ACTE TROISIEME
torture ne cessait pas pour moi. Le vendredi, le jeudi déjà, il commençait : « C'est demain, c'est après-demain, que vient votre amant ! » Et le samedi : i Vous l'attendez... Le temps vous semble bien long... » Mais le samedi soir, c'était le martyre. 11 allait vous épier, interprétant vos gestes, vos attitudes... Ou il se cachait dans le parc. Souvent, il m'enfermait dans ma chambre... D'autres fois, il feignait de s'absenter, il se faisait envoyer une dépêche, partait avec sa valise, revenait en sourdine, ou me disait .• « Vous avez beau vous cacher tous les deux, je vous pincerai... a II voulait me faire avouer. Une fois, il m'a tenue quatre heures à me dire : « Avouez donc, je le sais, je le sais... » Enfin, ce samedi-là, le jour qui devait être le jour terrible, il fut plus féroce que jamais... Et tant, que moi, après avoir entendu sur votre compte et sur le mien mille grossièretés immondes, je perdis la tête, et dans une folie d'exaspération, de dépit, de sotte vengeance, dans un désir d'être délivrée, je lui criai : « Eh bien, oui, je l'aime, je l'aime... » C'était le soir... Je m'étais retirée chez moi... J'entendis du bruit, je descendis. J'entendis le sifflet du petit train qui vous amenait d'ordinaire...
MARTIGNY
Mais ce jour-là, j'ai plaidé jusqu'à minuit...
LOUISE, toute droite, hallucinée, en somnambule.
Je sais. Je sais... Nul ne pouvait le prévoir je vous dis. Je descends et je trouve ce papier... Alors je comprends que je vous ai désigné à la mort. Moi, vous ! Moi, vous!... Son fusil n'est plus là!... Je vois le revolver dans le tiroir entr'ouvert, je le saisis. Je cours sur les traces du malheureux, je l'atteins, je le supplie, il est à rafCût comme sur un gibier. Je crois entendre des pas, les vôtres. Lui aussi. Il épaule. Alors, sans savoir, sans comprendre, je lui jette le coup de revolver... Il tombe... Je reste là... J'écoute... Rien... Même le bruit de sa respiration s'arrête...
Ayant perdu ma raison, je fis quelques pas, je lançai le revolver là où on l'a trouvé, et je rentrai... Je croyais vous avoir sauvé la vie, et cela diminuait mon horreur de moi-même. Après je ne sais plus. J'ai été malade. Puis, il y a eu la famille, le revolver retrouvé, le serment exigé, tenu... Vous savez le reste et la pauvre loque... (Un cri et des sanglots.) Ah! oui, la pauvre loque que je suis devenue pour toujours.
MARTiGNY, allant à elle. D'une voix profonde.
Louise! C'était pour moi... Mais alors... Vous m'aimiez!
LOUISE
Oui, mon ami! Oui, je vous aimais.
Vous m'aimiez !
LOUISE
Et je sais que vous m'aimiez aussi. Oh! Vous avez tout fait pour me le cacher. Mais une femme devine toujours, lorsqu'elle est aimée...
MARTI G N Y
Mon amie !
Je n'ai plus le droit de vous aimer.
Pourquoi! Pourquoi! Vous êtes libre, maintenant.
L 0 U I s li .
Je suis libre par un crime, et j'ai échappé à la justice par mes mensonges... et par le mensonge que vous avez fait pour moi. Je me suis avilie, et je vous ai avili... Oui, si nous osions nous unir, j'oublierais pendant quelque temps peut-être, et vous aussi. Mais toute une vie ! Comprenez-vous : toute une vie ! Nous ne nous l'avouerions jamais peut-être, mais moi, je no pourrais m'empêcher