‹ L'aviation militaireChapitre 41 sur 51 · V\A7^7VV^^A/^A · texte numérisé non relu

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côté de la rivière, l'escarpement du coteau se transformera en véritable précipice, pour les avions (1). On comprend déjà que la ville N, à cheval sur la rivière, se trouve entre les deux voies ci-dessus; ce qui lui fait une position stratégique détestable, à moins qu'un tacticien habile intervienne pour faire tourner les chances. Nous ajouterons que cette vallée descend, du sud au nord, presque parallèlement à la frontière et en est distante, selon les sinuosités, de 80 à 100 kilomètres (le croquis 52 la montre coupée danj sa longueur et n'indique aucune distance dans aucun sens).

Réflexions et décisions du général divisionnaire aviateur 0

Les préoccupations du général D, menacé d'invasion, se portaient naturellement sur les intentions que pouvait avoir son adversaire V.

1» Allait-il attaquer la ville N? L'armée aérienne seulement? Ou les deux ensemble?

— Attaquer la ville était assez improbable; une seule incursion n'aurait pas suffi ; ses fortifications auraient résisté. Torpiller les habitants et incendier leurs maisons serait une cruauté sans résultat militaire ; néanmoins, il fallait fortement s'en méfier. Alors, l'attaque de l'armée aérienne, seule, restait supposable.

2° Avierait-il en temps calme, ou choisirait-il un jour de vent? et avec le vent, arriverait-il par les voies aériennes? Par le nord ou par le sud? Ou en travers, directement de la frontière? De jour, ou de nuit?

— En temps calme, c'était possible, mais incertain, à cause de la grande consommation supplémentaire de combustible, qui devenait inévitable. Tout faisait supposer une arrivée par les voies aériennes et par le sud, point le plu?

(l) Voir les notes concernant les voies aériennes.

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rapproché des aires de l'adversaire et, par conséquent, trajet le plus économique en combustible. Mais une hardiesse tactique pouvait bien l'amener transversalement. Un départ, en pleine nuit, était rempli d'aléas; cependant, il devenait presque certain, de très grand matin, avant l'aurore. 3° De quoi armerait-il ses avions? De grosses torpilles? ou de légers explosibles rames?

— En écartant l'attaque de la ville, l'armement consisterait en petits explosibles rames ou isolés, du moins comme principale charge, car par précaution, ou à dessein, il aurait pu se munir aussi de torpilles.

40 De quelle quantité de combustible, alcool ou essence, par rapport aux explosibles, allait-il charger ses avions? et combien de temps cela lui permettrait-il de rester en l'air?

— Subordonné à tout ce qui précède, mais vu la distance, moitié combustible, moitié explosibles. Durée de l'envolée, de cinq à huit heures.

b'^ Enfin, combien seraient-ils?

— Estimer combien nombreux ils allaient être pendant l'attaque, devenait impossible, vu la rapidité de mobilisation de cette arme.

A la suite de ces réflexions, le général D décida :

La première légion restera en réserve, sur une ou deux aires, les plus voisines de la ville N, mais constamment prête à s'envoler. Chargement : moitié combustible, moitié grenades ramées.

La deuxième légion perdra terre, une heure avant l'aube; si c'est possible, elle se servira des voies aériennes, pour aller planer, en décrivant de grands orbes et à la plus haute altitude possible, sur la ville N. Chargement: moitié combustible, moitié explosibles rames. La légion restera deux heures dans l'atmosphère, puis rompra ses orbes pour aller atterrir.

La légion de réserve ira la remplacer et s'envolera un peu avant que l'autre descende.

Et, ainsi de suite, jusqu'après le coucher du soleil, et chaque jour.

La nuit, défense d'allumer, partout : dans la ville N, sur les aires, sur les routes, etc.

En opérant ainsi, le général D se gardait, lui-même, contre une surprise, d'où que vint son adversaire, et protégeait la ville en même temps.

Il s'armait de grenades ramées, puisqu'il n'avait rien à torpiller et n'avait affaire qu'à des avions ennemis. En chargeant moitié combustible, la durée de son envolée serait, à peu près, égale à celle de son adversaire; mais il aurait sur lui une supériorité marquée, attendu qu'il se trouvait sur place, et n'avait pas à avier préalablement, comme lui, pour se rendre sur le lieu du combat.

La nuit, l'obscurité étant complète, sans repères lumineux sur le sol, il n'était pas possible à l'ennemi d'avier en nombre, sans risquer de s'aborder, à moins qu'il eût des feux à bord, et dans ce cas il se dévoilerait.

Le général D se créait ainsi une position défensive permanente, d'attente, dans l'atmosphère; sauf, s'il était attaqué, à donner de nouveaux ordres en conséquence.

Tous les fils télégraphiques étaient coupés, dans la zone comprise entre la frontière et la ville N. Sans être occupé, le pays n'était pas sûr, les cavaliers y poussaient de nombreuses reconnaissances. Il y avait bien quelques aires évacuées, mais on se gardait bien d'aller y atterrir, elles pouvaient être minées ou, par surprise, être attaquées la nuit. Conséquemment, c'étaient les éclaireurs aériens, tant d'un parti que de l'autre qui, jour et nuit, faisaient le service des renseignements; c'était miracle que, dans l'obscurité complète, ils ne se fussent pas encore rencontrés, mais fatalement ce choc se produirait pendant une de ces nuits noires. Au cours de leurs raids, pendant le jour, ils s'évitaient mutuellement, et ils faisaient bien, leur rôle n'étant pas de se battre.

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Rencontre aérienne

Un de ces hardis éclaireurs annonça, vers minuit, qu'une agitation inaccoutumée se produisait sur les aires de V. Le général D dépêcha, immédiatement, une dizaine d'avions éclaireurs, pour aller observer les mouvements de son adversaire et revenir, ensuite, avec des renseignements précis et échelonnés; l'un d'eux revint bientôt, confirmant le premier dire; celui qui lui succéda arriva, disant avoir vu une compagnie quitter terre; quelques instants après, un autre annonçait le départ en règle et en masse; le suivant avait constaté que toute l'envolée se dirigeait au plus court, c'està-dire vers le sud, sur les voies aériennes.

Le vent de l'ouest soufflait, c'était donc par un vent contraire que l'adversaire arrivait; la voie P devenait en activité, et il allait en profiter pour avier économiquement jusqu'à la ville N, son objectif, et où il pensait aussi rencontrer la résistance aérienne. Le général V escomptait que, partant par vent d'ouest, ce même vent l'accompagnerait au retour, ce qui était bien calculé, sauf l'incertitude des vents.

Le général D, dès qu'il eut reçu les renseignements cidessus, avait aussitôt donné l'ordre à la deuxième légion, qui se trouvait sur l'aire, de s'envoler en se dirigeant vers le nord, jusqu'à une certaine distance de la ville, en utilisant la voie aérienne P; d'y faire des orbes afin de gagner, sur place, une grande altitude, d'y rester pour, après un signal donné, aller planer sur la ville N, et attendre là de nouveaux ordres.

En même temps que les prescriptions ci-dessus, il commanda à la première légion, qui se trouvait encore à son poste, de monter plus haut, d'atteindre le maximum d'altitude, autant que la puissance de propulsion de ses avions le lui permettrait; puis aussitôt que l'adversaire serait en vue, d'aller à sa rencontre par la voie P, à la condition de lui être superposée; sinon, elle se replierait sur les aires.

Tout ceci, ordres et manœuvres, se transmettait et s'exécutait avec rapidité. Le petit jour était apparu, lorsque dans son pâle horizon, on remarqua une longue bande sinueuse noirâtre: c'était l'armée aviatrice V qui s'avançait par la voie aérienne. Les éclaireurs avaient rapporté qu'elle aviait, les compagnies étant sur quatre rangs, et qu'elle était, au moins, deux fois plus nombreuse que la leur. Cette manière d'avier, sur une voie aérienne, portait le développement de ce défilé à plus de 30 kilomètres. Un avion éclaire ur, envoyé spécialement pour reconnaître l'altitude de l'adversaire, la déclara bien plus inférieure que celle des légions amies, qui faisaient des orbes ; ce même renseignement fut confirmé par un deuxième éclaireur.

Immédiatement, le général D prévint la première légion, et lui ordonna d'aller attaquer les aviateurs adverses, en aviant, compagnie sur quatre rangs, comme l'ennemi, surtout en conservant, coûte que coûte, l'avantage de l'altitude. L'ordre se terminait en lui prescrivant d'avier à la rencontre de l'adversaire, c'est-à-dire en sens contraire du sien, en lui restant constamment superposé, et jusqu'à épuisement des grenades ramées.

L'exécution suivit de près cet ordre. Il faisait, en ce moment, grand jour, on apercevait successivement les pertes de V, par ses nombreuses unités précipitées à terre; néanmoins, cette longue bande aviatrice avançait toujours, quand même, sur son objectif, qui maintenant, paraissait être effectivement la ville N.

La première légion continuait, aussi, son vol; elle occupait, également, une grande longueur. Elle était déjà passée tout entière sur la tête de la colonne aviatrice ennemie et se dirigeait sur la queue, lorsqu'elle aperçut chez son adversaire un changement dans l'ordre d'avier. Ses compagnies quittaient la voie aérienne et se mettaient sur un rang; plusieurs de leurs éclaireurs étaient passés, et leur avaient sans doute apporté cet ordre, que la précipitation de l'attaque n'avait peut-être pas permis de donner avant. Mais, sur ces entrefaites, les belligérants remar-

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quèrent que le vent d'ouest fléchissait, bientôt le calme régna et fit place au vent de l'est, c'était au grand préjudice du parti V, qui n'en continua pas moins son envolée vers la ville N.

La première légion, bien avisée, gagna la voie aérienne K qui, avec le changement de vent, était devenue active. Cependant, ses munitions étaient presque épuisées ; en revanche, elles avaient porté et affaibli considérablement l'adversaire. Elle rebroussa donc son vol et se dirigea vers la ville, pour renforcer la deuxième légion et utiliser le peu de grenades qui lui restaient.

Sur la ville

Bien que ses éclaireurs l'eussent déjà informé, le général D fut assez déconcerté, en voyant arriver son adversaire presque en même temps que sa première légion. L'heure était aux combinaisons audacieuses, car, à n'en pas douter, l'ennemi, pour venger son insuccès, n'écoutant que la haine, s'avançait pour torpiller la ville.

Le général D donna de suite, les ordres suivants : A la deuxième légion, de maintenir son altitude et d'attaquer l'armée aviatrice V, aussitôt qu'elle planerait sur la ville, sans se préoccuper des dégâts que ses grenades pourraient porter aux habitations; de rester, toujours, superposée à son adversaire, même s'il se fractionnait, et de le poursuivre s'il quittait la ville, dans son vol en retraite. A la première légion, ordre semblable, mais dans la mesure de ses moyens et ressources, puisqu'elle venait de combattre. A l'artillerie verticale, l'ordre avait déjà été donné, un moment avant, de porter toutes les pièces mobiles à l'est et d'y prendre position; aux grosses pièces fixes, situées sur les fortifications, de tirer des salves obliques sur l'adversaire aérien, dès qu'il se présenterait.

Pauvres habitants! déjà, ils étaient très inquiets, en

voyant des avions amis voler sur leurs têtes ; et ce fut un affolement parmi eux, lorsque le général D leur ordonna d'aller se réfugier dans les casemates des fortifications.

L'armée aviatrice V se montra; son nombre avait été bien réduit, à la suite des attaques de la première légion, et les effectifs entre belligérants étaient maintenant à peu près égaux. Elle fut accueillie à coups de canon, et leurs projectiles, en explosant, lui firent d'abord quelque mal; il en fut de même chaque fois qu'un bataillon aérien se présentait; mais l'élan étant donné, presque toute l'armée adverse passa. Les verticaux continuèrent à tirer, en réglant l'explosion de leurs projectiles pour atteindre les adversaires sans arriver aux légions amies qui, d'ailleurs, planaient à une très haute altitude; les débris de ces projectiles tombaient sur les maisons, mais sans leur occasionner de mal sérieux. Les légions laissaient choir des grenades ramées, dont beaucoup accrochaient, en explosant, les ailes, les hélices et le corps des avions ennemis; celles qui ne portaient pas, éclataient au contact du sol, dans les rues, sur les toits, sans gros préjudices. Pendant cela, l'ennemi satisfaisait sa rancune, en torpillant la ville, et les effets destructeurs devenaient déjà très visibles.

Cependant, les canons verticaux et, surtout, les grenades ramées, accomplissaient aussi leur œuvre; l'armée aérienne V diminuait rapidement; sa position, ou pour mieux dire sa cruelle bravade, n'était plus tenable. Elle vola en retraite, poursuivie pendant quelque temps par la deuxième légion, qui lui fit subir, encore, de nouvelles pertes. Enfin, les éclaireurs qui l'observèrent jusqu'à la frontière, même au delà jusqu'à leur atterrissage, dirent que beaucoup de leurs unités, avariées dans leurs ailes et leur force motrice, ne purent accomplir l'envolée du retour, et tombèrent en route; qu'en réalité, il ne rentra que le dixième de ce qui était parti.

Les légions D avaient souffert un peu, mais beaucoup plus par des pannes que du fait de l'ennemi.

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La ville N était triste, cela se conçoit et, quoique ayant été très éprouvée, elle était loin d'être détruite; mais elle l'avait échappé belle l

Critique et enseignements

Nous remarquerons, d'abord, que le bataillon de gros torpilleurs D n'a servi à rien dans ce combat aérien; si V avait eu l'avantage, il risquait fort d'être torpillé lui-même, sur son aire de campement ; sa place était aux arrière-aires.

Par contre, les avions éclaireurs firent merveille, dans le service des renseignements.

Il ne faut jamais tabler sur le rendement d'une voie aérienne, mais toujours en profiter chaque fois que l'occasion tactique se présente.

Le général V fut un médiocre tacticien, dans cette affaire, en s'exposant trop aux coups de son adversaire, et, plus encore, en prenant pour objectif la destruction de la ville N, à moins que ce fut là sa mission irréductible.

Le général D donna des preuves de bon tacticien, avec ses décisions justes, et leur exécution hardie.

Une faute énorme avait été commise, à l'origine, par la stratégie, en laissant démunies d'artillerie verticale, deux voies aériennes aussi importantes.

Pendant l'action du combat, on remarqua que les avions de D étaient plus dégagés et plus rapides que ceux de V, ce qui contribuait à rendre les chances inégales.

Une fois de plus, /'altitude s'est montrée la maîtresse tactique, dans les combats aériens.

On constate l'absence de l'emploi des moyens d' obstruction pendant l'action qui vient de se dérouler ; on n'aurait guère pu utiliser efficacement les filasses et les nuages artificiels, que dans les voies aériennes et, là, on eut le tort de le négliger.

A moins qu'il s'agisse d'une guerre d' extermination, entre peuples redevenus sauvages, on devra respecter les habitations et les habitants des villes, en n'attaquant que leurs fortifications. Mais hélas! nous craignons que ce conseil, quoique très humain, ne soit guère suivi, et le mieux sera d'entourer les villes de toutes les précautions stratégiques.

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