‹ L'avocat; comédie en trois actesChapitre 13 sur 68 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Vous lui avez sans doute connu une femme de chambre qui lui était toute dévouée, Pauline?

MARTIGNY

Oui, je me rappelle, la femme d'Armand.

MONSIEUR LE MERCIER

C'est cela. Pauline est venue me voir, spontanément, et m'a déclaré ceci : <r. Madame m'a défendu de dire à personne comme elle était malheureuse. J'ai obii jusqu'à présent, mais il me semble que j'ai tort et je viens tout vous raconter. » Elle vous répétera ce qu'elle m'a dit. Je suis allé interroger ma fille. Elle n'a rien nié, mais elle m'a exprimé le plus nettement du monde son désir, je dirais presque sa volonté, que le silence le plus strict soit observé sur les tristesses de son ménage.

C'est donc pour cela qu'elle s'est opposée à ce que Pauline soit appelée en témoignage.

MONSIEUR LE MERCIER

Sans doute. J'oubliais de vous dire que M. du Coudrais, le père, est tout à fait d'accord avec elle sur ce point.

MARTIGNY

Je voudrais voir Pauline.

MONSIEUR L E M E R C I E R

Je VOUS l'ai amenée avec son mari. Ils sont là...

MARTIGNY

Vous avez bien fait. Le témoignage de Pauline peut nous être précieux, non point tant par la révélation de ces faits qui, en réalité, n'auraient de valeur que si nous plaidions coupable, mais pour ruiner tout à fait l'accusation, en établissant que madame du Coudrais était chez elle, dans sa chambre, au moment où le meurtre a été commis. Je ne m'explique pas, d'ailleurs, comment

M" Courtalain a pu négliger ce point, qui est des plus importants. {Feuilletant le dossier.) Que dit le ministère public ? {Lisant.) « Madame du Coudrais, armée du revolver pris dans le tiroir souvent laissé ouvert, est sortie derrière son mari, et l'a rejoint au lieu dit les Peupliers Blancs où il était à l'affût. Là, la scène commencée au château s'est continuée de plus en plus violente, et madame du Coudrais a tué ce mari qu'elle n'aimait pas... » Ceci, l'accusation, certes, ne peut pas le prouver, et c'est à elle de faire la preuve ; mais comme, nous, nous ne pouvons pas prouver le contraire, il demeure une présomption, une présomption qui subsisterait, même après l'acquittement, et qui ne doit pas subsister. 11 faut donc m'attacher à démontrer que madame du Coudrais ce soir-là, n'est pas sortie du château. Voilà pourquoi le témoignage de Pauline peut nous être précieux... Et les autres domestiques?

MONSIEUR LE. MERCIER

Armand, le mari de Pauline, était muet comme elle. Il obéissait à la même consigne. D'autre part, j'avais recherché les autres serviteurs dès mon arrivée. Deux d'entre eux, le garde et le berger, étaient introuvables.

Comment cela?

L E M E lU: I E R .

Introuvables... Disparus... Je suis allé interroger M. du Coudrais père qui m'a dit les avoir envoyés chez des parents à lui, dans le Pcrigord. J'ai vérifié : c'est exact.

D'ailleurs ce garde et ce berger n'auraient certainement rien à nous apprendre.

Certainement.

M A R T I G iN Y .

Eh bien! je vais voir Armand et Pauline.

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