ACTE PREMIER
LE PRÉSIDENT
Parce que je me suis alors démené comme un beau diable. Mais l'y laissera-t-on ? Je n'en sais rien : il y a autour de cette affaire tant de passion ! D'autre part, l'émotion de Lemercier était telle que )e t'ai à peu près engagé.
MARTIGNY
En huit jours!
LE PRÉSIDENT
L'affaire est si simple !
MARTIGNY
Évidemment, cependant...
MADAME MARTIGNY
Ton père était un grand ami de M. Lemercier. Et cette pauvre madame du Coudrais est au plus haut point digne d'intérêt. Tu la connais. Songe ce que doit être la vie de cette jeune femme, si douce, si honnête et qui vit sous l'accusation d'être la meurtrière de son mari.
MARTIGNY
Oui, mère, certainement. Je vous comprends.
MADAME MARTIGNY
Tu peux la sauver.
LE PRÉSIDENT
Et toi seul peux la sauver.
MADAME MARTIGNY
J'ai même été surprise qu'elle ne se soit pas adressée à toi tout de suite. Tu as jadis plaidé pour le ménage. Vous étiez même en relations amicales...
LE PRÉSIDENT
Allons, c'est entendu... D'ailleurs, puisque tu as le dossier...
Oui, Courtalain me l'a fait remettre, avec ce pli cacheté
qui lui avait été confié par madame du Coudrais et qu'il m'a confié à son tour. {Lisant la suscription.) « N'ouvrii' que sur ma demande. A détruire sans lire après ma mort... Louise Lemercier, veuve du Coudrais... » Je l'ui feuilleté ce dossier, chez Courtalain. 11 n'y a rien que nous ne sachions.
LE PRÉSIDENT
Sans les passions politiques et l'émotion de l'opinion publique, madame du Coudrais n'eût pas été inculpée. Et veux-tu que je te dise? Courtalain n'est pas plus malade que moi. Mais il va être candidat aux prochaines élections et il craint de perdre les voix des électeurs hostiles à madame du Coudrais.
MADAME M A R T I G N Y
C'est fort possible.
LE PRÉSIDENT
Ail ! les avocats d'aujourd'hui.
MARTiGNY, sowiant.
Valaient-ils mieux, ceux de votre temps?
Non! C'est une profession au-dessus des possibilités Iiumaines : les avocats devraient être des anges ! Mais oui! Comme les prêtres et les médecins. Quand on vit aux dépens de la souffrance des hommes, on devrait être au-dessus d'eux.
MARTIGNY, de même.
Mais alors, monsieur le Premier Président, qu'exigerezvous de la magistrature ?
LE PRÉSIDENT
J'en ai fait partie. Ça, c'est de la pure aberration. Les magistrats sont des hommes qui, tranquillement, se mettent à la place de Dieu : des hommes qui s'arrogent