WRIGHT DE 1908 A I9O
Sur ces entrefaites, M. Besançon, directeur de TAérophile, recevait une lettre analogue à celle que j'avais reçue et la publiait dans VAuio du 3o novembre igoS, Il n'y avait plus de secret possible à garder, et je donnai tous
Fig. 65. — VJato du 7 février 1906.
les renseignements que je possédais pour faire éclater la vérité. Le journal Les Sports prit le contre -pied et déchaîna la campagne du doute et du bluff qui fut suivie par la majorité, les gens ayant en général plus de facilité pour nier que pour croire.
Toutefois, VAuto envoyait à Dayton un de ses rédacteurs, M. Coquelle, qui fît à la perfection son métier de reporter américain, puisque personne aux Etats-Unis
n'avait su le faire. Il arriva à se procurer le cliché cidessus, provenant d'un croquis que le Dayton Daily News avait dû publier, mais dont les Wright avaient obtenu la suppression Q [fig. 64].
Ce dessin a été depuis complété par un autre (fig. 65) paru dans Y Auto du 7 février 1906, mieux fait à certains points de vue et qui achevait de donner des détails suffisants pour comprendre le départ.
Entre temps, M. Lahm avait terminé l'enquête que je lui avais demandée et publiait une lettre d'un de ses amis, M. Weaver, qui avait interrogé sur place divers témoins. C'est M. Lahm qui obtint enfin, à force de supplications, qu'un journal américain publiât un article sur le sensationnel événement. Cet article parut le i*' janvier 1906 dans le New York Herald, de Paris, un mois après celui de VAuto et deux mois et demi après mon information !
Malgré cela, la campagne du doute prenait de plus en plus d'importance, et la commission d'aviation de l' Aéro- Club, sous la pression de M. Archdeacon, s'abstenait de se mettre à la tête d'une souscription Q.
Je désespérais d'arriver à quelque chose lorsque au dîner de l' Aéro-Club de décembre, je parvins à convaincre deux de ses membres, M. Cartier et M. Desouches, qui se décidèrent parce qu'ils trouvaient tout naturellement que les capitalistes ne risquaient absolument rien et qu'une machine volante « valait bien ça ».
(i) Ce dessin a eu une grande importance, il nous montrait les derniers détails que nous ignorions; c'est lui qui est cause que les premiers aéroplanes de Delagrange et Farman, février et juin 1907, ont eu le gouvernail avant cellulaire.
(2) Aujourd'hui je pense me rendre compte que M. Archdeacon n'a pas eu tort, car il nous a donné deux ans de répit pendant lesquels les Santos, les Farman, les Delagrange ont fait de l'aviation une science française ; mais de mon côté je n'avais pas tort de vouloir faire acheter la machine Wright, car, s'ils avaient été des inventeurs ordinaires, ils auraient montre leur engin aussitôt et par mon initiative il eût été acheté et utilisé en France d'abord.