ACTE DEUXIEME
entre madame du Coudrais et moi, qui s'étaient bornées à des conversations, à des prêts de livres, me parurent tendre vers un autre caractère. J'en fus inquiet, je cherchai un prétexte pour m'éloigner d'elle et lorsque je crus remarquer que M. du Coudrais montrait moins de plaisir à me voir, je cessai tout à fait mes visites.
LE PRÉSIDENT
. Et après la mort du mari ?
J'attendais la fin du deuil pour vous consulter sur l'opportunité d'une demande en mariage. Puis vint la découverte du revolver, la mise en accusation : je n'ai plus osé TOUS en parler.
MADAME M A R T I G .\ Y
Et elle, tu ne l'as pas revue?
Jamais, je vous le jure, jusqu'au jour où elle est venue ici pour me remercier d'avoir accepté de la défendre. Je me suis retenu alors pour ne pas tout lui avouer.
LE PRÉSIDENT
Mais tu ne l'as pas fait ?
Non. Et j'ai peut-être eu tort.
MADAME MA R T 1 G X Y
Pourquoi?
MARTIGNY
Parce qu'alors j'aurais eu le droit d'exiger d'elle la pleine confiance qu'elle me refuse.
LE PRÉSIDENT
Le droit ! Crois-tu ?
Et je me demande même si mon devoir immédiat n'est pas là.
LE PRÉSIDENT
Je ne comprends pas.
MA.RTIGNY.
Si je lui dis : « Madame, je vous aime depuis longtemps. " Je veux faire de vous ma femme. Et c'est à ce titre que je vous demande... »
LE PRÉSIDENT
Je te défends de faire cela. Il faut, mon enfant, respecter la conscience d'autrui. Madame du Coudrais est libre de son attitude. Celle qu'elle entend conserver l'expose à des dangers qu'elle n'ignore pas, et qu'elle accepte. Elle est maîtresse d'elle-même. Tu n'as pas le b droit de la troubler par l'aveu dont tu nous parles, et de ^ profiter de ce trouble pour lui arraciaer son secret. Ce serait violer une âme. Tu obtiendrais ainsi, par une sorte d'intimidation, le don involontaire de la partie la plus ^ sacrée d'un être humain. Me comprends-tu? 1
MARTIGNY. I
Oui. Je vous remercie. |'
LE PRÉSIDENT
Exerce toutes tes forces à ne voir en elle qu'une femme injustement accusée, que tu dois défendre dans les limites qu'elle t'impose et qu'elle a le droit de t'iraposer. L'avocat est la parole de l'accusé. Ne sors pas de ton rôle, cl fais de ton mieux.
Et si je ne réussis pas à la faire acquitter?
LE PRÉSIDENT
Tu n'auras rien à te reprocher.
MARTIGNY
Comment puis-je plaider?
LE PRÉSIDENT
En honnête homme.
Eiitre M. Lemercier.