LES CALCULS
Après que des faits positifs nous ont permis d'échafauder quelques rêves par « extrapolation », il est peut^ être permis d'aborder quelques calculs, afin de pouvoir prévoir les possibilités par « interpolation ». Et s'il était nécessaire de nous en excuser auprès des hommes d'action qui ne croient guère à l'analyse, mais dont l'opinion nous est précieuse, il suffirait peut-être de dire que, depuis sept ans que nous combattons par la parole, par la plume et par le fait, c'est la première fois que nous dépassons dans nos calculs le stade de l'honnête règle de trois ('). Une pareille modération nous sera sans doute comptée comme circonstance atténuante.
Quoi qu'il en soit, nous essaierons de faire la théorie de l'aéroplane, après bien d'autres (^), mais en tenant compte d'un effort de propulsion et du mouvement autour du centre de gravité, en vue d'applications immédiates.
(i) Écrit en 1905.
(2) Penaud en 1870 avait établi la théorie élémentaire; le colonel Renard a publié dans la Revue de l'Aéronautique, 1888, la théorie statique ; mais la théorie générale de l'aéroplane dans l'espace n'a pTS encore été abordée.
Loi des plans minces
Il n'y a plus aujourd'hui d'incertitude sur la loi de résistance des plans minces en mouvement suivant une faible incidence. La résistance normale a pour expression :
N = A:SV* sin y
où k est le coefficient de la résistance de l'air, S la surface, V la vitesse et y l'angle d'attaque. D'ailleurs, cette force s'exerce à une distance en avant du centre de figure de l'aile variable avec l'angle d'attaque.
D'après M. SoreauQ, la fonction qui exprime celte
distance est 7-7 — : — r, L' étant la larqeur de l'aile.
4(i + 2lgY)' y
D'après une formule plus ancienne, donnée pour l'eau par Joëssel et pour l'air par Avanzini, elle aurait pour expression o,3 (i — sin y) L'. L'une et l'autre fonction rendent compte de la marche du phénomène qui est de rapprocher la résultante du bord avant de l'aile quand l'angle d'attaque diminue. La formule de M. Soreau, plus récente, tient bien compte des expériences de Langley. Nous avons exécuté les calculs dans les deux hypothèses et, dans ce premier travail, nous préférons adopter la seconde, car elle permet d'arriver plus simplement au résultat, en rendant les équations plus homogènes.
Ce qui précède s'applique aux plans minces, et nous n'employons que des surfaces un peu courbées; donc nos expériences ne cadreront pas avec les formules et, de la différence ainsi constatée, nous pourrons faire jaillir
( I ) Voir, dans les Mémoires et compte rendu de la Société des ingénieurs civils de France, octobre 190a, l'article intitulé : Navigation aérienne, par M. Soreau.