ACTE TROISIÈME Oo
mêmes. Qu'elle ait fait ce qu'elle a fait, cela prouve que nous ne savons pas tout ce qu'elle a dû souffrir. Et maintenant, qu'est-ce qui l'attend? Elle a voulu se suicider. Je tremble à la pensée qu'elle recommence, et je lui prévois un tel avenir, si douloureux, qu'à moi, son père, il est venu la pensée de lui dire... « Ensemble, veux-tu, mourons ensemble »... Voilà où j'en suis, monsieur du Coudrais, et il vous faut un cœur bien dur pour que je ne vous fasse pas pitié, et pour que vous teniez à laisser planer sur nos têtes la menace d'une révélation, la terreur d'un malheur qui à tout instant, à celui que vous aurez choisi, peut s'abattre sur nous, déjà si malheureux!
MONSIEUR DU COUDRAIS, gagné par V émotion.
Malheureux! Ne le suis-je point, moi?
MONSIEUR LEMERCIER
Votre malheur est derrière vous, dans le passé, le nôtre est devant nous et s'étale sur tout notre avenir... Voilà ma vieillesse, la voilà! {Sanglotant.) Ma fille ! Ma fille! Vous m'avez pris le bonheur de ma fille.
Long silence troublé seulement par les sanglots de Lemercier. M. du Coudrais le regarde longuement, et va vers lui.
MONSIEUR DU COUDRAIS
Oui... Je suis malheureux... Mais vous l'êtes aussi. Nous souffrons tous les deux, de douleurs qui se ressemblent bien... Des douleurs de pères... des douleurs qui ne finiront qu'avec nous... Nous sommes deux pauvres vieux.
MONSIEUR LEMERCIER
Oui, deux pauvres vieux...
MONSIEUR DU COUDRAIS
Tenez.
Il sort les lettres de sa poche lentement, et les lui donne, .V. Lemercier s'est levé... Il les prend.
MONSIEUR LEMEP. CIEK, à VOIX bOSSe.
Merci.
MONSIEUR DU COUDRAIS
Adieu.
Ils se serrent les mains... M. du Coudrais va sortir.
LE PRÉSIDENT MARTIGNY
Monsieur du Coudrais... {Il lui tend la main.) Vous êtes un brave homme... N'avez-vous rien à dire à mon fils?
MONSIEUR DU COUDRAIS
Dites-lui que je lui pardonne.
MONSIEUR L E M E R c I E R , « » Président Martigny. Venez.
M A D A M E MARTIGNY, qUÏ entre.
Mon enfant, madame Du Coudrais est là, excédée d'émotion, de douleur, de terreur, épuisée de sanglots, à demimorte. Songe à ce qu'elle supporte depuis deux ans, atout ce qui vient de s'abattre sur elle pendant ces quatre heures d'audience. Malgré tout elle veut te voir, seul, tout de suite, car elle part ce soir. Reçois-la.
LE PRÉSIDENT, à Murtiguy.
Reçois-la et rappelle-toi que la bonté est la forme supérieure de la justice.
Il fait entrer Louise qui était à la porte et sort avec madame Martigny.