ACTE DEUXIEME
MAin IGNY.
Mère, M. Lemercier et moi, nous sommes dans la plus grande angoisse. Le salut de madame du Coudrais est compromis et toute sa vie, si on ne parvient pas à la faire changer d'attitude. Tous nos efforts ont été inutiles. A vous, elle ne résistera pas, je le crois. Voulez-vous nous aider?
MONSIEUR LEMERCIER
Voulez-vous la sauver, madame?... Je dois aller la chercher, puisque vous avez la bonté de l'assister et de l'accompagner à l'audience. Vous lui parlerez comme une mère peut le faire, vous saurez trouver les mots que nous n'avons pas su dire.
Voulez-vous, maman ? Je vous en supplie !
MADAME M A R T I G N Y
Amenez-la-moi, monsieur Lemercier.
MONSIEUR LEMERCIER
Merci.
Il sort.
SGEiNE III
MARTIGNY, JIADAME MARTIGNY, puis LE PRÉSIDENT MARTIGNY.
MADAME MARTIGNY
Pauvre M. Lemercier!
MARTIGNY, Usant la lettre.
Ah! je vous jure bien que maintenant, c'est pour lui et pour lui seulement que je ne me dégage pas de cette
affaire, par n'importe quel moyen! {Lui tendant la lettre qu'il vient de lire.) Je vous ai dit quelle lettre je lui ai écrite. Voilà sa réponse.
MADAME MARTIGNY, UsaUt.
« Ne me tourmentez pas davantage. Je ne dirai rien de
plus. ))
MARTIGNY
« Ne me tourmentez pas! »... Mais si elle veut, je vais la laisser tranquille tout à fait. Je ne demande que cela!
MADAME M A R T ( G N Y
Calme-toi.
MARTIGNY
Vous ne reconnaissez pas qu'une telle sécheresse de cœur est de nature à décourager toutes les sympathies ? Je ne lui ai montré que du dévouement et je n'ai reçu d'elle que des rebuffades... Tout ce que j'ai pu tenter, ce que vous allez faire, vous maman, cette marque inappréciable de bonté, que vous allez lui donner, tout cela ne mérite pas sa confiance. Elle reste butée et obstinément silencieuse !
MADAME M A R T I G .N Y
Elle souffre.
MARTIGNY
D'accord. Mais elle ne veut voir que sa propre souffrance. Elle ne s'émeut que de ses propres intérêts. Elle ne pense pas qu'elle me jette dans une aventure gênante, et que je vais, par sa faute, sans courage et sans foi, à une bataille dont je ne puis sortir qu'amoindri. Et puis, cela m'est égal. Je me moque de ce que j'y puis perdre. Ce qui m'irrite, ce qui me blesse, ce qui m'humilie, c'est qu'elle ne me trouve pas digne de son amitié, même de son estime. Sans doute, il y a quelqu'un, sur la terre, à qui elle a promis le secret, quelqu'un qu'elle aime, car quoi qu'en pense M. Lemercier, la vérité est là... Ah! celui-là, il mérite tout, il est préféré à tout et à tous...