‹ L'aviation militaireChapitre 43 sur 51 · THÈME VII · texte numérisé non relu

THÈME VII

Deux groupes de puissances, les (ABC et les (XYZ), règlent par les armes leurs désaccords diplomatiques

Les hostilités sont déjà commencées. Les combats antérieurs ont amené les belligérants sur les positions indiquées

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par le croquis 53 (1). Nous sommes au 15 mai. La journée s'annonce très belle. Le soleil se lève à 4*125 et se couche à 1^30. Pendant la matinée, le temps se trouve très calme.

Situation des belligérants le 15 mai à 4 heures du matin

L'armée des (ABC), forte d'une centaine de mille hommes, de toutes armes, commandée par le général en chef A, devant des forces ennemies très supérieures, dut se replier en bon ordre, en livrant des combats d'arrière-garde jusqu'à l'angle sud formé par la rivière T et son affluent S; ce terrain est composé d'une série de plateaux derrière l'escarpement du haut coteau, longeant la rive gauche sud de la rivière T, Laissant là le gros de ses forces, le général commandant avait fait passer la rivière à un fort détachement, pour occuper la rive droite, entre deux groupes de grandes aires fortifiées et à proximité de la ville E. Sur la rive gauche sud, en haut de la crête de la colline, se trouve un fort H protégeant la ville E ; sur cette même crête quatre grandes aires fortifiées sont établies.

Toutes les aires réunies ne renfermaient que : 1 légion d'avions de ligne et 3 bataillons de torpilleurs.

Dans l'autre angle adjacent nord, compris entre les rivières T et S, est bâtie la ville D, en regard de laquelle, en haut de la colline, sur le saillant des deux coteaux, se trouve le fort G, qui commande tout l'espace angulaire et l'embouchure de la rivière S. Non loin du fort, on remarque deux aires barrées par une croix; après en avoir fait évacuer les avions, le général A les fit sauter. Il fit détruire aussi tous les ponts qui existaient dans cette contrée, sur les deux rivières T et S, à l'exception des deux qui se trouvaient

(1) Ce croquis n'est qu'un schéma pour fixer les idées et orienter les opérations des belligérants; ne comportant aucune échelle, on ne saurait y mesurer aucune distance.

devant les villes D et E, et qui n'étaient pas menacés, puisque les villes étaient fortifiées ; de sorte que, les rivières n'étant pas guéables, elles ne pouvaient être franchies que

Nord

aires

xxxxxxxxx

vxx-xxxxx

(XYZ)

fABC)

sur des ponts de bateaux, ou sur les ponts conduisant aux villes.

Les (XYZ), au nombre d'environ 150.000 hommes, toutes armes comprises, commandés par le général X, avaient arrêté la poursuite et s'étaient installés dans cet angle nord

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hors de la portée des canons du fort. Sur les arrières de leur armée, ils avaient organisé des aires de campement qui abritaient 2 légions d'avions de ligne et 2 bataillons de torpilleurs.

On comprend que les avant-postes des avant-gardes des deux partis ennemis n'étaient séparés que par les rivières, et que, réciproquement, ils s'observaient dans tous leurs mouvements.

Pour compléter les renseignements, il convient de ne pas oublier que les collines de la rive gauche de la rivière T et celle de la rive droite de la rivière S sont de très puissantes voies aériennes, lorsque les vents leur sont favorables. Le matin de cette journée du 15 mai, ce n'était pas le cas, puisque le temps était au calme et qu'il était permis de supposer qu'il allait y rester.

Sur les probabilités des missions et des intentions des généraux en chef adversaires

L'intention capitale du général des (XYZ) n'était pas difficile à pénétrer par son adversaire : D'abord continuer l'offensive, aussi ne s'en cachait-il pas. Quant aux autres intentions secondaires, c'était différent, il ne les confiait à personne, mais il les trahissait souvent par une impatience et une trop grande précipitation dans l'exécution de ses procédés tactiques; ce qui déconcertait, la plupart du temps, ses adversaires. D'ailleurs, dans le monde militaire, il était connu pour tel et reconnu également comme très habile tacticien. Dans la présente circonstance, il était l'envahisseur, et c'est en çrai problème qu'il se présentait devant son adversaire.

Le général commandant les (ABC), de tempérament tout opposé, réfléchissait longtemps avant d'agir, ce qui lui avait fait perdre des batailles, mais ce qui lui en avait fait gagner aussi. Brave jusqu'à la témérité, au milieu des plus grands dangers il était tranquille comme dans un mess.

Esprit observateur et pénétrant, il avait saisi, depuis quelques jours, que l'idée dominante de son adversaire était la destruction de ses forces aériennes; il en voyait la preuve dans la négligence que mettaient les aériens adverses à attaquer ses troupes, et dans leur empressement à provoquer le combat en l'air; d'où il déduisait, que l'armement de ces avions ennemis ne consistait qu'en explosibles rames et, par conséquent, destinés à ses forces aériennes.

Cette conviction lui avait fait prendre quelques déterminations, et adopter une tactique toute spéciale. Sa première pensée fut de demander, à son généralissime, une légion entière d'avions de ligne; dans un rapport très motivé il expliquait et fixait la nécessité de son arrivée, le 18 mai, ni avant ni après. Avec la légion de ligne et les trois bataillons de torpilleurs qu'il possédait déjà, ce renfort allait porter son effectif aérien pareil à celui de son adversaire. En attendant, par une retraite savamment échelonnée, sur un terrain fort bien connu par lui, appuyée par de l'artillerie toujours masquée, il avait trouvé le moyen 'd'économiser son infanterie, d'user celle de son adversaire, de gagner du temps, et d'arriver sur les positions décrites plus haut, qu'il entendait bien conserver maintenant.

Ces fusils, des (ABC), qui partaient de derrière chaque buisson, et qui disparaissaient sans même laisser voir le fusilier, pour être remplacés par d'autres, d'avance en position, avaient obligé le poursuivant à un assaut presque continuel et non sans pertes. Cette lenteur avait exaspéré le général commandant X.

(Ces détails n'intéressent guère un thème de tactique aérienne, cependant ils sont utiles pour attirer l'attention sur l'état de nervosité possible dans le commandement. Puis, ils étaient voulus, justement, pour des raisons de tactique aérienne, car, pendant que le général des (XYZ) maugréait contre son avant-garde offensive, l'installation de ses aires de campement prenait du retard, ce que son adversaire désirait.)

Ce qu'ignorait peut-être le général X, c'est que sa mission

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était liée à une autre, confiée à un deuxième général, opérant dans une région voisine. La sienne consistait à s'emparer des villes D et E, des aires, des forts, et à s'y établir solidement. C'était pour cela que, au début de la campagne, on l'avait mis à la tête de près de 200.000 hommes, avec deux légions d'avions de ligne accompagnées de deux bataillons de torpilleurs, et qu'on l'avait choisi, lui, spécialement, pour activer les opérations qui, d'après les ordres pressants de son grand état-major, devaient être terminées le 10 mai. Toutes ses décisions ne pouvaient donc converger que vers une seule : toujours l'ofïensive, et arriver rapidement au bout de sa mission par des combats décisifs, terrestres et aériens.

Les combats

Maintenant que nous savons pourquoi et comment les belligérants avaient été amenés dans les positions indiquées sur le croquis 53, et que nous connaissons mieux les généraux qui les commandent, revenons à la matinée du 15 mai. Avant, nous ferons remarquer que le présent thème comporte plusieurs solutions; surtout si on fait intervenir des variations atmosphériques et des caractères hors de pair chez les personnes qui exercent le commandement, suppositions qui peuvent parfaitement se réaliser. D'ailleurs, on pourra toujours reprendre ce même thème, en modifiant les circonstances, le moment météorologique, et les individualités des généraux. Nous continuerons donc, selon les suppositions que nous avons déjà faites, comme missions et caractères, dans l'exposé ci-dessus, et, principalement, dans le même esprit d'enseignement, c'est-à-dire pour stimuler les aptitudes tactiques chez les jeunes officiers aviateurs.

Comme on le pense bien, les avions éclaireurs ne restaient pas inactifs; dans un camp comme dans l'autre, ils sillonnaient l'air en tous sens, et apportaient nombre de renseignements à leurs commandants respectifs. Habituellement,

l'aviation mimtaire 18

ils s'évitaient; mais depuis longtemps les commandants attachaient une si grande importance aux informations qui leur parvenaient par voie aérienne que, tôt ou tard, il devait leur venir à l'idée d'en priver leur adversaire. Ce fut la raison des incidents qui marquèrent le début de cette journée du 15.

Entre éclair eiir s. — Quatre ou cinq avions éclaireurs belligérants se prirent à partie, voulant sans doute se barrer l'envolée. On vit deux aviateurs se presser de si près, qu'ils finirent par s'aborder et tombèrent ensemble sur le sol. Deux autres se poursuivirent à une vitesse effrénée, on finit par les perdre de vue, ils s'en allèrent par monts et par vaux, rivières et marais, serpentant autour des montagnes sans souci de l'atterrissage, l'un fuyant l'autre, pour aller peut-être se perdre en mer, ou s'aplatir ensemble contre quelque falaise abrupte, trop haute pour la gravir. Héroïsmes dépensés inutilement 1

Le plan d'attaque du général X pouvait se modifier à chaque instant; celui de la journée consistait à attaquer la ville D et son fort auxiliaire, situé sur la colline. Il savait que ses effectifs, tant aériens que terrestres, étaient doubles par rapport à ceux de son adversaire, aussi ne doutait-il pas du succès.

De très bonne heure, il mit ses troupes de toutes armes en mouvement ; le long du cours de la rivière S et sur les coteaux, profitant de tous les replis du terrain pour les tenir hors des vues des batteries du fort G. Ces marches avaient l'apparence d'une menace contre la ville, mais, en réalité, c'étaient les torpilleurs qui devaient l'attaquer, et le gros de cette armée, tant en haut du coteau qu'en bas, s'arrêta avant d'être à portée de l'artillerie adverse. Selon les prévisions de son général commandant, elle passerait la rivière S sur le pont de la ville, dans la soirée; le passage serait protégé par des avions torpilleurs contre toutes les tentatives contraires de son adversaire. Enfin, les avions

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adversaires se montreraient probablement, et il avait désigné quatre bataillons aériens pour les recevoir.

Torpillage de la ville D. — Toutes ces marches et ces préparatifs des (XYZ) avaient pris la matinée du 15; le torpillage n'eut lieu que l'après-midi : un bataillon d'avions torpilleurs, soit 100, arrivèrent escortés par une garde d'altitude de deux bataillons d'avions de ligne; l'ordre portait de ménager le pont; le temps était toujours calme. Après l'opération, la ville D fumait; les fortifications de la ville et le fort G avaient résisté. On avait rassemblé les habitants dans les casemates civiles; on conduisit les femmes et les enfants dans les villages voisins, et on garda les hommes valides pour aider la garnison.

L'artillerie verticale, qui était très puissante, et aussi plus vulnérable que les autres pièces de forteresse, avait été réduite au silence par les avions torpilleurs ; mais, avant, elle en avait fait descendre vingt qui, imprudemment, dans l'ardeur de l'action, ne s'étaient pas tenus à une altitude suffisante.

Le général en chef A observait, impuissant, tous ces événements. Il avait fait avancer son armée pour lui faire prendre position sur les hauteurs de la rive gauche de la rivière S, en face la ville D, pour s'opposer au passage de son ennemi en cas de prise de la ville. Il aurait pu, simplement, faire sauter le pont, mais la garnison tenait bon, et il ne fallait pas l'isoler de ses forces.

Que pouvait-il faire pour l'instant avec ses avions? Son adversaire lui en aurait opposé le double ! Et en cas d'insuccès, lorsque les renforts aériens qu'il avait demandés seraient arrivés, il se trouverait exactem^ent dans la même situation que présentement; il était donc plus sage, pour opérer en l'air, d'attendre que toutes les forces fussent réunies. En attendant, il se promettait d'user son adversaire, avec les verticaux, si l'occasion se présentait.

Heureusement pour les avions des (ABC), leurs aires

étaient solides et parfaitement installées, bien fortifiées et défendues par une puissante artillerie verticale. Les avions restaient terrés dans des magasins souterrains, aménagés à une grande profondeur, avec des entrées bien dissimulées; les remisages auraient pu loger une armée aviatrice cinq ou six fois plus considérable.

Selon ses calculs, le général A devait retarder son adversaire un jour de plus et c'est pour cela, qu'il avait demandé les renforts aériens pour le 18. Dans un rapport motivé et bien circonstancié, il s'empressa de faire connaître sa situation à son généralissime qui, comprenant le danger et l'urgence, lui répondit immédiatement qu'il lui envoyait la légion entière d'avions de ligne demandée et, en plus, un bataillon, peut-être deux, en supplément. A moins d'intempéries, ces renforts promis devaient arriver, sûrement, le 18 à midi.

Journée du 16 mai

Nouvelle attaque de la ville D. — Même temps calme que la veille. La matinée ne vit se produire aucun fait notable. Les (XYZ), très occupés à terminer l'organisation de leurs aires de campement ou démontables, se recueillaient. Leur général commandant donna l'ordre de revenir l'après-midi sur la ville D et son fort pour avoir raison de leurs fortifications. Afin d'y parvenir, tous les torpilleurs devaient y contribuer, et à bonne altitude, pour éviter la faute de la veille; l'ordre portait que le torpillage aurait lieu de 1 heure à 2 heures, concentré sur deux points pour y faire brèche et le plus près possible du pont, sans l'endommager. Au moment précis où le torpillage prendrait fin, l'infanterie donnerait l'assaut; une partie garderait le pont, l'autre prendrait possession de la ville, ensuite, toute l'armée passerait la rivière. La première partie de ces prescriptions fut exécutée de point en point avec un plein succès, car, à 2 heures, lorsque le torpillage cessa, deux larges brèches étaient prêtes à laisser passer les assaillants.

Mais le général commandant les (ABC), bien que navré, avait conservé tout son sang-froid. Depuis les hauteurs où il s'était retranché, il tirait sur son adversaire partout où il se montrait à portée de canon. Il avait suivi tout particulièrement les détails de l'opération du torpillage que subissait la ville; par câble souterrain, il était renseigné sur les progrès que faisaient les brèches dans les fortifications de chaque côté du pont et, en outre, de hardis éclaireurs l'informaient des mouvements ennemis.

Êçacualion de la ville D. — Le général A voyait l'infanterie adverse manœuvrer de plus en plus vers les deux points attaqués des fortifications, il ne lui fut pas difllcilc de comprendre qu'elle s'ap})rôtait à les prendre d'assaut. D'autre pari, il savait que les brèches s'agrandissaient sans cesse, au point de n'être plus défendables. Alors, sans attendre l'assaut qu'il voyait imminiuit, il donna l'ordre à la garnison de se rassembler, de passer vivement le pont, puis de le faire sauter derrière elle. Et ainsi fut fait; cela coïncida presque avec le moment de l'assaut; d'ailleurs, ce concours de circonstances no |)ouvait guère l'amener autrement.

En résumé, mauvaise journée pour les deux combattants. A l'égard des (XYZ), It^ gain était une ville, mais (mi ruines, le fort ne tirait plus et peu importait, l/objocliï de toutes les opérations depuis la veille, passer la rivière, s'était évanoui. Cependant, Ifuir général on chef, pressé par les devoirs que lui imposait sa mission, décida, séance tenante, do la passer quand même et de s'y préparer immédiatement. Tous ces précédents événements lui avaient laissé la conviction de l'impiiissanct^ coniplète de son adversaire.

Quant au généivil d(»s (AHC), son espoir ivistait sus|)endu à la pronu^sso d(^ son généralissime, à l'échéanctî du 18 midi. Juscjucvlà, son infériorité numérique l'empêchait de rien tenter, tous ses elïorts consistaient à se consolider dans ses positions défensives. Pour agir après le 18, il mettait en réserve une foule d(! c'oinl)inaisons tactiques. En cas

d'insuccès final, sa retraite était tout indiquée vers la ville E où, avec son détachement rallié, il formerait un gros important.

Journée du 17 mai

Nous connaissons, depuis la veille au soir, que l'intention du général en chef X était de passer quand même la rivière S. Aussi, envoya-t-il immédiatement un capitaine du génie pour choisir et proposer l'endroit le plus propice au lancement de deux ponts de bateaux, en amont de la rivière. Un colonel, avec un bataillon d'infanterie, une compagnie du génie, une autre d'équipage de pont, un escadron, une batterie, fut chargé de l'établissement et de la protection de ces ponts; il devait commencer les travaux dès que les premières lueurs du jour apparaîtraient, après avoir fait, de nuit, au préalable, tous les préparatifs possibles.

L'armée des (XYZ) se divisa en quatre colonnes et se mit en marche à i heure du matin. L'artillerie et les trains régimentaires sur la grande route de la vallée, la cavalerie sur la route ordinaire et l'infanterie sur les meilleurs chemins; le général put opérer ainsi et isoler chaque arme, parce que rien n'était à craindre sur les flancs ni en tête des colonnes, la sécurité étant complète. Après trois heures de marche, les têtes de colonne se présentaient en face des ponts, dont l'un était déjà installé et l'autre sur le point de l'être. Le franchissement de la rivière fut aussitôt organisé; la reconnaissance du terrain de la rive gauche étant déjà faite, une avant-garde composée des trois armes, passa d'abord, puis le gros de l'armée et son arrière-garde. Naturellement, les ponts furent gardés en conséquence; ensuite on bivouaqua, ce repos était bien gagné, on se trouvait au milieu de la journée.

Sans perdre de temps, le général commandant les (XYZ) mit toutes les compagnies du génie disponibles à la confection des nouvelles aires de campement, sur les derrières de ses positions actuelles, bien que les aires de la rive droite

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ne fussent pas même achevées. Il avait déjà donné l'ordre, dès le matin, à une légion d'avions de ligne de venir planer sur l'armée et les ponts, sans interruption, en se relevant elle-même, pour former une garde aérienne.

Le général en chef des (ABC) demeurait, pour l'instant, le prisonnier de la situation. Il n'ignorait rien de ce qui se passait du côté de son adversaire; ses éclaireurs l'informaient parfaitement. La nuit, il n'avait pu s'opposer à sa marche : attaquer les avions adversaires qui défendaient les ponts? c'était courir au-devant d'un échec; avec son armée, aller empêcher le passage de la rivière? il serait arrivé trop tard, son ennemi ayant une grande avance, par suite de ses marches matinales. Le mieux qu'il avait à faire était donc de bien se retrancher, appuyé sur les aires, le fort et la ville E ; d'ailleurs, le lendemain, il aurait 500 ou 600 avions de plus et les chances tourneraient en sa faveur. Ah 1 son adversaire n'avait qu'à bien se tenir; désormais, il ne lui était permis aucune faute !

Tout était tranquille dans les deux camps, il était 6 heures du soir, on se disposait à prendre le repas avant de rentrer sous les tentes pour passer la nuit, lorsqu'arriva un avion éclaireur (ABC), planant et demandant à transmettre un renseignement urgent; le câble souterrain appelait aussi, pour le même motif, depuis une aire où venait d'atterrir un autre éclaireur. L'information, transmise au général en chef A, venait lui apprendre que la relève des avions ennemis qui gardaient les ponts n'avait pas été faite; de sorte que les passages de la rivière se trouvaient sans défense aérienne. Le général, si calme d'-habitude, bondit; il avait prévu cette éventualité. Sur le champ, il donna l'ordre suivant au général légionnaire :

« Faites envoler, immédiatement, un bataillon d'avions torpilleurs. La première moitié ira détruire les deux ponts posés par l'ennemi sur la rivière S. La deuxième moitié détruira tous les bateaux à flot, ceux qui se trouvent sur les

berges, sur les voitures et les voitures elles-mêmes. Vous assurerez la garde des torpilleurs par un autre bataillon d'avions de ligne qui, au moment de l'action, prendra une altitude que vous fixerez. Jusqu'aux ponts, vous avierez très bas, pour agir par surprise. Après l'opération, hâtezvous de rentrer. »

Démolition des ponts de bateaux. — Cet ordre fut, subitement, suivi d'une activité extraordinaire dans les souterrains des aires; à la surface, on ne s'en serait pas douté. Tout étant déjà prêt d'avance, quelques minutes après les avions étaient partis; presque tous appartenaient aux aires de la rive droite, ils volèrent ras, le long de la rivière S, et lorsque, près des ponts, ils débouchèrent de la vallée, ce fut dans les campements des (XYZ) une alerte indescriptible. En un clin d'œil, les compagnies de la première moitié du bataillon (ABC) défilant, avion par avion, détruisirent les deux ponts, le courant en emporta les débris. Les compagnies de la deuxième moitié, démolirent tous les bateaux de réserve, le matériel de l'équipage de pont et autant de fourgons qu'elles purent. Les ordres étant exécutés, les deux bataillons s'en retournèrent pour atterrir, sur leurs aiies respectives.

On suppose bien qu'à l'apparition des avions adverses, le général commandant les (XYZ) mit en œuvre tous les moyens dont il disposait pour avertir le commandant de ses forces aériennes, et lui faire parvenir l'ordre de s'envoler au plus vite; mais ses aires de campement étaient encore de l'autre côté de la rivière S, et bien éloignées. Fort à propos, deux éclaireurs avaient pu atterrir dans l'après-midi sur une aire provisoire, à sol simplement battu, et il en envoya un pour porter l'ordre. Quelques instants avant le torpillage, plusieurs cavaliers avaient pu franchir un des ponts et s'étaient dirigés vers les aires pour les prévenir; d'autres soldats essayèrent de traverser la rivière à la nage ou sur des flotteurs improvisés; tout cela était superflu et

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inutile, car l'avion avait porté le message, et revenait, annonçant l'envolée de trois bataillons.

Ils ne trouvèrent pas leur adversaire; nous savons qu'il était allé se blottir à nouveau dans les souterrains de ses aires. Néanmoins, les trois bataillons (XYZ) avièrent sur leur flanc droit et firent une démonstration sur les aires adverses, qui paraissaient calmes comme s'il n'avait jamais été question de rien. Quelques puissants verticaux les accueillirent cependant, mais sans résultat. La nuit était proche et, les atterrissages du nouveau campement n'étant pas prêts, les trois bataillons durent s'en retourner d'où ils étaient venus.

Après le désastre des ponts, inutile de tenter de les reconstruire, tout le matériel de la compagnie d'équipage était détruit. Heureusement pour le général en chef des (XYZ), l'armée entière était passée avec ses trains régimentaires; ses communications avec le nord n'en re-oaient pas moins coupées, momentanément il est vTa.i, car il avait envoyé, par voie aérienne, deux nouveaux éclaireurs pour faire connaître la situation à son généralissime et lui demander, d'urgence, un nouveau matériel pontonnier. Ce qui lui faisait principalement défaut, c'était le matériel des aires de campem^ent, resté sur les aires de la rive droite et dont, faute de pont, il devait se passer.

Une demi-heure après le torpillage, tous les sapeurs du génie (XYZ), chacun à la tête d'une douzaine de fantassins, étaient occupés à établir des aires provisoires avec sol battu; ils devaient passer la nuit à ces travaux pour parvenir à faire des atterrissages convenables, à la condition que la pluie ne surviendrait pas. Il fallait parer encore à l'inconvénient des munitions aériennes qui étaient restées aussi de l'autre côté de la rivière; les avions, en un ou deux voyages, en déposeraient une partie sur les nouvelles aires; les fourgons en charrieraient une assez grande quantité jusqu'à la berge; et à l'aide d'un va-et-vient avec deux ou trois bateaux qu'on avait pu sauver et réparer, tant bien

que mal, on leur ferait passer l'eau. Enfin les munitions ne manqueraient pas aux avions (XYZ).

Quant à la responsabilité de la surprise des ponts, elle allait faire l'objet d'un rapport spécial et aurait son dénouement devant un conseil de guerre.

Journée du 18 mai

Le soleil s'était levé au milieu d'un temps splendide, il allait probablement faire chaud ; le vent de l'ouest soufflait modérément, ce qui mettait en activité les voies aériennes de la rive gauche de la rivière T, et inerte celle de la rivière S.

Les circonstances du moment, après les événements de la veille, dictaient les décisions au général en chef des (XYZ). Il ne pouvait pas rester dans la situation où il se trouvait ni conserver des positions trop défectueuses et, avant que son adversaire se fût retranché plus solidement, il devait l'obliger à accepter une bataille décisive; il avait la supériorité numérique, deux contre un à terre comme dans l'air, et ne doutait pas du succès.

Réflexions du général A. — Le général commandant les (ABC) avait passé la nuit dans ses réflexions : Son armée terrestre n'avait pas plus souffert que celle de son adversaire, mais il ne pouvait pas rassembler toutes ses forces, attendu que son détachement devait rester sur la rive droite de la rivière T, parce que ce côté était aussi très menacé; devant des forces supérieures, il devait se replier sur les aires et la ville E. Sur la rive gauche, son infériorité était certaine, c'est une série de combats défensifs et en retraite, qu'il voulait livrer, jusqu'au fort H.

Les prévisions aériennes occupaient bien davantage l'esprit du général A, d'autant plus que la veille au soir, dans la surprise des ponts, l'invraisemblable était survenu. Il avait pour l'arme ilouvelle un goût tout particulier, mais c'était celle dont il se méfiait le plus.

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Voici les questions qu'il s'était posées sur les diverses situations possibles, et auxquelles il serait peut-être appelé à faire face, dans le courant de la journée qui allait commencer :

1° Si les avions amis arrivent à l'heure annoncée. S'ils viennent en avance. S'ils sont en retard. S'ils font totalement défaut.

20 S'ils volent à haute ou basse altitude. Quelle doit être leur vitesse?

3° S'ils sont prêts pour le combat ou s'ils devront aller atterrir pour se ravitailler.

4<^ Si le vent de l'ouest persiste. S'il change et tourne de l'est, du nord ou du sud. S'il devient fort, faible ou nul.

5° Dans chaque cas qui précède, utihsation des voies aériennes.

6^ S'il pleut, comment seront praticables les aires, en sol battu, de son adversaire?

7° Il fera chaud, si un orage se déchaîne et par quel vent? quel parti prendre?

8° Si l'adversaire veut la bataille le matin, faudra-t-il l'accepter avec les avions présents, ou rester sous les aires?

9° Lorsque les avions amis seront arrivés, sera-t-il préférable de livrer bataille immédiatement ou de la différer jusqu'au lendemain?

10° Ira-t-on la nuit attaquer les aires ennemies, profitant de leur manque d'éclairage?

11° Toutes forces aériennes réunies, quelle est la tactique qui prévaudra? d'abord, est-ce l'attaque de l'armée aviatrice? de l'armée terrestre, séparément? ou des deux à la fois?

Etc., etc. Et il en oubliait, pensait-il, peut-être des meilleures ! Mais, en toutes circonstances, son raisonnement tombait toujours sur la même conclusion, qu'il érigeait en principe fondamental de la tactique aviatrice : ai>oir la supériorité de V altitude jointe à celle de la vitesse.

— Nous engageons beaucoup les candidats aviateurs tacticie " à reprendre, une par une, toutes les suppositions

ci-dessus, attribuées au général des (ABC), et de s'exercer à les développer, dans autant de thèmes particuliers, en partant de la situation des belligérants telle qu'elle se présente dans le présent thème, le 18 au matin. —

Malgré toute l'activité du génie (XYZ), au jour, le travail de nuit parut incomplet, et il fallut procéder à quelques parachèvements pour rendre les nouvelles aires praticables aux avions de ligne; après quoi, le général en chef X fit venir tous ses avions de la rive droite, à l'exception des torpilleurs, qui ne viendraient que dans l'après-midi; il était environ 9 heures du matin lorsqu'ils furent ravitaillés. Le général en chef donna, à ce moment, au général aviateur, les ordres suivants :

XX Trois bataillons d'avions de ligne iront planer immédiatement sur les aires ennemies; ils resteront deux heures dans l'air, parcours et planement compris. Trois autres bataillons iront les relever, et ainsi de suite. Si les avions adverses sortent des souterrains, les attaquer aussitôt, où qu'ils aillent, xx

XX Deux autres bataillons d'avions de ligne attaqueront : 1° l'état-major; 2° l'artillerie; 3° la cavalerie; 4° l'infanterie. Et cela, dès que la bataille terrestre sera engagée, après le signal donné, xx

XX A 1 heure de l'après-midi, les deux bataillons de torpilleurs avieront vers la ville E, pour la torpiller. Le bataillon d'avions de ligne, disponible, les accompagnera et les protégera à haute altitude, xx

Ces ordres ne surprirent personne chez les (XYZ), on les attendait presque, et on se prépara pour les exécuter ponctuellement.

Cependant, les avant-postes des avant-gardes des belligérants avaient pris contact, vers 6 heures du matin; mollement d'abord, puis vivement. Le génie avait travaillé aussi du côté des (ABC), c'était chez eux une succession de petits retranchements, lentement évacués et, aussitôt après,

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occupés par l'adversaire, qui n'avançait que par saccades, et non sans pertes sérieuses. Le général commandant les (ABC) avait disséminé, le plus possible, ses forces pour les soustraire aux attaques des avions adversaires. Dans son idée, ces dispositions tactiques pouvaient retarder beaucoup le choc final.

Supériorité de la vitesse. — Au-dessus des aires, planaient déjà les avions (XYZ), mais de puissants verticaux les tenaient à haute altitude ; la voie aérienne étant en activité, ils s'en servaient. Les avions du général des (ABC) étaient bloqués dans leurs souricières jusqu'à midi, heure présumée de l'arrivée des amis; pourtant, si la vitesse le leur permettait, ils pourraient essayer de se délivrer. Afin de tâter la vitesse des avions adverses, le général des (ABC) fit sortir et envoler à l'iraproviste une compagnie d'avions de ligne, de la première aire en amont de la rivière T, pour l'envoyer atterrir à la dernière, en aval de cette rivière, et en donnant à l'envolée la forme d'un demi-cercle. Aussitôt, les avions adverses s'élancèrent à sa poursuite, mais ne purent la rattraper; elle réussit même à atterrir et à s'engager dans les souterrains, sans encombre, sauf quelques avaries aux ailes, causées par les planeurs ennemis qui se trouvaient sur cette aire d'aval. Il était environ 9^30 lorsque cela se passait.

Ce renseignement était précieux pour le général en chef A; ses avions avaient la supériorité de la vitesse, et il allait baser là-dessus une tactique appropriée à la situation présente. En conséquence, il donna l'ordre suivant au général aviateur :

« Probablement les avions de l'adversaire, qui planent sur nos aires depuis déjà quelque temps, seront bientôt relevés par d'autres qui les remplaceront, afin de leur permettre d'aller se ravitailler dans leurs aires. »

« Cinq minutes après leur départ, vous ferez envoler deux batailh -^ d'avions de ligne, chaque aire vous fournira une compagnie, pour aller attaquer nos adversaires sur leurs

propres aires, pendant leur ravitaillement. Munitions à emporter, 20 torpilles de 5 kilos par avion. »

« Au retour, faites résolument votre atterrissage. Les verticaux vous protégeront le mieux possible. »

Les {ABC) torpillent les (XYZ) sur leurs propres aires. — L'opération eut lieu telle que la prévoyait l'ordre ci-dessus. Lorsque surgirent de 10 aires à la fois les avions (ABC), les (XYZ), complètement surpris, depuis leur altitude, se mirent à leur poursuite; mais les (ABC), gagnant de vitesse, arrivèrent plus tôt sur les aires adverses, et y laissèrent choir leurs torpilles au moment où les (XYZ) finissaient d'atterrir. Le ravage fut considérable. Aussitôt après, les (ABC) avièrent précipitamment vers leurs aires respectives. Presque en même temps, ils croisèrent les (XYZ) de la relève qui les poursuivaient; ne pouvant les éviter complètement, ils durent essuyer leurs grenades ramées, car ils étaient au-dessous, ce qui leur causa quelques pertes avec des atterrissages forcés. Enfin, les (ABC) regagnèrent leurs aires en toute sécurité, parce que les (XYZ), inférieurs en vitesse, et ayant perdu du temps pendant la manœuvre du demi-tour, étaient restés en arrière dans leur poursuite.

Après cet engagement, on évalua des deux côtés les pertes éprouvées : Pour les (XYZ), on trouva que les deux tiers des avions qui étaient au ravitaillement étaient perdus, soit l'équivalent de deux bataillons. Pour les (ABC), ce fut la valeur d'une compagnie seulement. Cela changeait sérieusement les chances, et le général X commençait à s'apercevoir que son offensive aérienne allait prendre la tournure d'une défensive.

Action générale

Un peu après 11 heures, les avions des (XYZ) avaient repris leur poste de planement sur les aires adverses, car ils

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n'avaient encore reçu aucun ordre contraire. Depuis une demi-heure, le vent d'ouest, de modéré qu'il était, devenait de plus en plus fort; à l'heure ci-dessus, il l'était suffisamment pour gêner les avions dans leur vol, sans les empêcher d'avier cependant. La voie aérienne longeant la rivière T se trouvait donc beaucoup plus active, et ses effets de sustentation plus utilisables aux hautes altitudes. A planer perpendiculairement sur les aires de la rive droite, les avions des (XYZ) perdaient leur essence en luttant contre le vent; tandis que ceux qui étaient postés sur les aires de la rive gauche volaient, en pleine voie aérienne, sans dépense. ]\Iais en mettant tous les avions de ce même côté favorable, on ne surplomberait plus les aires de la rive droite, et c'était permettre aux avions adverses de s'échapper.

Cette situation, embarrassante pour le général commandant les (XYZ), se compliquait de la nécessité de dégager, au plus vite, ses aires de campement et de réparer les dégâts qui y avaient été causés par les avions adverses; ce que firent rapidement toutes les compagnies du génie réunies.

La situation s' étant modifiée, ses déterminations devaient changer également et dans le sens décisif. Ce général ne se doutait pas encore des renforts aériens qu'attendait son adversaire. Voici ce qu'il ordonna à 11^15 :

XX On abandonnera le blocus des aires ennemies de la rive droite. Deux bataillons de ligne planeront dans la voie aérienne, à la plus haute altitude possible, sur les aires de la rive gauche; un troisième bataillon tenu en réserve ira relever l'un d'eux, xx

XX Foncer sur les avions adverses, dès qu'ils paraîtront. Avec une grande supériorité d'altitude, on devra les rejoindre et les attaquer, xx

XX Deux bataillons, se relevant l'un l'autre, attaqueront immédiatement l'armée terrestre adverse, comme dans l'ordre précédent de 9 heures, même si elle est dispersée; dans ce cas on opérera en détail, xx

XX Un bataillon planera sur nos aires de campement pour protéger les ravitaillements contre toute surprise, xx

XX Le torpillage de la ville E aura lieu à l'heure indiquée dans le précédent ordre; le bataillon d'avions de ligne disponible protégera cette opération, xx

XX L'armée de terre prendra partout, de suite et énergiquement, l'ofîensive. xx

Et le général en chef X veilla à la réalisation de ses ordres.

Effectivement, tous allaient être exécutés, et ils étaient bien de nature à précipiter les événements, surtout ceux qui s'adressaient impérieusement aux généraux qui devaient opérer contre l'armée de terre des (ABC).

Sur V état-major. — Les 150.000 hommes de toutes armes des (XYZ) fondirent sur leurs adversaires ; l'infanterie contre les retranchements, l'artillerie contre son adverse, et la cavalerie partout où le terrain le lui permettait. L'attaque était vive, la résistance tenace. Les (ABC) ralliaient tous les replis, avant et arrière-gardes, pour se former en ordre de bataille, lorsque apparurent les avions de ligne des (XYZ). Selon l'ordre antérieur, ils devaient attaquer d'abord l'état-major, ce qu'ils firent avec des torpilles de 2 à^ 3 kilos; ils n'évoluèrent pas par orbes, le vent était trop fort, ils déclanchèrent en planant, presque sur place, face au vent, et en aviant ensuite à droite pour faire place aux suivants. Les cinq compagnies passèrent ainsi l'une après l'autre, la première aurait suffi largement; au début du déclanchement, les explosions produisirent un nuage de poussière, qui enveloppa l'état-major, les torpilles subséquentes tombèrent un peu au hasard dans ce nuage; lorsque le vent l'eut dissipé, l'état-major n'existait plus.

Ah! peut-être jamais on ne reverra la silhouette légendaire des grands capitaines couronner le sommet d'un coteau !

Ce premier bataillon s'en retourna sur les aires afin de se ravitailler: le deuxième devait le relever pour continuer l'attaque.

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Ordres du général A

Le vent ne faiblissait pas et se maintenait, très fort, de l'ouest. Il était près de midi lorsque le général commandant les (ABC) vit les nouvelles dispositions prises par son adversaire, sur les aires, et connut l'attaque de son armée de terre, particulièrement celle de son état-major. Son plan, qui consistait surtout à attendre les renforts aériens, dut être modifié, bien que par télégraphe on les lui eût annoncés comme partis; ses éclaireurs qui devaient les signaler, aussitôt en vue à l'horizon, n'avaient encore rien aperçu. D'ailleurs, ce ne pouvait être qu'un retard causé par le vent fort qui régnait à ce moment, et les avions amis profitaient, sans doute, de la voie aérienne, car ils venaient du sud.

Le premier souci du général en chef A fut d'essayer de débarrasser les aires de la rive gauche des deux bataillons ennemis qui y planaient au-dessus, en leur opposant deux autres bataillons qu'il savait très bons aviateurs et supérieurs comme vitesse. Il rassembla donc aux bouts des câbles souterrains les deux commandants de ces bataillons, chargea du commandement le plus âgé, et lui donna l'ordre verbal suivant, accompagné d'instructions bien nécessaires. Il était midi.

« Le l^r et le 2^ bataillon de la légion d'avions de ligne, atterris sur le groupe d'aires en amont de la rive droite, chargeront les trois quarts du poids en essence et le quart en grenades ramées. »

« Vous gagnerez la voie aérienne, et y avierez vers le nord, les compagnies étant sur quatre rangs, ou divisées davantage, s'il le faut, en prenant constamment de l'altitude. »

« Selon toutes probabilités, les avions adverses qui planent sur nos aires de la rive gauche, et qui, en nombre, sont égaux aux Ctres, vous suivront en partie, sinon tous. Vous simulerez l'impuissance de la vitesse, en conservant cependant une avance de I à 2 kilomètres. »

« Lorsque vous serez arrivé à l'altitude de votre adversaire, vous l'amènerez ainsi le plus loin possible, toujours dans la direction du nord, et autant que la voie aérienne le permettra; en manœuvrant de la sorte vous l'obligerez à user son essence, tandis que vous-même en avez une grande provision. »

« Ces colonnes seront longues; vous observerez bien, à l'aide de vos éclaireurs, si l'adversaire ne rompt pas la poursuite. A un certain moment, sans doute, il fléchira, ce sera lorsque son essence sera presque épuisée ; il cherchera alors à faire demi-tour, non dans la voie aérienne trop étroite, mais probablement à droite. »

« A cet instant précis, vos avions en feront autant, et ce sera votre tour de poursuivre l'adversaire. Vous vous superposerez à lui et vous l'attaquerez de suite, sans précipitation, afin que vos grenades portent bien; tâchez de bien employer le peu de munitions que vous aurez emportées. Vous poursuivrez l'ennemi jusque sur ses aires, vers lesquelles évidemment il se dirigera ; dans le cas où il se disperserait, vous l'attaqueriez, unité par unité. Vos munitions épuisées, vous viendrez atterrir. »

A midi 15, le général en chef A appela encore, par câble, les commandants du 3^ et du 4® bataillon, dont les atterrissages se trouvaient sur les aires de la rive gauche; par téléphone, il leur apprit l'attaque de l'armée de terre, par les avions ennemis, et donna au plus âgé l'ordre ci-après :

« Le bataillon ennemi, qui a attaqué notre armée de terre et a anéanti son état-major, est allé se ravitailler; sans aucun doute, il renouvellera l'attaque et sera peut-être relevé par un deuxième bataillon. »

« Vous êtes chargé, avec le 3^ et le 4^ bataillon d'avions de ligne, d'aller combattre et précipiter les avions ennemis. Vous emporterez trois quarts liquide pour moteur, un quart grenades ramées. »

« Les avions adverses étant partis, vous profiterez de la voie aérienne, en ce moment libre et très active, pour mon-

ter rapidement bien haut. Vous avez sur votre adversaire la supériorité de la vitesse qui vous permettra celle de l'altitude. »

« Divisez vos forces en autant de groupes que formera l'adversaire; vous le poursuivrez partout où il ira, en le surplombant à faible hauteur, pour mieux pointer, mais assez, cependant, pour éviter les éclats de vos propres grenades. »

« Votre provision d'essence vous permet une longue envolée, vous ne reviendrez atterrir qu'après l'utilisation de toutes vos munitions. »

A midi 30, le commandant du 5^ bataillon, atterri sur les aires d'aval de la rive droite, reçut à son tour, du général A, l'ordre qui suit :

« Préparez votre bataillon pour partir immédiatement. Vous chargerez un tiers liquide pour moteur, un tiers grenades ramées, un tiers torpilles de 5 kilos. »

« Depuis 11^30, un bataillon ennemi plane sur ses aires de campement, pour protéger les ravitaillements. Il sera bientôt à court d'essence. Vous irez vous superposer à lui, et vous l'attaquerez avec les grenades ramées. S'il atterrit ou que d'autres avions adverses aient atterri, vous les attaquerez avec les torpilles. »

« Soyez hardi et prudent, car nous avons disposé de toutes nos forces aériennes. Néanmoins, j'attends les avions amis. »

Voyons maintenant ce qui dut résulter de l'exécution de ces divers ordres, et ce que les probabilités nous permettent de supposer qu'il advînt, du fait des supériorités, soit des avions les uns envers les autres, soit des aires entre elles, soit de la valeur et des hardiesses du commandement et des exécutants.

Nous V ons que les ordres émanant du général X, donnés à 11*^15, avaient reçu un commencement d'exécution; nous en verrons le dénouement, au fur et à mesure, dans ce qui va suivre.

Exécution de l'ordre donné à midi

Ruse d'aviage des {ABC). — Après l'ordre donné à midi, par le général en chef des (ABC), le 1^^ et le 2^ bataillon s'envolèrent des aires en amont de la rivière T, et, ainsi que l'avait prévu le général, ils furent poursuivis par les avions adverses. Le commandant de ce détachement aérien comprit si bien sa mission, qu'après avoir vivement gagné la voie aérienne, transversalement, aidé d'ailleurs par le vent d'ouest, il avia si mollement que l'adversaire, s'y laissant tromper, préparait déjà ses explosibles.

Cette manœuvre réussissait parfaitement, elle n'avait aucune apparence trompeuse, elle était même difficile à constater ; rien de surprenant à cela, au milieu des inégalités de ce vol de travers, tantôt plus bas, tantôt plus haut, pratiqué dans le courant ascensionnel qui constituait la voie aérienne, qui, ainsi que nous le savons, se moulait à toutes les sinuosités et déclivités diverses du coteau et de sa crête, de sorte que, amis et ennemis, subissaient successivement les mêmes grandes fluctuations dans leur vol.

Le combustible manque aux (XYZ). — Mais les deux bataillons (ABC), situés à moindre altitude, s'élevaient cependant continuellement, quoique lentement. Ces deux colonnes d'avions, amis et ennemis, se trouvaient bien loin vers le nord lorsqu'elles furent à altitude égale. Les (XYZ) volaient depuis longtemps, leur essence devait fatalement s'épuiser plus tôt que celle des (ABC), qui en avaient emporté une plus grande provision, aux dépens des munitions et qui aviaient depuis moins de temps.

Il arriva donc le moment où les (XYZ) furent dans la nécessité de quitter la voie aérienne; ils le firent non par un demi-tour, mais par un défilé à droite, et avièrent ainsi avec le vent, c'est-à-dire avec une très grande vitesse, dans la direction de leurs anciennes aires, situées dans l'angle nordest des rivières. Cette évolution surprit le commandant A,

persuadé qu'il était que leur retraite aurait lieu sur leurs nouvelles aires; mais le renouvellement pressant de l'essence ne le leur avait pas permis.

Fuite. Poursuite et superposition. — C'est à une vitesse folle, celle de l'avion jointe à celle du vent, que la poursuite, dont les rôles étaient renversés, recommença. Le 1^^ et le 2e bataillon désignés par le général en chef des (ABC) étaient composés d'aviateurs d'élite, dans des avions de choix, et ils eurent tôt fait pour se superposer sur les (XYZ). Ils laissèrent choir sur eux, avec la plus grande précision possible, leurs grenades ramées, dont les effets furent suivis par la précipitation de quelques avions adverses.

Inutile d'insister sur les conséquences de ces chutes ou atterrissages forcés, en des terrains de hasard, et par un vent pareil; c'était, pour chacun d'eux, une perte certaine et, lorsque l'explosion des munitions s'ensuivait, un vrai désastre. Les (ABC), qui poursuivaient, étaient, tout autant, exposés à ces sortes d'accident; avec des avions si surmenés, une panne de propulseur, de moteur, ou de direction, suffisait; s'ils avaient position sur les flancs de la colonne, ils tâchaient d'obliquer, pour éviter l'adversaire inférieur, et choisir l'atterrissage le moins mauvais; s'ils se trouvaient au milieu, la meilleure chance consistait à passer dans les intervalles qui séparaient les avions adverses; mais, on le comprend, l'inévitable devait arriver quelquefois, et les deux avions, qui se choquaient, tombaient ensemble sur le sol.

Aviant ainsi, tout en éprouvant quelques pertes, les (ABC) usaient assez rapidement leur adversaire; à l'encontre des prévisions du général en chef, qui croyait à la dispersion, leb v^YZ) n'avaient pas rompu leur ordre d'envolée, sans doute pour mieux atterrir. Ils espéraient arriver à temps, pour trouver sur les aires les torpilleurs avec le bataillon d'avions de ligne et leur demander de se joindre à eux. Circonstance que les (ABC) ignoraient complètement.

Mais, comme on allait être en vue de ces aires, on aperçut bien loin, dans l'horizon sud, une bande grisâtre, signe non équivoque de nombreux avions, qui s'éloignaient toujours. Il était plus de 1 heure, ce ne pouvait être, et ce n'était en effet, que les bataillons torpilleurs qui se rendaient sur la ville E.

Belle fin des (XYZ). Plutôt périr que capituler! — Le commandant des (XYZ), voyant ce dernier espoir lui échapper, se considéra, de toutes manières, comme perdu. Il ordonna, alors, la dispersion avec faculté d'avier à des altitudes inégales, afin de porter le désordre chez son ennemi. Quelques-uns de ses avions, ne conservant qu'un peu de munitions, après avoir jeté tout le reste, purent, ainsi allégés, surmonter leur adversaire et le précipiter; d'autres cherchaient visiblement l'abordage, le corps-à-corps, dans l'intention de périr ensemble, ce qui arriva pour plusieurs.

Le commandant des (ABC), jugeant qu'il ne fallait pas s'acharner sur un ennemi vaincu, fit cesser la poursuite individuelle et rallia ses avions pour leur faire reprendre leur ordre de manœuvre. Il laissa atterrir son adversaire réduit, peut-être, à une compagnie; ce qu'il fit, comme il put, en usant son essence jusqu'à la dernière goutte, pour retarder la minute fatale.

Le commandant des (ABC) laissa tomber un billet lesté à l'adresse de son adversaire, pour l'engager à abandonner ses avions et s'éloigner ensuite. Un geste, significatif, lui répondit bravement. Le commandant fut donc obhgé de les détruire tous, jusqu'au dernier

Retour mouvementé aux aires. — Les (ABC), victorieux, durent songer à s'en retourner; ils avaient, maintenant, à lutter contre un vent très fort, autre ennemi, et leur liquide moteur, malgré leur copieuse provision, demandait à être ménagé; après une victoire, il ne fallait pas s'exposer à un désastre. S'en aller directement en diagonale de l'est au sud, pour regagner les aires, c'était bien la moindre dis-

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tance; mais, avec le vent contraire sur tout le parcours, c'était aussi une grande dépense d'essence. Le commandant décida d'avier contre le vent, au plus court, vers la voie aérienne; et, une fois cet effort accompli, depuis là, se laisser porter, sans se presser, et sans dépense, jusqu'à l'atterrissage.

Ce fut dur, on avia par compagnies, en doublant l'écartement entre les avions et, le plus possible, au ras du sol, le vent y étant moins fort; on avançait bien peu, parfois, un coup de vent obligeait à l'immobilité, même au recul. Enfin, trois ou quatre kilomètres avant la colline, le commandant fit prendre de l'altitude pour atteindre les hautes couches, plus douces, du courant ascensionnel de la voie aérienne et éviter les basses, toujours impétueuses. Les (ABC) avièrent, alors, vers le sud, dans cette voie aérienne qui, de très active, était devenue dangereuse ; les avions gardant un biais très accentué, presque tête au vent, étaient fortement balancés par les inégalités de l'inclinaison et par la force d'un courant d'air violent. L'atterrissage bien mérité eut lieu; les éclaireurs avaient annoncé leur retour, et on avait tout préparé, sur les aires, pour les recevoir; pas tous, car le l^*" et le 2^ bataillon avaient payé un large tribut aux pannes et à leur ennemi vaincu.

Exécution de l'ordre donné à midi 15

Avions (XYZ) sur les troupes (ABC). — Le 3^ et le 4® bataillon d'avions de ligne des (ABC) s'élancèrent des aires de la rive gauche en n'utilisant le moteur que pour maintenir la direction et conserver les distances entre avions, «.ar les aires se trouvaient situées en pleine voie aérienne; ils atteignirent, en quelques minutes, une très grande hauteur; nous savons que cette voie aérienne se trouvait très active à ce moment. Tandis qu'en plein vent horizontal, où se trouvait l'adversaire, il lui eût fallu la moitié de son essence pour obtenir ce résultat.

Le commandant des (ABC) se présentait donc à son adversaire, avec une grande supériorité d'altitude, sans avoir entamé son liquide moteur. A ce moment, il put voir le bataillon des (XYZ), revenu à l'attaque, faire de grands ravages dans les rangs de l'armée amie. Le vent aidant, il l'eut bientôt rejoint en le surplombant; le commandant avait détaché, seulement, le 3^ bataillon pour le combattre; il avait laissé le 4^ en réserve, dans la voie aérienne, planant sans dépense. Avec ce temps défavorable, le pointage n'était pas facile; toutes les grenades ramées, premièrement lancées, ne rencontrèrent pas les avions adverses, celles qui ne portaient pas tombaient peut-être dans les rangs amis et y faisaient quelques victimes. Sacrifice douloureux, sans doute, mais justifié par les conséquences, car, à chaque avion adverse détruit, correspondait l'économie de, au moins, un millier de vies humaines, amies.

Avions contre avions. — Les chutes des grenades des (ABC), désormais bien rectifiées, entamèrent promptement l'adversaire qui, très préoccupé de sa propre sécurité, ralentit son attaque du dessous et finit par y renoncer. Cependant^ à peine ces avions des deux partis étaient aux prises, que le second bataillon ennemi arrivait au secours de son premier. Aussitôt, le commandant des (ABC) donna l'ordre au 4^ bataillon, en réserve dans la voie aérienne, de venir le combattre. Le 3^ continuerait d'attaquer et de poursuivre son premier adversaire, jusqu'à précipitation complète.

Pour venir, de leurs aires, jusque sur le lieu du combat, les avions (XYZ) avaient constamment vent debout; tandis que les (ABC) allaient profiter d'un vent arrière des plus favorables, aussi ne se pressèrent-ils pas; ils laissèrent avier ce second bataillon ennemi, très péniblement, en dépensant son essence, et lorsqu'il fut tout près du champ de bataille, ils quittèrent brusquement la voie aérienne et parvinrent à le superposer avant qu'il fût arrivé. C'était parfaitement manœuvré, de la part du 4^ bataillon. Cette attaque fut

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très effective et produisit bientôt des résultats décisifs, les avions adverses tombaient nombreux, les trois quarts déjà étaient précipités. Il était, à ce moment -là, environ midi 45. Ainsi qu'on le voit, ces événements se déroulaient très rapidement.

Retraite des {XYZ). — Le vent ne s'apaisait pas, il prenait plutôt des allures de tempête. Le général en chef des (XYZ) avait perdu six bataillons d'a\àons, ou à peu près. La voie aérienne, dans les présentes circonstances, constituait, pour son adversaire, une supériorité et des avantages tactiques de premier ordre. Il réunit ses subordonnés et leur posa la question de la retraite, qui fut approuvée par tous. Le combat fut donc immédiatement rompu partout.

On commença par organiser la retraite de l'armée aviatrice, en faisant partir d'abord ce qui restait des deux bataillons, encore occupés sur le champ de bataille, mais réduits peut-être à deux compagnies. Le bataillon de torpilleiirs, avec celui d'avions de ligne qui lui servait d'altitude-garde, et qui devaient se rendre sur la ville E, reçurent contre-ordre et avièrent en retraite. Le bataillon de ligne, resté inoccupé sur l'aire, et celui qui était destiné à protéger les ravitaillements, partirent également.

Tous ces avions (XYZ), au total quatre bataillons environ, s'enfuirent dans la direction de l'est, dans un vent tempétueux, avec une vitesse effrénée, pour aller se réfugier sur des aires fortifiées très lointaines. Mais, surmenés comme ils l'étaient, combien durent rester en route?

La ret- . iLe de l'armée de terre eut lieu de suite après, elle fut divisée en dix ou douze colonnes, pour en accélérer la marche, en utilisant tous les chemins praticables. Les équipages qui étaient demeurés sur la rive droite de la rivière S, depuis l'affaire de la destruction des ponts de bateaux, suivirent la même direction de l'est par les routes de cette rive.

Situation des (ABC) à 1 heure

Le commandant des 3^ et 4® bataillons vit lui échapper, dans cette retraite, le peu d'avions qui restaient à son adversaire; il ne pouvait les poursuivre, son retour aurait été impossible contre un vent si impétueux. Les difficultés pour réintégrer les aires étaient suffisantes, et, sans songer à en affronter d'autres, ce fut très difficilement que les 3® et 4^ bataillons y parvinrent.

Le 5^ bataillon, qui devait aller planer sur les aires de campement de l'adversaire, avait reçu un contre-ordre et était resté à l'atterrissage, vu le mauvais temps.

Les aires de la rive gauche et de la rive droite contenaient:

Le 1" et le 2® bataillon d'avions de ligne, très éprouvés, mais dont la moitié pouvait reprendre le service, soit un bataillon complet.

Le 3® et le 4^, qui avaient bien moins souffert, et dont les trois quarts étaient utilisables, soit un bataillon et demi.

Le 5® bataillon était frais et intact.

Et les deux bataillons d'avions torpilleurs étaient restés inoccupés.

L'armée de terre avait subi de grandes pertes qui l'avaient réduite à la moitié de son effectif; elle était trop désorganisée pour tenter un retour offensif; d'ailleurs, son adversaire s'était ménagé une arrière-garde, solide, pour protéger sa retraite.

Au dire de deux éclaireurs qui venaient d'atterrir, arrivant du sud, la légion de secours n'était pas loin et serait sur les aires dans un quart d'heure ou une demi-heure. On s'apprêta donc à la recevoir. Un troisième éclaireur, appartenant à la légion de secours, atterrissait et portait comme renseignements : que la voie aérienne était mauvaise et bien difficile au sud, par cette tempête, à cause de la discontinuité des collines et des crêtes, très anfractueuses. Le gêné-

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rai légionnaire informait le général en chef A, que la légion avait été obligée de jeter ses munitions pour mieux avier, et qu'elle avait besoin de se ravitailler complètement. Que sur six bataillons qu'il amenait, il pourrait en utiliser quatre, déduction faite des pertes et des avariés.

Les ressources du général en chef des (ABC) se trouvaient donc être, au total, de sept bataillons et demi d'avions de ligne et deux bataillons d'avions torpilleurs.

Quant à son armée de terre, elle n'était pas mobilisable, pour le moment.

Poursuite par les (ABC)

Ainsi que cela arrive souvent pendant les phénomènes météorologiques, dont les variations capricieuses sont rarement opportunes, le vent se calma après une légère pluie et se mit à souffler modérément du sud. La tendance du temps restait orageuse, sans menacer de redevenir mauvaise. La voie aérienne de la rive gauche de la rivière T avait, naturellement, cessé de fonctionner; mais celle de la rive droite, de la rivière S, se trouvait un peu active.

Le général en chef des (ABC) n'avait à utiliser que ses forces aériennes. Après avoir consulté le général de la légion de secours et les commandants des bataillons, il décida de poursuivre l'adversaire, et pour que cette poursuite fût efficace, il fallait la commencer immédiatement. Les avions éclaireurs avaient indiqué exactement les mouvements de retraite de l'adversaire, qui s'exécutaient rapidement, en huit colonnes; les armes étant séparées, les marches ne se gênaient pas entre elles; la cavalerie était déjà loin.

Ordre du général A. — A 2 heures, le général en chef A donna les ordres suivants :

« L'armée de terre de l'adversaire bat en retraite. Nous la poursuivrons aériennement. »

« Le 5® bataillon d'avions de ligne s'approvisionnera, moitié essence, moitié torpilles légères de 1 et 2 kilos. Il ira directement attaquer la cavalerie, en défilant sur la colonne. Si cette colonne se divise, le bataillon se divisera aussi. »

« Les avions des 3^ et 4^ bataillons, qui restent intacts, se réuniront en un seul, ils chargeront des torpilles de 2 à 4 kilos et iront opérer contre l'artillerie, en commençant par la tête de colonne, pour obstruer la route. »

« Le général légionnaire, avec ses quatre bataillons disponibles, a pour mission de détruire ou de disperser l'infanterie de l'adversaire, à l'aide de flèches et de grenades simples, ou avec de la semence explosible. »

« Le 1" et le 2® bataillon réunis, qui peuvent encore former cinq compagnies, chargeront moitié essence moitié torpilles légères, et resteront en réserve; si cela devient nécessaire, ils iront seconder les autres bataillons contre la cavalerie, l'artillerie et l'infanterie. »

« Les deux bataillons d'avions torpilleurs sont chargés : de la destruction du train des équipages de l'adversaire et de tout son matériel; de bouleverser la surface de leurs aires de campement, anciennes et nouvelles, afin que leurs avions ne puissent pas y atterrir, dans un retour offensif. »

« Un détachement de ces deux bataillons, composé de trois compagnies, remontera la vallée S, dans la voie aérienne, jusqu'au pont du chemin de fer, le démolira ou l'endommagera le plus possible; ensuite, il ira torpiller la station voisine, ainsi que les quais et les voies de chargement. Il prendra des torpilles de différentes forces, selon les effets à obtenir. »

Exécution et résultcits

Sur la cavalerie. — Lorsque le 5® bataillon rejoignit la cavalerie adverse, il la trouva chevauchant, au grand trot, sur quatre chemins. Le bataillon se divisa par compa-

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gnies; quatre défilèrent, avion par avion, sur les colonnes; la cinquième attaqua les cavaliers isolés, les groupes d'officiers et les retardataires. Le temps était très propice, nul ennemi aérien, pas de canons verticaux, à peine quelques coups de carabines, mal visés, par des cavaliers isolés; ceux qui trottaient, en colonne, ne pouvaient tirer.

Avec cette sécurité, les aviateurs volaient très bas et déclanchaient avec précision; pas une torpille ne ratait. L'attaque, ayant lieu de la queue à la tête de la colonne, les cavaliers, quoique avertis, ne la voyaient guère venir, et ceux de devant ignoraient ce qui se passait à l'arrière. A la première superposition, lorsque la compagnie eut passé entièrement sur la colonne qu'elle poursuivait, la route était devenue horriblement méconnaissable. Les rares cavaliers, qui avaient échappé aux torpilles, s'enfuyaient à travers champs, dans un désordre complet.

Les autres compagnies ayant opéré de même, le résultat général et final fut la suppression de toute la cavalerie de l'adversaire.

Sur V artillerie. — Le bataillon, formé par les avions du 3^ et du 4% chargé de poursuivre l'artillerie, l'eut bientôt rattrapée; pièces, caissons et fourgons, roulaient sur trois routes, dont deux déjà empruntées par la cavalerie qui, ainsi qu'on le sait, avait pris les devants. Tel que l'ordre le lui avait prescrit, le commandant attaqua la tête des colonnes et, pour cela, il divisa son bataillon en trois parties.

Dans ' • crainte des canons verticaux, il fit avier à une altitude suffisante; d'ailleurs, tant que les colonnes seraient en mouvement, il n'y aurait aucun danger pour ses avions, parce qu'elles ne pouvaient tirer en marche. Cependant, une de ces colonnes, lorsqu'elle vit se diriger vers elle les avions en sens contraire de sa marche, s'arrêta, et mit en position les canons verticaux qu'efie possédait; le temps que nécessita cette manœuvre permit aux avions de défiler sur la colonne; par-dessus la poussière, que soulevait le torpillage,

on entendit bien quelques coups et on vit en sortir deux ou trois projectiles, mais sans résultat; de suite après, tout fut réduit au silence.

Lorsque le vent eut amené la poussière hors de la route, on aperçut un affreux mélange de débris enchevêtrés. Les aviateurs ne le virent même pas, ils aviaient pour rallier les autres compagnies d'avions, qui avaient fait subir le même sort aux deux autres colonnes ennemies. Aussitôt que le bataillon fut rétabli, il s'en retourna vers l'atterrissage; en passant sur le champ de bataille abandonné, les aviateurs faisaient la même réflexion : « Voilà à quoi sert toute cette ferraille terrestre ! »

Sur r infanterie. — Les quatre bataillons de secours qui avaient pour mission de pourchasser l'infanterie, eurent la tâche plus difficile; d'abord, parce que cette arme était plus nombreuse, ensuite parce qu'elle pouvait se disperser très facilement. L'adversaire avait profité de tous les chemins, même des sentiers, pour marcher en petites colonnes. Dès l'apparition des premiers avions, il y eut un moment d'hésitation dans les groupes de fantassins; on observa un arrêt suivi d'un commencement de manœuvre; cependant, comme les avions continuaient leur envolée en droite ligne, les colonnes reprirent leur marche. Le général légionnaire avait fort bien remarqué cette particularité : ou, se disait-il, ils vont tirer sur nous, ou ils vont dédoubler encore leurs petites colonnes; en conséquence, il décida de prendre un peu plus d'altitude et de diviser sa légion en demi-compagnies; ces évolutions s'accomplirent assez loin, afin de les cacher le plus possible à l'adversaire. La légion se trouva ainsi fractionnée en quarante petites unités, et chacune d'elles devait opérer isolément sur l'un des groupes de fantassins.

Le retour des aviateurs eut lieu, et l'attaque également; aussitôt, les groupes de fantassins s'arrêtèrent et les accueillirent par des feux de salve; mais à ce moment même une grêle de flèches leur tombaient dessus. Quelques balles atteignirent les avions et percèrent leur voilure, sans endom-

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mager les parties essentielles, les fantassins avaient mal tiré, car il n'est pas commode de viser verticalement. D'ailleurs, ils n'allaient pas recommencer ; rares étaient ceux qui n'avaient pas été touchés par les flèches, dont la force de pénétration était grande; qu'on songe à la profusion de ces aiguilles, semées par les avions, puisque chacun peut en emporter 100.000!

Le général commandant la légion était fixé sur les résultats d'une opération contre l'infanterie formée en colonne; à la seconde attaque, il savait qu'elle allait s'éparpiller dans les champs, plus ou moins loin, selon le degré des blessures ; il ne fit donc qu'une démonstration, avec de la semence explosible et quelques grenades, en repassant sur les fantassins, et effectivement ils se dispersèrent. Les pertes de l'adversaire furent grandes; peu de tués, presque tous blessés, l'important était acquis, ses soldats se trouvaient pour longtemps mis hors de combat.

L'infanterie de l'adversaire étant évaluée à 100.000 hommes, 800 aviateurs, montés dans 400 avions, les avaient vaincus. Le nombre des flèches tombées avait été seulement le quart de la charge des avions, soit 25.000 pour chacun, et au total 10 millions. De sorte que la part des flèches, destinées à chaque homme, était de 100. Évidemment, toutes ne portèrent pas, mais une suffisait.

Contre les équipages et sur les aires. — Les deux bataillons d'avions torpilleurs s'en allèrent opérer sur les deux côtés de -a rivière S, sauf le détachement commandé pour aller torpiller ailleurs. Il n'était pas utile de les faire protéger par des avions de ligne, puisque l'adversaire avait disparu. Le bataillon de la rive droite utilisa la voie aérienne, quoique peu active, pour avier vers l'est, afin d'attaquer la tête des convois qui charriaient, en retraite, tout le matériel régimentaire et celui des aires, ainsi que les munitions qui n'avaient pu passer la rivière par suite de la destruction des ponts de bateaux. Le bataillon ayant cédé deux compagnies au détachement, il ne lui en restait que trois qui se

divisèrent chacune en deux, sauf à se diviser encore pour multiplier les points d'attaque.

Les équipages marchaient au pas, et emportaient tout ce qui était transportable. Quand les soldats du train virent les avions s'avancer sur eux, certains fouettèrent au trot, d'autres s'arrêtèrent, aucun ne songea à tirer, preuve qu'ils étaient surpris. Les aviateurs déclanchèrent des torpilles légères, et, par ce qui arriva à l'attaque de l'artillerie, on peut se figurer ce qu'il advint ici. Les avions se rallièrent et prirent la direction des anciennes aires de l'adversaire, ils y usèrent leurs grosses et moyennes torpilles, rien ne resta debout et les surfaces d'atterrissage, battues ou planchéiées, furent bouleversées.

Le bataillon de la rive gauche, avec ses quatre compagnies, puisqu'il en avait fourni une au détachement, se comporta à peu près de même et arriva aux mêmes résultats que celui de la rive droite; il éprouva cependant quelques difficultés de plus provenant de la dispersion des équipages, qu'il fut obligé d'attaquer en détail; il essuya même quelques coups de fusil, dont un fit descendre un avion qui n'avait pas observé une altitude suffisante. Il termina sa besogne en torpillant les nouvelles aires de l'adversaire.

Destruction des ponts, tunnels et voies ferrées. — Durant les opérations ci-dessus, les trois compagnies du détachement s'efforçaient de démolir une arche et de renverser une pile du pont, sur lequel passait la ligne du chemin de fer, en amont de la rivière S. Ce fut assez laborieux parce que les torpilleurs déclanchaient depuis une altitude un peu élevée, pour échapper aux fusils des (XYZ), qui étaient encore maîtres de ces parages; enfin, les torpilles de 150 kilos en vinrent à bout.

A cet endroit, le pays était très accidenté et commençait à devenir montagneux; la rivière contournait dans force méandres rocheux, et, dans l'un d'eux, la route y passait aussi très encaissée; non loin la voie ferrée s'engageait dans un tunnel. Le commandant du détachement fit tomber sur

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la route les rochers entre lesquels elle passait; il obstrua l'entrée du tunnel par la démolition des murs de soutènement et des voûtes, sur une grande profondeur. L'action des grosses torpilles se faisait sentir, en effet, très loin dans le souterrain, et ébranlait toutes les maçonneries, dans le bruit effroyable des détonations. L'ordre ne portait pas la destruction du tunnel, mais elle était plus efficace que celle du pont.

Avec les dernières torpilles, les bataillons mirent en ruines les bâtiments de la station, tous les quais de chargement et une grande longueur de voie ferrée. La retraite de l'adversaire se trouvait ainsi coupée, mais il n'existait plus. L'opération, cependant, avait son importance, car elle rendait impossible la mobilisation d'autres troupes sur ce point.

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