ACTE DEUXIEME
MONSIEUR DU COUDRAIS
Des miens, de moi?
MONSIEUR LEMERCIER
Ma pauvre enfant a vécu trois ans avec ce monstre. Et aujourd'hui qu'elle se trouve sous le coup d'une abominable accusation, il faudrait s'exposer à la faire condamner pour ménager la mémoire de son bourreau!
MONSIEUR DU COUDRAIS
Son bourreau ! Il a été aussi sa victime !
MONSIEUR LEMERCIER
Comment? Victime !
MONSIEUR DU COUDRAIS
Ne faites pas l'innocent. Vous savez bien comme moi que c'est elle qui l'a tué.
MONSIEUR LEMERCIER
Vous mentez !
M. du Coudrais fait un mouvement pour se jeter sur M. Lemercier. Martigny l'arrête.
Allons, monsieur du Coudrais, c'est à son père que vous parlez. Vous savez bien qu'il n'y a aucune preuve contre elle.
MONSIEUR DU COUDRAIS
Des preuves ! Vous voulez des preuves ! {Tirant son portefeuille.) Vous voulez des preuves... J'en ai, moi, des preuves... elles sont là, les preuves!
LE PRÉSIDENT, vivemeut.
Gardez-les... Vous n'avez pas à les apporter ici!
MONSIEUR LEMERCIER
Je ne crains rien.
LE PRÉSIDENT
Mon fils, n'écoute pas. Retire-toi !
Restez, monsieur Martigny. Je le veux!... Il en a trop dit... Je veux tout savoir. [A M. du Coudrai^.) Montrez-les vos preuves ! Montrez-les ! Je vous en défie. Montrez-les ! mais montrez-les donc!...
Le président Marligmj fait un grand geste de découragement.
MONSIEUR DU COUDRAIS, dépliant des papiers.
Attendez... Attendez... Les voici... Voici... [Il lit.) « Je soussigné, Alfred Malon, garde assermenté, déclare sur l'honneur que le soir de la mort de M. du Coudrais, alors que j'allais vers les Peupliers Blancs, pour savoir qui avait tiré le coup de feu que je venais d'entendre, j'ai vu madame du Coudrais passer devant moi sans me voir et jeter dans la rivière un objet petit et pesant. Signé : Alfred Malon, garde... ;) [Martigny prend le papier et le lit.) Voilà des preuves!... Est-ce une preuve cela? Ce n'est pas tout... Cette autre déclaration est de mon berger, depuis cinquante ans en service dans la famille... (// lit.) « Ce soir-là' que monsieur a été tué, je passais devant la porte du château, j'ai vu monsieur sortir avec un fusil, et je l'ai entendu dire à madame : « Je vais tuer ton amant »... Et un peu après, cinq minutes peut-être, j'ai vu madame sortir et courir après lui. Je n'ai pas cru que c'était sérieux parce qu'il y avait souvent des disputes, et après, j'ai eu peur, et c'est à cause de cela que je n'ai rien dit... Signé : Auguste Lobre, berger ». Eh bien, en voilà des preuves, je suppose !...
Un long silence pendant lequel il remet fébrilement tes
papiers dans son portefeuille, et le portefeuille dans
sa poche.
Puis M. Lemercier, qw a grand peine à contenir sa
douleur, se diiige vers la porte en s' excusant par des
paroles confuses.