‹ L'aviation; ses debuts--son développementChapitre 27 sur 45 · VOISIN FRERES I · texte numérisé non relu

VOISIN FRERES I

On ne pouvait plus nier le vol ; mais la foule incrédule eut un nouveau cri, tellement l'aéroplane paraissait une chose incroyable : « Jamais il ne pourra tourner, ces machines ne peuvent pas virer (') ! »

De fait, pendant les mois de novembre et décembre l'événement parut lui donner raison. Il n'y avait aucun progrès. Cela venait surtout des aménagements chaque

Clic'.é de l'Aérophile,

Fig. 84. — Début d'octobre 1907. — Farman tenant mal son gouvernail de profondeur prend sans s'en rendre comi)te trop d'angle d'attaque.

Au bout de quelque temps l'aéroplane perd sa vitesse et retombe.

jour différents que Farman essayait pour l'installation à bord de la partie motrice. Tantôt il mettait un nouveau

plus besoin d'être braqué vers la terre, cette position étant mauvaise à cause de la résistance qu'elle provoquait.

. (») C'est précisément le contraire : les aéroplanes, si on les laisse faire, commencent toujours par tourner.

carburateur, une magnéto, un nouveau radiateur, cherchant par tous les moyens à augmenter la puissance (^).

Enfin il parvint à une installation suffisante pour quelques minutes en laissant simplement évaporer l'eau du réservoir sans aucun radiateur. C'est ainsi qu'il emportait le moins de poids mort. De son côté Voisin supprima lé plus de résistances passives possible en diminuant de moitié la cellule arrière. Il augmenta le diamètre de l'hélice, quitte à diminuer le nombre de tours du moteur et par conséquent à ne pas profiter de toute sa puissance. Le calcul prouve en effet que le grand diamètre des hélices en diminuant le recul augmente beaucoup le rendement de celles-ci.

Toutes ces mesures prises, Farman commença à essayer les virages. Il s'aperçut bientôt qu'il fallait absolument laisser pencher l'aéroplane pour pouvoir virer. Dès qu'il eut compris qu'il n'y avait dans ce mouvement pas plus de danger que sur une piste de vélodrome, il s'y adonna avec ardeur. Le 1 1 janvier, il fil devant ses aides une boucle de i km, et le i3 janvier, convoquant la commission d'aviation, il gagnait le grand prix de 5o ooo fr Deutsch-Archdeacon pour un vol de i km en boucle fermée (fig. 86 et 87).

De ce jour date la conquête définitive de l'air. Il n'était pas inutile d'insister sur la progression des étapes successives, afin de montrer les difficultés de la mise au point d'une invention, qui tiennent à une infinité de petites causes morales et matérielles vaincues successivement.

On voit par là combien se trompaient ceux qui croyaient que l'aviation pouvait être faite par une invention merveilleuse, mystérieuse et défendable par des brevets valant leur pesant d'or. Hélas! l'inventeur est volé une fois de

(i) Dans toute la mise au point de l'aéroplane, le caractère de Farm&n eut une grande part. Ignorant tout de la machine volante, il se laisse beaucoup guider au début, puis de moins en moins. 11 lient à ce qu'on sache qu'à la fin toutes les modifications furent faites sur son initiative.

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