‹ L'avocat; comédie en trois actesChapitre 41 sur 68 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Mêmes, moins LEMERCIER.

MONSIEUR DU COUDRAIS

Ah ! Il ne dit plus que je mens !

LE PRÉSIDENT, allant à Lemercier.

Mon pauvre cher ami !... Allez. Je crois qu'on a besoin de moi ici. {Après la sortie de Lemercier, à M. du Coudrais) : Vous venez, monsieur, de commettre une action inutile et méchante.

MONSIEUR DU COUDRAIS

Allons donc ! Vous ne me ferez pas croire que je lui ai appris quelque chose !

LE PRÉSIDENT

Il n'y a qu'à le regarder... {Un temps.) Mais... Pourquoi produisez-vous ces pièces aujourd'hui? Et si vous vouliez faire condamner madame du Coudrais, pourquoi ne les avez- vous...

MONSIEUR DU COUDRAIS

Mais je ne veux pas la faire condamner! Je ne le veux pas ! Jamais ! Tout au contraire, et je vais vous dire ce que nous avons fait pour...

LE PRÉSIDENT

Vous avez déjà trop parle. En révélant à son avocat la culpabilité de l'accusée qui nie, vous avez rendu la défense singulièrement moins facile... C'est assez.

Non. Je vous en prie. Maintenant je veu.x tout savoir.

MONSIEUR DU COUDRAIS

Et moi je veux tout vous dire, parce que lorsque vous saurez tout, vous me comprendrez et vous renoncerez à ces témoins...

Nous verrons...

MONSIEUR DU COUDRAIS

Vous y renoncerez, je vous dis, quand vous saurez ce que ma femme et moi nous avons souffert, ce que nous avons accepté pour cacher notre honte, et vous comprendrez que notre sacrifice mérite bien quelque sympathie... Je vous dis que nous avons mérité... par une telle souffrance, un tel effort... Vous comprenez ce que je veux dire? Il faut m'entendre tout de même avec un peu de bonté... J'en suis brisé... Voilà... [En s'a5se//an^) Vous permettez... Je n'en puis plus... Voilà : nous avons cru d'abord, comme tout le monde, qu'il avait été tué par quelque vaurien... Sa mallieurcuse femme en montra une douleur, évidemment sincère, mais dont nous ne comprenions pas la violence. Lorsqu'on lui parlait de l'événement tragique, elle avait des à-coups de désespoir comme en eût à peine éprouvé la femme la plus aimée. Elle resta plusieurs mois pour ainsi dire sans cesser de pleurer : nous ne savions pas que c'était le remords qui la torturait. Elle faisait peine à voir. Et tant, qu'un jour, la comtesse, la mère pourtant, le lui reprocha avec des paroles de tendresse. Elle y répondit par une sorte de cri de terreur, s'arracha des bras qui l'enlaçaient, tomba aux genoux de ma femme et s'effondra ensuite dans une crise nerveuse. Lorsqu'elle put parler, elle nous supplia de la laisser partir et c'est alors qu'elle vint s'installer à la ville chez cette vieille parente où elle est encore. Nous la plaignions, nous l'aimions en reconnaissance du courage avec lequel elle avait supporté la vie que lui faisait son mari, car nous savions qu'elle avait été malheureuse, pas autant

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