‹ L'avocat; comédie en trois actesChapitre 35 sur 68 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

{Un silence.) Pardonnez-moi ma mère, je ne sais plus ce que je dis.

Nouveau silence.

MADAME MARTiGNY, allant à luî, fosant la main sur son épaule.

Mon enfant, depuis un moment je te regarde, je t'écoute... Je crois décid<'ment qu'il y a dans ta colère et tes injustices autre chose que le dépit d'un avocat.

Je ne sais pas.

MADAME M A lî T I G N Y , très tendre. Tu as du chagrin, mon petit, n'est-ce pas?

MARTIGNY

Oui.

MADAME MARTIGNY, lentement.

Parce que tu l'aimes?

MARTIGNY

Oui.

Un silence. Entre le Président Martigny. Du regard il interroge la mère qui répond d'un signe affirmatif.

MADAME M A R T I G N Y

Ton grand-père, Edmond.

MARTIGNY, à son graud-père.

J'ai besoin de votre soutien moral, du vôtre et de celui de ma' mère. J'espérais pouvoir me dominer et vous laisser ignorer mes sentiments à l'égard de madame du Coudrais jusqu'au moment où je vous aurais demandé la permission de l'épouser. Vous les avez devinés, cela vaut mieux, car malgré mes efforts, j'avais perdu le calme qui m'est nécessaire et je passais par des crises d'injustice comme celle dont je viens de vous rendre témoin, mère.

LE PRÉSIDENT

Pas plus qu'un médecin ne soigne sa femme, pas plus

qu'un prêtre n'administre sa mère, un avocat ne doit être le défenseur de la femme qu'il aime.

C'est vrai, mais rappelez-vous comment j'ai eu la main forcée — et un peu par vous.

LE PRÉSIDENT

C'est à ce moment-là que tu aurais dû nous faire ta confidence.

Sans doute, mais mon excuse est dans la joie, dans la fierté que j'éprouvais à l'idée que madame du Coudrais allait me devoir quelque chose.

MADAME M A R T I G N Y

Tu l'aimes donc depuis longtemps?

Le sais-je? Avant son mariage, déjà, je pensais à elle

LE PRÉSIDENT

Que ne l'as-tu dit?

MADAME M A R T I G N Y

J'eusse été si heureuse, alors, de te la voir épouser !

J'avais ma situation à faire.

LE PRÉSIDENT

Ce souci a pu t'arrèter ! Ta passion était faible.

M A IITIGN Y.

Elle était faible à ce moment, en effet. Mais après son mariage, un procès que M. du Coudrais a voulu que je plaide pour lui nous a rapprochés. J'ai acheté ce petit pavillon de chasse où je venais tous les samedis me reposer ou travailler, près des Peupliers Blancs. Nous avons eu des occasions de nous revoir. Je me suis aperçu bientôt de la pente où je glissais. Les relations amicales,

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