ACTE PREMIER
nous sauvez la vie. L'opinion publique est comme retournée, grâce à vous.
Oh ! Grâce à moi...
MONSIEUR LE MERCIER
Vous avez acquis une telle réputation de droiture, de loyauté, que le seul fait de vous avoir pour défenseur est, pour tout accusé, une présomption d'innocence. Quelle différence, grands dieux ! avec l'état où j'ai trouvé les esprits en revenant de Dakar! On se refusait à croire à la maladie de Courtalain, on n'y croyait pas, on disait : « Parbleu, il ne veut pas se compromettre à défendre une mauvaise cause. » Aujourd'hui on dit : « Si M'" Martigny accepte d'être l'avocat de madame du Coudrais, c'est qu'il est convaincu de son innocence. »
MARTIGNY
Et on a raison. Mon père et mon grand-père m'ont élevé dans un respect profond de notre profession. Je ne défendrais pas une cause que je ne croirais pas juste en mon âme et conscience. Mais la vôtre, je m'y donnerai de tout mon cœur, de toutes mes forces... Soyez tranquille : je n'aurai pas grand effort à faire. J'ai accepté cette lourde responsabilité d'improviser une défense en quelques jours parce que je suis convaincu que la comparution de madame du Coudrais n'est qu'une simple formalité. Une accusation de meurtre, d'assassinat même, contre une femme de cet ordre, de sa douceur et de sa distinction est une pure folie ? Il a fallu cette crise d'hystérie de l'opinion publique pour qu'on osât s'y arrêter. (Réîjeur.) Pauvre madame du Coudrais, quelles ont dû être ses angoisses! Dans quel état est-elle?
MONSIEUR LEMERCIER
Terrorisée à l'idée d'affronter la curiosité publique, mais calme, froide. Trop renfermée en elle-même peut-
être. Vous la verrez tantôt. Elle est tout intimidée à l'idée de refaire, devant vous, et encore une fois le récit d'événements si douloureux... Elle vous connaît cependant depuis longtemps.
Je crois bien!... Et au début de son mariage j'ai plaidé pour son mari.
MONSIEUR LEMERCIER
Oui. Elle m'écrivait que vous entreteniez avec lui des relations amicales.
En effet. Mais M. du Coudrais était un peu bizarre. J'ai cru sentir à un certain moment que mes visites ne lui étaient plus aussi agréables. Je les ai cessées...
MONSIEUR LEMERCIER
Eh bien, n'avez-vous jamais rien observe qui indiquât une désunion entre les époux ?
Rien.
MONSIEUR LEMERCIER
Et pourtant !... [Un silence.) Vous allez voir. Ma fille m'écrivait des lettres où jamais je n'ai senti l'ombre d'une tristesse, d'un regret. Elle me parlait abondamment de leur exploitation agricole, et paraissait vivre dans le calme et le bonheur. Eh bien! je viens d'apprendre qu'elle était épouvantablement malheureuse. Son mari était un fou qui lui a fait subir un martyre de toutes les minutes.
Vous venez de rapprendre... par elle?
MONSIEUR L i: M E R C I E R .
Non, certes. Tout au contraire, je l'ai appris malgré oilc.
Je ne comprends pas.