ACTE PREMIER 4i
Contre d'autres aussi.
LOUISE
Qui donc mon, Dieu!
Contre ceux que vous abandonneriez dans le désespoir. Contre votre père qui se reproche d'avoir pu se laisser cacher par vous les misères de votre ménage, contre lui dont toute la vie est suspendue et qui attend avec angoisse votre mise hors de cause pour s'efforcer de vous faire tout oublier par sa ten:lresse de chaque jour. Je Tai vu. Il m'a cru digne de sa confiance, lui, et il m'a laissé voir sa grande douleur. 11 est seul, il est près de la vieillesse. Vous pouvez illuminer ses dernières années vous pouvez aussi hâter sa fin... II vous aime tant. (Elle fond en larmes. Il la laisse pleurer pendant un moment.} Allons! Pour lui, tout au moins, acceptez les dernières épreuves. Abaissez votre fierté, si légitime qu'elle soit, ne vous offrez pas au malheur comme une proie résignée, ne tentez pas le destin, aidez-moi à vous préserver d'une catastrophe... Faites encore ce sacrifice et, dans quelques jours, vous pourrez oublier tout ce que vous avez subi, comme on oublie un mauvais cauchemar... C'est entendu... Ne pleurez plus... Je vais vous épargner le plus de questions qu'il me sera possible. Soit. Ne me dites rien des années de torture de votre mariage. J'en parlerai de mon côté le moins possible, je vous le promets. Arrivons tout de suite au jour du crime. Avant le départ de votre mari, que s'est-il passé?
LOUISE
Je n'ai rien à dire. Je ne veux rien dire.
MARTiGNY, regardant le dossier pour dissimuler son commencement d'irritation.
a. Je n'ai rien à dire... Je ne veux rien dire ». Ce sont
les paroles que vous n'avez cessé de répéter à l'instruction? N'avez-vous pas répondu plus explicitement à votre premier avocat?
LOUISE
Non.
MARTIGNY
Vous ne le connaissiez pas. Je comprends, à la rigueur, votre réserve à son égard. Ne suis-je pas digne, moi, d'un peu plus de confiance, en raison de nos anciennes relations amicales? Vous étiez encore jeune fille. Vous vous rappelez, nous étions de bons amis. Nous avons cessé de nous voir peu de temps après votre mariage, mais notre amitié ne faisait que sommeiller... Excusez-moi d'évoquer ces vieux souvenirs... et répondez-moi... Vous voulez bien?
LOUISE
Non.
Pourquoi? {Elle ne re'i ond j as. Jl ne peut pluscacJvr son mécontentement , Il se lève, marche, et revient à elle, après un assez long silence. D'une autre voix.) Madame, vous avez un secret... Ne dites pas non, c'est inutile. Cela saute aux yeux... Ne dites rien, si vous ne voulez rien me dire, mais ne me mentez pas.
LOUISE
Eh bien! oui, j'en ai un 1
MARTIGNY
Vous ne voulez pas me le confier?
LOUISE
Non.
MARTIGNY
Le direz-vous à l'audience?
LOUISE
Non.
MARTIGNY
A l'audience, vous aurez cette attitude?