ACTE TROISIÈME
Relevez-Yous, madame, relevez-vous.
LOUISE, les mains jrAnles.
Je vous demande pardon.
il A n ï I G N V .
Je vous en prie, relevez-vous... Pardon... De quoi?
LOUISE
Des mensonges que je vous ai fait commettre... Depuis votre lettre à laquelle j'ai répondu si durement, j'ai senti peu à peu que vous me saviez coupable. J'en ai eu la certitude en voyant votre émotion tout à l'heure, lorsque vous avez affirmé le contraire. J'ai compris le sacrifice que vous me faisiez. Plusieurs fois j'ai été sur le point de vous délivrer de cette torture en criant : « C'est moi ! » Mais j'avais juré de me taire, et ceux qui m'ont imposé ce serment avaient le droit de l'exiger. Ceux-là, c'est le père, la mère de celui qui est mort par moi. Je ne pouvais pas le leur refuser, n'est-ce pas, et je ne pouvais pas manquer à la parole donnée... Comme vous avez été généreux et bon !... Tout ce que vous avez fait pour la pauvre petite créature que je suis ! J'ai senti ce qu'il vous fallait d'efforts pour parler contre votre conscience, et je vous écoutais, honteuse, effraj'ée, ravie, et pleine de pitié pour vous. Je joignais les mains derrière vous, comme en adoration devant un Dieu qui s'immolait pour moi... Dites-moi que vous me pardonnez!
MARTIGN'Y.
Je n'ai pas à vous pardonner, madame. J'ai cru devoir agir comme j'ai agi... Je vais maintenant vous rendre le dépôt qui m'a été remis.
LOUISE
Si VOUS saviez comme je comprenais votre colère, lorsque a'ous vous heurtiez à mon refus de parler! Vous
êtes cependant celui à qui j'aurais voulu me confier... Mais j'avais promis... n'est-ce pas... j'avais promis... Je sens que vous m'en gardez rancune et c'est tout naturel. Je ne sais pas trouver les mots qui m'expliqueraient... excusez-moi. Soyez bon. Aidez-moi à me reprendre. Depuis des mois je vis, hallucinée, une existence en dehors de la mienne, je suis comme endormie ; je me laisse pousser par les choses et les gens sans comprendre; j'étouffe dans de l'horreur, du remords, des angoisses. Chaque matin, j'ai la surprise et l'épouvante, au réveil, de me dire : « C'est moi ! C'est moi qui ai fait cela, moi qui ai fait cela... » Je suis acquittée... cela n'a pas encore de sens lorsque je ne fais pas un effort pour comprendre... Mais il faut que vous m'écoutiez... Je vais partir ce soir. Jamais plus — jamais plus ! — vous ne me reverrez. Je serai comme une morte dans votre cœur. J'y veux laisser de moi une image fidèle. Et me coniîer à vous, pleinement; cette fois.
M A II T I G N Y
A quoi bon, madame, renouveler toutes vos douleurs?
LOUISE
Vous ne voulez pas? Vous ne voulez pas?...
Il vaut mieux, pour vous-même, madame... Jg n'ai pas besoin de révélations pour comprendre que toutes les excuses atténuent votre responsabilité... Allez... Partez! Vivez en paix! Tâchez d'oublier. Je vous garde un profond respect, et si vous pouviez penser avoir besoin d'un pardon, je vous le donne de tout mon cœur... Voici le dépôt que M« Courtalain m'a remis en votre nom. Le voici, avec les cachets intacts. {Il le lui tend. Elle U prend machinalement, égarée, elle fait deux pas vers la porte, puis, à mi-voix, à elle-même.) Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas possible!... Il me renvoie... {Elle regarde Martigny, et, du xu.me ton.) Ce n'est pas possible!... Je ne vais pas m'en