ACTE I
firme que j’étais pour lui le représentant de son frère. D’ailleurs, à qui restituer ce portefeuille? Fallait-il ajouter cette aubaine au butin de ce sir Jaffrav, qui a si lâchement trahi et spolié le comte ?
TRF.VOR.
La remise du dépôt avait donc précédé la confiscation des biens de lord Windall ?
GILBERT
Oui. La date de l’écrit même du comte en fait foi.
'trevor.
Et... qu’est devenu le portefeuille?
GILBERT
Le voici. Je vous l’apportais, (u met le portefeuille dans les mains de Trevor. ) Ah! Monsieur, si j’avais été saisi avec ce portefeuille sur moi, j’étais perdu.
TfiÉVOR, l’examinant.
Perdu? non. Môme condamné, vous ne le seriez qu’à la prison.
Et au déshonneur! je n’y survivrais pas! qu’est-ce que je dis? je ne l’attendrais pas !
TREVOR
Je vous crois. Je crois que vous ne supporteriez pas la honte. Et que manque-t-il là-dedans?
GILBERT, avec confusion.
Mon Dieu!., une irrésistible passion m’a entraîné : j’ai dû suivre partout, atout prix, une jeune fille que j’aime!.. I| manque là environ le tiers des pierreries.
TREVOR
Et, pour l’avenir, quelles sont vos intentions?
GILBERT
Ah ! je veux laisser ce portefeuille dans des mains sûres, dans les vôtres, si vous y consentez, et puis, ne me reposer que lorsque j’aurai refait et complété le dépôt tel que je l’ai reçu.
TREVOR
Bien ! A votre tour, y engagez-vous votre parole ?
GILBERT
Ma parole et ma vie. Tenez, Monsieur, voici un écrit où j’ai désigné les diamants dont la fatalité m’a fait me dessaisir; j’ai marqué là aussi les moyens que je me suis réservés pour racheter ces pierreries.
A la bonne heure !... L’événement ne peut manquer de nous apprendre si ce dépôt appartient aux héritiers de lord Windall, — ou à l’État, — ou à vous-mème.
GILBERT, avec une sorte d'inquiétude.
Et... vous gardez cette note. Monsieur?
TREVOR
Sans doute, avec le portefeuille. Oh! Monsieur, si vous avez appris à vous cuirasser contre ces nobles périls : la confiance, la loyauté ?...
GILBERT
Non! non! ne me suis-je pas remis à vous tout entier?— Voire arrêt, maintenant?
TREVOR, comme se consultant lui-mème.
Flétri, cet homme se tuerait. Son âme n’est plus innocente et saine; mais, ô Seigneur miséricordieux! elle peut se guérir et se purifier par la souffrance et par la vertu. Ai-je le droit de laisser mon semblable tomber au fond de l’abîme, quand ma main étendue le sauverait?
GILBERT
Ah! parce que vous êtes sans reproche, ne soyez pas sans pardon!
TR ÉVOR.
Si cependant la divinité punissait l’homme qui ose usurper ce feu du ciel : la clémence?.. Mais est-il donc plus aisé de touchera la foudre, au châtiment?..
GILBERT
Ne me condamnez pas! ne me condamnez pas!
TREVOR
Non, Gilbert Talbot ! je dois vous défendre, je vous défendrai.
Ah! merci !... (Avec empressement.) Et vous me rendez votre estime?