‹ L'aviation; ses debuts--son développementChapitre 30 sur 45 · ANTICIPATIONS · texte numérisé non relu

ANTICIPATIONS

vons. Le nombre des adeptes croîtra et plusieurs parmi les aviateurs, abandonnant leurs airs de supériorité intangible, se feront honneur et profit d'enseigner aux néophytes à diriger les autovolantes.

On cherchera à surprendre ses amis en villégiature dans les environs et la seconde phase du Ville à Ville commencera. C'est à ce moment que l'influence des journaux se fera sentir. Ils feront comme ils ont fait pour le cycle et l'automobile — ils créeront des prix de courses que tous les aviateurs se disputeront à l'envi. Les mêmes directions serviront de grand axe. On re verra Paris-Bordeaux, le Tour de France et surtout Paris-Lyon-Méditerranée, car l'attraction de la Côte d'Azur est extrême.

Ces courses se feront par étapes. Il est probable que les aéroplanes seront obligés de faire au début le plein à peu près toutes les deux heures.

Ces courses, qui passionneront le public, iront sélectionner les types comme cela s'est passé pour l'automobile. De ce fait, quelques constructeurs pâtiront qui n'auront pas su affiner, alléger et simplifier leurs constructions ; tandis que d'autres, plus souples, verront affluer les commandes et les capitaux pour avoir deviné les désirs de la clientèle, attirée par la beauté des formes et la rapidité des vols.

Dans cette deuxième période que le grand public n'entrevoit même pas et qui est si proche que ces lignes vont paraître tout de suite caduques, on atteindra et Ton dépassera la vitesse de i5o km à l'heure. On construira des aéroplanes pour trois et quatre personnes. Ceux-là seront à vrai dire plus lents, car ce que l'on gagne en passagers on le perd en vitesse Q), La mode s'emparera de ce sport, comme elle s'est emparée de la bicyclette en iSgS

(i) Avec un poids par cheval, une légèreté spécifique de construction et une finesse donnés, il existe une limite pour le poids enlevé en aéroplane En conséquence il y a aussi une vitesse limite.

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et de raiitomobile dix ans après. Si nous admettons une certaine continuité entre ces trois sports issus les uns des autres, nous pouvons prophétiser 191 3 pour le commencement du snobisme.

Alors la chose sera lancée, parce que certains constructeurs qui auront pu tenir jusque-là commenceront à payer leurs actionnaires et encourageront par là les capitaux timides à venir vers l'industrie nouvelle. Le Salon du cycle et de l'automobile aura disparu ou il aura ajouté à son nom un qualificatif aéronautique. Il est probable qu'il sonnera toujours le grand rendez-vous de la province et de l'étranger autour de cette industrie étrange, issue sans capitaux des idées et du travail d'un très petit nombre de personnes qui, à travers le rideau opaque de l'ignorance, avaient été aveuglées par l'évidence I

On essaiera de traverser les lacs et les bras de mer en rendant é tanche le corps de l'aéroplane et cela justifiera la troisième partie du titre de ce livre. On volera de Co/itinent à Continent. Depuis le gain du prix Armengaud, les initiés savent; qu'un très léger sacrifice d'argent suffirait pour permettre aujourd'hui la traversée de France en Angleterre. 11 n'y a en; effet qu'à réserver seulement la somme nécessaire à l'achat d'un aéroplane ayant fait ses preuves avec ce qui est nécessaire aux réparations et à l'entretien pendant une saisoii.

La traversée Calais-Douvres, qui est relativement facile, tentera par cela même assez vite les audacieux et aura une portée immense en diminuant l'inviolabilité insulaire de la Grande-Bretagne.

Cette prouesse augmentera encore le nombre des adeptes, et les constructeurs par le profit qu'ils en retireront chercheront à faire produire aux autovolantes leur maximum. On poussera la vitesse surtout qui frappe les masses. On passera de 1 5o à 200 km à l'heure, on iramême plus loin, on cherchera à atteindre le 3oo km qui est pour l'aéroplane aussi difficile à obtenir que le 100 l'a été autrefois

USAGE DE l'aéroplane i45

pour rautomobile. Cela mettra Marseille à trois heures de Paris, Moscou à une journée de Paris, Pékin à quarantehuit heures de Paris !

Bien avant ce terme, des conséquences prévues tendront à se produire que nous allons énumérer successivement.

Usage de Taéroplane

Ces conséquences dérivent toutes de l'usage qui sera fait de l'invention nouvelle. Étant donné qu'elle servira à transporter avec une grande vitesse un poids relativement faible — deux, trois ou quatre personnes ou leur équivalent en marchandises — on voit immédiatement que Taéroplane jouera le rôle que jouait autrefois la chaise de poste qui transportait les gens pressés : gens de qualité, financiers, hauts fonctionnaires de l'État ou les dépêches importantes et les marchandises précieuses (').

Les gens ayant affaire, c'est-à-dire pressés, étant de plus en plus nombreux', ils se serviront immédiatement du nouveau moyen de communication dès qu'il sera pratique. Il servira de ville à ville et non pas dans l'intérieur des villes.

Liberté individuelle augmentée

Du coup, ceux qui s'en serviront auront l'impression de liberté reconquise. On ne remarque pas assez qu'avec les progrès de la civilisation, si l'homme jouit d'une sécurité de plus en plus grande, il achète ce bienfait par une perle de plus en plus grande de sa liberté individuelle. Un tissu de plus en plus serré de lois et de règlements l'écrase; le contrôle permanent des autres hommes dans la rue, dans les réunions, dans la vie privée l'oblige à des

(i) Certains journaux s'en serviront tout de suite pour hâter leurs distributions dans certaines localités importantes et augmenter leur zone d'influence»

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gestes précis, admis par tous, sans qu'il ose se laisser aller très loin dans la voie de Toriginalité. Nous ne sentons plus, par habitude, cette sorte d'esclavage, mais pensons par exemple, sans remonter très loin dans le passé, à un homme comme Cyrano de Bergerac — qui était un homme libre dans tout l'espace occupé par son épée — cet homme, s'il revenait parmi nous, vivrait sans plaisir, car il ressentirait à un bien plus fort degré ce sentiment d'étouffement qui étreint les coloniaux quand ils rentrent en France, ou ce sentiment de mépris qu'ont pour le vieux pays les Américains moins écrasés par un ensemble d'habitudes inspiré d'un ordre de choses très ancien et respectable.

La faculté de se déplacer vite et individuellement rend un peu de cette liberté perdue — l'automobile a déjà donné cette impression — l'aéroplane l'augmentera.

Augmentation de l'étendue des villes

H. G. Wells (^) a judicieusement remarqué que le centre des villes devenait uniquement un centre d'affaires que l'habitant quitte la riuit pour loger à la périphérie dans le calme d'une région plus saine et moins troublée. Cette tendance est générale, elle s'observe à Londres, Paris et dans toutes les villes importantes. De là résulte la loi que le diamètre de l'agglomération urbaipe se limite à la distance que l'homme peut franchir en une heure, car il consent généralement à perdre une demi-heure de trajet pour se rendre à ses affaires. Quand l'aéroplane de 100 km à l'heure sera couramment employé, la banlieue et la ville occuperont un cercle de loo km de diamètre.

(i) L'Anglais H. G. Wells est plus qu'un romancier fantaisiste, comme le croient ses compatriotes ; c'est un grand philosophe dont les livres sont de plus en plus appréciés en France. Si ce mouvement continue, il aura sur l'histoire future du paya la plus grande influence, parce que la génération qui vient, imbue de ses idées, favorisera l'évolution qu'il prévoit.

LA LUTTE CONTRE LES SOCIÉTÉS d'ÉLECTRICITÉ 1 !{']

Plates'formes de départ

Les aéronautes ont plus d'une fois prolesté vers 1906 contre la décision qui couvrira le Champ de Mars de constructions; ce champ avec la Galerie des machines aurait fait une parfaite gare centrale d'atterrissage et de garage pour tous les moyens aéronautiques. Malheureusement lés revues et journaux spéciaux qui s'occupent des choses aériennes n'avaient pas une voix bien puissante et personne n'a entendu.

Il faudra alors plus tard réserver à grands frais des espaces munis dé tous les organes nécessaires au nouveau moyen de locomotion et ce sera naturellement le contribuable qui paiera ce manque de prévoyance.

On utilisera aussi le sommet des édifices que l'on nivellera en manière de plate-forme de départ : cela changera l'aspect des maisons et donnera de la valeur aux étages supérieurs, comme Ta parfaitement indiqué depuis longtemps Robida('), sous une forme humoristique, mais profondément raisonnée.

L'industrie refleurira que nous avons connue pour les garages d'automobiles ; mais un seul homme n'y suffira plus. Il faut pour un garage d'aéroplanes un champ d'essais d'au moins 100 hectares : seule une Société peut se permettre cette dépense Q).

La lutte contre les sociétés d'électricité

II est bien fâcheux que Téleclricité soit devenue une chose pratique moins de trente ans seulement avant l'avènement du plus lourd que l'air, car elle s'est crue seule

(i) Le Vingtième siècle,

(2) Les capitalistes avisés feraient bien dès maintenant de jeter leur dévolu sur les terrains libres à proximité des grandes villes.

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maîtresse de l'espace et a répandu avec égoïsme partout ses poteaux et ses fils — écueils terribles pour les oiseaux et les aéroplanes.

Dans les pays de houille blanche cela est devenu absolument inconvenant. M. le colonel Schœck, à la réunion de la Fédération Aéronautique Internationale, en 1906, à Berlin, rapportait qu'en Suisse les voyages de nuit en ballon étaient à cause de cela devenus impossibles.

La Fédération a décidé d'engager une action contre les lîls disséminés à travers champs et d'obliger au moins les compagnies à les diriger le long des voies de communications. Plusieurs articles de journaux déjà ont été faits sur ce sujet. Il faudra évidemment du temps avant que l'opinion publique s'émeuve à ce propos; mais elle en sera saisie peu à peu par la force des choses.

Dans tous les cas, les poteaux devront être éclairés la nuit et les fils munis, pour les révéler, de petites banderoles d'étoffe blanche.

Influence pacificatrice et langue auxiliaire ^

Déjà l'automobile, en multipliant par le grand tourisme les occasions de mettre en présence des hommes de pays différents, a fait beaucoup pour la paix universelle.

On n'a plus envie de haïr ni de se battre contre des gens dont les mœurs et le costume vous ont été expliqués par les influences locales et dont vous avez apprécié les idées et les manières. La nécessité d'une langue auxiliaire se fera sentir de plus en plus et les progrès de l'espéranto le désignent pour cet objet, à moins qu'une langue existante comme l'anglais ou le français Q) ne vienne à jouer ce rôle.

(i) L'influence du français gagne du terrain dans l'Europe centrale et même dans quelques régions anglo-saxonnes, sans compter l'Aimérique du Sud. Toutefois, les pays où l'anglais se parle couvrent les trois quarts du globe. •

LKS PHARES RÉPANDUS SUR TOUT LE TERRITOIRE l49

Richesse que procurera la maîtrise de l'air

On a dégagé récemment la raison pour laquelle la maîtrise de la mer faisait la fortune de ceux qui la possèdent. Dans l'histoire, Tyr et Sidon, Garthage, Rome, Venise, la Hollande, l'Angleterre en témoignent successivement. C'est parce que seul le commerce enrichit les peuples et qu'il se fait à travers les frontières. Une frontière terrestre ne faisant communiquer que deux peuples n'a pas de rendement; au contraire une frontière maritime étant commune à tous les pays baignés par la mer en a un excellent.

En généralisant, le maximum est obtenu par la frontière aérienne qui est commune à tous les pays. L'empire de l'air doit donc fatalement enrichir bien davantage la nation assez heureuse pour s'y élancer la première.

Il faut espérer que la France ne se laissera pas distancer. D'ailleurs, l'individualité de ce mode de transport va bien à notre caractère un peu indiscipliné ; la légèreté relative des marchandises de luxe où nous excellons convient au peu de capacité de transport du nouvel engin, et la nouvelle génération qui vient est éprise de tous les sports.

Les phares répandus sur tout le territoire

Il faut avoir navigué par brouillard, par temps bouché, comme disent les marins, pour connaître les difficultés apportées à l'atterrissage. Quand les voies commerciales aériennes seront ouvertes, l'approche de la terre sera partout aussi difficile. Tous les écueils devront être signalés par des lumières, des sirènes et des cloches. Ainsi, comme il est logique, l'étendue totale du territoire devenant frontière, le réseau linéaire des phares d'un pays devra s'étendre en surface.

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Des règles de route

Il est une croyance que la possession de l'espace immense supprimera les abordages. C'est une erreur. Quand l'aéroplane sera d'un usage commercial, les roules de l'espace seront aussi délimitées que le sont les grandes routes des océans. La route Paris-Marseille, par exemple, sera aussi étroite que la route du Havre à New-York et pDur la même raison: on sera toujours par économie de temps sur le chemin le plus court. En vain la hauteur intervient-elle, la même raison la limite, car on se tiendra à l'altitude suffisante pour éviter les obstacles et pouvoir choisir facilement le point d'atterrissage si une panne toujours possible y oblige. Ce sera probablement vers 3oo m au-dessus de la région la plus haute du parcours.

Des règles de croisement sont donc absolument nécessaires. La commission d'aviation de l'Aéro-Club de France qui a fait naître tous les progrès se saisira certainement à bref délai de la question. Plusieurs principes seront imités de la navigation maritime. Il n'est pas possible de préjuger ici des décisions qui seront prises, mais on peut faire remarquer que le vent crée un axe de symétrie dont il faut se préoccuper. L'aéroplane marchant vent debout est favorisé parce qu'il lui est plus facile de monter et d'atterrir que s'il marchait vent arrière ; donc (m peut prévoir :

« De deux aéroplanes marchant en sens inverse celui qui est vent debout cède la place à l'autre. »

De même, pour dépasser un aéroplane, il ne faudra pas le faire au-dessous, par raison de sécurité, mais au-dessus ou par côté :

« De deux aéroplanes marchant dans le même sens, celui qui est en arrière ne dépassera jamais l'autre entre la terre et lui. »

DE LA FACILITlS DE TROUVER LA ROUTE l5t

En vue des trajets de nuit, les aéroplanes devront être éclairés et il est assez naturel d'adopter encore les usages de la marine. On distingue trois feux de position : un feu blanc en haut vu de tous les côtés, un feu rouge à bâbord et un feu vert à tribord vus seulement en avant et sur le côté extérieur. Pour la navigation aérienne il suffira d'ajouter un quatrième feu, jaune par exemple, vu de tous côtés pour marquer la partie inférieure.

De cette manière, si l'autre montre ses quatre feux, il vient à vous, s'il n'en montre que deux il fuit, s'il en montre trois il marche par le travers, s'il n'en montre qu'un il se maintient dans une zone d'altitude différente.

De la facilité de trouver la route

L'homme jusqu'à présent a vécu sur une surface et bien qu'il ait la notion de la troisième dimension il n'a pu assez se détacher de l'espace à deux dimensions pour avoir des idées très nettes et très générales — il n'a, en somme, qu'une conception infiniment plate de l'univers.

Avec la navigation aérienne l'horizon s'élargit. Santos- Dumont a conté (') la jouissance qu'il y avait à se rendre d'un point bas à un autre plus élevé — obliquement — sans ramper sur la surface. Maintenant on peut faire varier « Z », dira volontiers un mathématicien. La conséquence au point de vue de la facilité de reconnaître sa route est immense. Jusqu'à présent l'homme était semblable à une fourmi perdue dans un champ de blé, il était aveuglé par l'étroitesse de son horizon et il dotait volontiers les pigeons voyageurs d'un sixième sens mystérieux, tarit il avait de peine à concevoir les facilités que donne la conquête de l'espace. Déjà les aéronautes qui ont de nombreux voyages à leur actif, comme le comte

(i) Dans l'air, par Santos-Dumont.

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de La Vaulx, M, Tissandier, M. F. Peyrey, racontent que sans carte, à ia seule inspection des lieux, ils savent dans quelle province ils se trouvent, ils savent reconnaître que la frontière a été franchie...

Quand les aéroplanes pourront aller de Paris à Marseille, nous tiendrons volontiers le pari de faire le trajet sans carte et sans boussole.

De la diminution du droit de propriété

Si l'avènement de la navigation aérienne augmente un peu la liberté individuelle de chacun, en vertu de la loi de constance (') il doit y avoir perte par ailleurs.

Qui perd au nouveau jeu ? Le propriétaire évidemment. L'atmosphère qui nous entoure est désormais pénétrable pour l'homme. De ce fait, le propriétaire clos de murs qui a oublié de murer aussi son ciel n'est plus tout à fait chez lui.

Il n'est plus au pouvoir de personne de l'empêcher. Le gouvernement qui, aujourd'hui, fermerait ses routes aériennes retarderait l'évolution, mais ne l'arrêterait pas. L'invention, en effet, se perfectionnerait ailleurs, chez un voisin plus avisé qui bénéficierait de l'industrie nouvelle. Lorsque l'invention sera achevée, on ne se fera pas faute de traverser, insaisissable, la région assez sotte pour avoir cru à son inviolabilité.

Ainsi l'air pénétrable a pour conséquence une diminution dans le droit de propriété. Quiconque voudrait s'y opposer serait semblable à ce fou qui, dans une vallée, élèverait un barrage dans l'espoir d'empêcher le torrent des eaux de rouler vers la mer.

(i) Quinton.

LA LIBERTÉ DE l' ATMOSPHÈRE l53

La liberté de l'atmosphère

Ce qui vient d'être dit démontre qu'un pays quelconque ne peut avoir la prétention d'interdire les voies aériennes car, s'il le faisait, il arriverait toujours un moment où l'on se moquera de son interdiction.

Il résulte de ceci que l'atmosphère doit être traitée comme la mer, qui est libre sauf une zone, appelée territoriale, située près des côtes.

Espérons qu'il ne sera pas nécessaire pour obtenir cette liberté de lutter aussi longtemps que cela a été nécessaire pour la mer.

Ce n'est, en effet, que depuis 1820 environ que la mer est libre, parce que la supériorité navale de l'Angleterre était telle qu'elle s'arrogeait le droit de visite sur tous les bateaux portant un autre pavillon.

L'atmosphère sera donc libre sauf une zone appelée territoriale qui existera immédiatement au-dessus des terres. Un savant congrès de diplomates fixera sa hauteur. Espérons qu'ils ne la feront pas trop élevée. Ils en seront tentés, car, représentants des États, ils voudront défendre leurs droits de propriétaires souverains sous prétexte d'espionnage possible. Cinq cents mètres nous paraissent suffisants. Quant à l'espionnage, quelle que soit la hauteur, il sera grandement facilité, et les forteresses, c'est là une évolution depuis longtemps prévue ('), prendront forcément l'aspect d'une fourmilière, toutes les communications étant couvertes.

Quand un navire de guerre étranger pénètre dans la zone territoriale, il salue la terre et, s'il jette l'ancre, le commandant de cette force navale vient en grande pompe visiter les autorités du pays.

(i) Cours de Fontainebleau : L'artillerie dans V attaque et la défense des places, igoo, capitaine Ferber.

i54 l'aviation

L'aéronaute militaire sera assujetti aux mêmes formalités. La question ne tardera pas à se poser lorsqu'un dirigeable militaire emporté par le vent planera sans le vouloir sur un territoire étranger. Elle se résoudra sans doute par un échange de visites courtoises entre les autorités militaires (').

Le droit d'atterrir

Le principe de la liberté de l'atmosphère, qui découle de la diminution du droit de propriété, une fois admis, il en résulte le droit d'atterrir. C'est un droit (f) dont l'exercice n'ira pas sans l'octroi de nombreuses indemnités en cas de dégâts ou d'accident de personnes; mais c'est un droit intangible ; ne pas l'admettre serait fermer les voies aériennes : ce qui est impossible.

Extension de la notion de frontière

Une des autres conséquences de la diminution du droit de propriété est l'atteinte que le nouveau mode de loco- . motion porte au privilège que se donne l'Etat de taxer certaines denrées à leur entrée dans le pays. Il est certain qu'une contrebande active utilisera immédiatement l'aéroplane. Beaucoup de personnes prévoient à cause de cela la disparition de la douane. Elles se trompent. Gela ne pourrait arriver que si des milliers de voyageurs utilisaient immédiatement l'aéroplane, c'est-à-dire si ce mode de locomotion entrait de plain-pied dans nos mœurs, car alors l'opinion publique ameutée empêcherait toute restriction à son emploi.

Cela ne sera pas ainsi. De rares privilégiés se serviront

(i) Avec beaucoup de courtoisie, les officiers anglais ont renvoyé en France les hélices du Patrie tombées en Irlande.

(a) Consulter « Le Domaine aérien et le Régime juridique des aérostats ». {Aérophile, mars 1902.)

LA POLICE AÉRIENNE l55

d'aéroplane d'abord et si parmi eux quelqu'un fait de la contrebande il sera assez facilement démasqué à son point d'atterrissage qui, dans l'état actuel de l'invention, sera encore assez près des postes douaniers de la frontière. Ces derniers en arriveront à détacher quelques inspecteurs dans la zone et la Direction générale des douanes découvrira ainsi peu à peu qu'avec l'air pénétrable la frontière d'un pays n'est plus une ligne, mais la surface du pays tout entier.

En conséquence chaque localité recevra peu à peu son agent des douanes.

La police aérienne

Cet agent qui notera ainsi tous les atterrissages sera doublé d'un policier ou remplira à lui seul les deux rôles, car le régime de liberté que donnera aux hommes la faculté inouïe de déplacement rapide paraîtra bientôt aux gouvernements très dangereux.

Il est certain que les hommes abuseront immédiatement de cette liberté. On entendra parler de vols, de viols, d'enlèvements divers commis par des gens disparus par la voie des airs sans laisser de traces.

Malheureusement pour eux ils devront atterrir quelque part et ils s'y feront prendre.

Comme les bateaux, les voitures, etc., les aéroplanes recevront un numéro d'ordre et auront un port d'attache : ils seront donc rapidement identifiés. De plus, de même qu'il a été nécessaire de créer une police cycliste, une police fluviale, on créera aussi une police volante.

On ne fera d'ailleurs qu'imiter la nature, car une police analogue existe dans le peuple des vautours (').

En Egypte, les milans et les corneilles restent près de terre, furettent et découvrent les proies. Au-dessus d'eux,

(i) Mouillard, L* Empire de l'air.

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à 200 ou 3oo mètres en l'air, se trouvent les percnoptères qui surveillent une dizaine des premiers. Plus haut, vers 600 à I 000 mètres, planent les vautours fauves veillant sur quatre ou cinq percnoptères et enfin vers 2 000 ou 3 000 mètres, attentifs et se balançant sur leurs ailes, existent les arrians avec les otogyps, qui sont les rois de Tair en attendant l'homme. Par l'intermédiaire de trois ou quatre vautours fauves ils contrôlent un vaste territoire.

En Amérique du Sud les urubus sont surveillés par les auras, les auras par les papas et ces derniers par les condors.

Ainsi tous ces grands rapaces établissent une sorte de réseau d'observation sur la terre par cela même qu'ils se surveillent les uns les autres et sitôt qu'un repas est signalé les voisins d'alentour se mettent de suite en route dans cette direction. Rien ne leur échappe qui leur paraisse digne d'intérêt.

Cette organisation est à copier tout entière et elle résoudra complètement le problème de la police aérienne. Il suffira d'étager dans l'atmosphère des aéroplanes à moteur de puissance croissante portant des inspecteurs hiérarchisés qui croiseront échelonnés les uns au-dessus des autres et contrôleront les atterrissages suspects.

Influence sur la guerre

Chose curieuse : la plupart des inventeurs de machines volantes ne pensent qu'aux applications militaires ! Les Wright eux-mêmes n'ont pas échappé à ce travers. D'un autre côté les rêveurs ne manquent pas d'affirmer que l'avènement de la machine volante supprimera la guerre. Nous avons au contraire toujours pensé que l'aéroplane devait d'abord être utilisé pour des buts pacifiques, comme l'automobile ; mais, comme Tautomobile aussi, il sera une machine merveilleusement utile à la guerre.

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