièvre du combat ne s'était pas aperçu qu'il tirait sur luimême; la moitié de ses obus, en effet, traversaient, pardessus l'aire, et allaient éclater, du côté opposé, dans ses propres rangs; rien d'étonnant, d'ailleurs, à cela avec un tir forcément rasant sur une fortification sans relief et sans superstructures intérieures; l'ennemi finirait, sans doute, par s'en apercevoir bientôt.
Vers les aires de secours. — Et les cent avions attendus ne venaient pas. Ah! si le bataillon aviateur avait un chargement de torpilles? A cette réflexion ne pouvait succéder que celle-ci : aller en chercher aux deux aires voisines; peut-être, revenir avec les cent avions. Le bataillon s'engagea donc de nouveau dans la voie aérienne, heureusement pour lui toujours aussi active, car le combustible allait être épuisé..
Les avions atterrirent à la première des deux aires; et là on leur apprit, qu'inopinément, les cent avions avaient été réclamés d'urgence en un autre point de la frontière, très menacé; qu'aussitôt on voulait les prévenir de ce contretemps, mais que le câble souterrain ne fonctionnait plus; ce qui ne surprit pas le commandant après le bombardement qu'il venait de voir. La situation restait toujours très difficile; c'était un imprévu parmi les imprévus. Il fallait en sortir cependant; à l'idée de rester là, inactifs, le sang des aviateurs bouillait, c'était une lâcheté. Alors, on prit prudemment assez de combustible, pour revenir à l'attaque et même pour s'en retourner dans l'aire de refuge en cas d'insuccès; tout le reste du poids possible que purent emporter les avions, fut utilisé en torpilles. Le bataillon
s'envola de nouveau; beaucoup de temps s'était écoulé, mais il restait encore quelques heures avant la nuit, et elles allaient décider du sort de la journée.
Retour offensif contre V ennemi terrestre. — Avant l'envolée le commandant avait donné à ses aviateurs les ordres suivants: Altitude 1.500 mètres. Réglez bien votre catachros. Pointez juste. But principal, artillerie verticale; puis artillerie ordinaire; ensuite infanterie et cavalerie.
La voie aérienne portait admirablement les avions; leur aire de garnison, encore sous la canonnade, était en vue. Enfin, le bataillon aérien arriva sur l'ennemi terrestre à l'altitude prescrite; cette hauteur ne l'aurait pas mis complètement à l'abri des canons verticaux s'ils avaient appartenu à l'artillerie de forteresse, mais on n'était menacé que par des pièces verticales de campagne; le commandant eut la précaution d'ordonner de faire des orbes, sans déclancher, afin de laisser tirer les canons verticaux pour reconnaître leurs positions. Une fois les aviateurs fixés à ce sujet, le bataillon se forma en défilé, et avia sur l'ennemi qui investissait l'aire. Selon les ordres qu'il avait reçus, il visa les pièces verticales et bientôt il n'en resta plus ou bien peu; il attaqua ensuite le restant de l'artillerie avec, encore, plus de succès; l'infanterie était derrière, blottie dans des tranchées qu'elle s'était creusées à l'improviste, lorsqu'elle essuya l'explosion des premiers obus.
Une déroute s'ensuivit; beaucoup de chevaux, épouvantés par les explosions, avaient déjà rompu leurs attaches et bon nombre de cavaliers avaient réussi à se remettre en selle. Tout le reste de ce détachement ennemi fuyait complètement en désordre.
Cette victoire coûta au bataillon aérien deux avions, perforés par les obus des derniers canons verticaux, presque à la fin de la journée. Fallait-il poursuivre l'ennemi? La nuit commençait et la surface de l'aire était devenue impraticable à la suite du bombardement Le commandant
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donna l'ordre d'aller atterrir sur l'aire de refuge qui venait de réapprovisionner le bataillon. Il y parvint, en effet, et on a compris que ce ne pouvait être que dans la nuit.
Critique et enseignements
Les aires fortifiées fie doivent pas être établies trop près de la frontière; elles doivent être appuyées par d'autres aires de refuge, soit fortifiées soit de campement, le fait ci-dessus les montre indispensables; en outre, elles doivent être précédées, chacune, d'une aire de campement, pour mieux surveiller l'ennemi. Il manquait des avions sur cette aire fortifiée placée dans une position trop vulnérable.
La manœuvre tactique du commandant, en rampant dans cette voie aérienne, hors des vues de V ennemi, pour se présenter au combat à une très haute altitude, était digne d'éloges. Elle démontra par les résultais obtenus que /'altitude était la clef de la victoire.
Le commaiidant du bataillon aérien avait-il eu raison en ne s' armant que de grenades ramées? Oui, s'il ne s'agissait que de se battre dans l'air; non, puisqu'il devait attaquer ensuite l'artillerie ennemie. Cependant, contre ses quatre-vingts avions il trouvait deux cents machines volantes adverses, et s'il avait manqué de ces munitions spéciales, il aurait pu être vaincu.
L'ennemi commit une faute énorme ; se voyant superposé à V improviste par son adversaire, il aurait dû rompre de suite, pour aller, avec ses machines volantes dispersées, se rallier par delà la frontière.
L'utilité des voies aériennes apparaît capitale, sans leur utilisation le commandant n'aurait pu atteindre l'altitude qui lui avait permis de vaincre. Cependant, elles resteront toujours bien aléatoires et soumises aux variations atmosphériques.
THÈME V Action aérienne. Attaque et défense d'une ville
Deux puissances D et V sont en guerre. Elles possèdent des avions.
Un fort détachement aviateur de V pénètre sur le territoire deD.
Deux voies aériennes se trouvent dans le pays envahi, ainsi qu'une grande ville fortifiée.
Nous n'aurons pas à nous occuper des deux armées terrestres ennemies, qui, dans d'autres régions, sont en présence et dont les situations réciproques ne peuvent influencer ni modifier en rien le sort qui est réservé à l'afîaire qui va se dérouler, aériennement, entre les deux belligérants.
Certainement, le parti V avait exploré, minutieusement, à l'aide de ses éclaireurs, le pays de son adversaire et avait décidé d'y tenter, aériennement, une pointe soit pour rechercher et battre une partie de son armée aviatrice, soit pour menacer ou détruire la ville N. C'étaient, du moins, les intentions que lui prêtait son adversaire, le général divisionnaire qui commandait les forces de D.
Ces forces consistaient en deux légions d'avions de ligne, un bataillon de gros torpilleurs et deux compagnies d'éclaireurs ; atterrissant et casernant sur six grandes aires ; autant d'aires supplémentaires, en avant et en arrière, étaient disposées pour ravitailler les avions. Le tout, situé dans les environs de la Aalle N, ainsi que l'indique le croquis 52.
Le général D, depuis le commencement des hostilités, se sentait surveillé par de rapides éclaireurs ennemis, qui arrivaient pour disparaître aussitôt. De son côté, les avions éclaireurs faisaient un service actif de reconnaissances et lui portaient d'excellents renseignements; c'est ainsi qu'il avait appris que, d'habitude, dans les manœuvres, son adversaire divisait son détachement aérien en trois parties, comme fait la troupe : avant-garde, gros et arrière-garde. En altitude, il plaçait l'avant-garde plus haute que le gros, et l'arrière-garde plus basse; restait à savoir ce que valait cette disposition, pour avier, et s'il la conserverait pendant le combat, ou s'il en adopterait une autre. En réalité, une grande incertitude régnait d'un côté, autant que de l'autre, et la bataille aérienne, imminente, qui fatalement devait avoir lieu, allait être gagnée ou perdue par celui qui com-
mettrait le plus ou moins de fautes tactiques, et selon les chances atmosphériques.
Situation des voies aériennes
Une rivière M coule, du sud au nord, au milieu d'une large vallée, bordée par deux hauts coteaux distants de 5 à 10 kilomètres (fig. 52); leurs escarpements sont très Nord
accentués du côté de la rivière, tandis qu'au delà des crêtes, les versants opposés à la vallée se présentent en pente douce, ou s'étendent en plateaux. La ville N est bâtie au nord de la région qui nous occupe, et est traversée par la rivière, elle est très bien fortifiée.
Ces collines sont donc éminemment propices pour constituer des voies aériennes, selon les vents qui régneront dans la contrée; s'ils viennent du sud ou du nord, les collines resteront inertes ; mais si c'est de l'est, aussitôt se révélera la voie aérienne K, sur le flanc du coteau de la rive gauche de la rivière;
si le vent provient de l'ouest,
ce sera sur la colline de la ^"^^
rive droite, que se formera Fig. 52.
la voie aérienne P; il faut
retenir qu'avec un vent fort, la voie aérienne qui en résultera deviendra puissante, et qu'inversement, de l'autre