SCENE VI MARTlGxNY, ARMAND, GOURVILLE
MARTIGNY
On vous a montré à l'instruction l'arme qui, parait-il, a servi à tuer M. du CouJrais.
ARMAND
Oui, monsieur.
MARTIGNY
Vous connaissiez ce revolver?
ARMAND
Je crois bien, je le voyais presque tous les matins en faisant le bureau, parce qu'il était dans un tiroir, sur des
papiers, des factures, et que souvent monsieur laissait ce tiroir à demi fermé.
il \ R T I G N Y .
\Était-iI chargé habituellement?
ARMAND
Toujours.
MARTIGNY
L'avez-vous vu, le matin du crime?
Oui, monsieur.
Vous en êtes certain?
ARMAND
Oui, monsieur, certain.
MARTIGNY
Pourquoi?
ARMAND
Parce que j'ai été tout surpris, le lendemain matin, alors que personne ne savait encore rien, de voir le tiroir ouvert, et le revolver absent. Je me suis dit : «C'est drôle, je l'ai encore vu là hier matin. »
MARTIGNY
Vous n'avez fait part de celte surprise à personne ?
A R M AND
On était si bouleversé dans la maison que je n'y ai plus pensé tout de suite. Plus tard, j'ai eu peur qu'on me reproche de n'avoir rien dit, et j'ai continué à me taire.
Mais il n'est pas venu à votre esprit cette idée toute simple, toute logique : « Si le revolver que j'ai vu là hier matin n'y est plus aujourd'hui, c'est que mon maître, hier soir, en sortant, l'a pris avec lui... » Cela n'est pas venu à votre esprit?