‹ L'avocat; comédie en trois actesChapitre 62 sur 68 · ACTE TROISIEJIE · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEJIE

aller avec ça... et vous laisser aux prises avec des doutes, des suppositions... {Résolue.) Je ne veux pas d'un pardon de complaisance. Non. C'est au-dessus de mes forces... {Lui tendant le pli.) Ouvrez ceci.

Non.

LOUISE, s' animant, sexaliant.

Ouvrez, je vou.s dis!... Ouvrez!... C'est ma justification... Vous ne voulez pas... Donnez! [Tout en disant ce qui suit, elle rompt les cachets, s'efforce de briser la ficelle qui résiste, puis avec les ongles, avec les dents, elle cherche à déchirer V enveloppe, fait un nouvel effort sur le lien, aperçoit des ciseaux sur le bureau, s'en empare, coupe, les rejette et tombe assise pour déplier Venveloppe.) Vous saurez!... De orce... Vous saurez... Malgré vous... C'est une ligne à lire... rien qu'une ligne... vous n'allez pas me refuser ça, peut-être. Une ligne à lire, elle est de mon mari... II avait la manie de m'écrire des menaces, des injures, sur des bouts de papier... Heureusement, il m'a écrit celuilà !... Ah! enfin... Le voici... Ça, c'est un livre que vous m'aviez prêté. Ce n'est rien... [Ses mains tremblantes tendent à Martigny un papier qu'elle a extrait d'une enveloppe ) Vous connaissez son écriture... Eh bien... Voilà... Voilà... Prenez! Prenez! Lisez!...

MARTiGXY, ap7'ès ovoir jeté un coup d'œilsur le papier. Oh!...

Ils se regardent longuement.

LOUISE

Vous avez lu? Vous avez lu?

Oui.

Eh bien, qu'ec-t-ce qu'il y a... Qu'est-ce que vous avez lu?

MAUTiGNY, Usant.

Je sais que M. Marligîi'j est votre amant. .Je vais le tuer.

LOUISE, triompliante.

Ah! vous avez lu!... Vous avez lu! Maintenant, je commence à respirer... « Je sais que M. Martigny est votre amant. Je vais le tuer »... Voilcà ce qu'il a écrit. Et à présent, enfin! Vous l'avez lu! Vous voyez que j'avais raison de vous y forcer! Vous le voyez !... Et il y a la (lato! Il y a la date... Vous la connaissez, cette date?

Oui. C'est celle de sa mort.

LOUISE

C'est celle de sa mort... Parce que je n'ai pas voulu que ce soit celle de la vôtre —

Quoi ! Je n'ose comprendre... Ce serait pour moi!

LOUISE

Oui, c'a été pour vous ! Maintenant, il faut que je vous explique comment. Vous ne l'avez pas su. Vous étiez l'objet de sa haine.

Moi '.'

Vous.

MARTIGNY

Mais, depuis deux ans...

C'est justement depuis que vous avez cessé vos visites que sa jalousie, dispersée jusqu'alors, s'est concentrée sur vous. Votre éloignement, au lieu de le rassurer, l'exaspérait, lui paraissait une preuve. On n'explique pas cela : il était comme fou. Alors, chaque semaine, les jours où vous veniez à votre rendez-vous de chasse, la

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