‹ L'avocat des pauvres drame en cinq actesChapitre 4 sur 92 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

BERTHEL, MARGARET, EFFLAM, entrant par la porte de

droite.

BERTHEL, à lui-méme.

Fin comme l’ambre !... (Allant brusquement au-devant de Margaret. Madame?

MARGARET, effrayée.

Ah!

BERTHEL

N’ayez pas peur!...

EFFLAM, l’apercevant, avec joie.

Berthel !

BERTHEL, se désignant.

... Berthel le fauconnier... ce misérable meurtrier!

MARGARET

Comment?

BERTHEL

N’ayez donc pas peur! meurtrier par malheur, pas par crime. Meurtrier acquitté, grâce à votre fils, et j’accours pour lui dire de mon mieux mon grand merci. — Bonjour, Efflam ! (iiserr

joyeusement la main d'Efflam.)

MARGARET, rassurée.

Ah! c’est vous le compatriote d’Efflam! Eh bien! si vous voulez attendre Georges, il va rentrer.

* BERTHEL

Certainement, je veux l’attendre. (Efflam lui avance une chaise ; il veut lui baiser la main; elle lui fait signe d'ètre tout à Margaret, et sort.

Cher homme ! Voilà donc où il vit, tout modeste, tout mystérieux, tout caché! Ah! s’il a des ennemis, qu’ils y viennent !

MARGARET, vivement.

Mais vous vous trompez! Georges n’a pas d’ennemis !

BERTHEL

Bon! bon! soyez donc tranquille, chère dame! Nous sommes une bande de gueux qui ne quittons pas des yeux votre fils.

MARGARET, tout à fait inquiète.

Mon Dieu! mais que dites-vous là? mais perdez-vous le sens? Georges cherche l’ombre et le silence... par goût. Il a voulu pour quartier ce coin retiré de la Cité, cet humble logis pour demeure et les seuls pauvres pour clients. Comment le mêle t-on aux bruits et aux troubles du dehors? Depuis trois ans, il vous donne, sans compter, tout ce qu’il a : son temps, son zèle, ses éludes, son éloquence. Laissez-le en paix à tout ce qu’il aime, à sa solitude et à sa vieille mère.

BERTHEL, se cognant ta tète.

Ah ! quelle brute je suis! Ah ! pauvre dame! vous voilà palpitante comme l'alouette devant l’émerillon. Je suis, de mon état, dresseur de faucons, voyez-vous, et je sais gronder ou flatter mes bêtes : cza! cza! ra ra ra ra ra!... Et puis, j’essaie de m’exprimer vis-à-vis de mes semblables... rien. Votre (ils, mais c’est mon défenseur, mon sauveur, ma parole parlée! Je veux vous... bégayer comme quoi... j’aimerais bien mourir pour lui, et, alors, vous démêlez, vous, que j’ai le projet de le livrer.

MARGARET

Eh! c’est qu’en effet...

BERTHEL, cherchant ses mots.

Je suis une brute, c’est convenu. Mais, voyez-vous, pour ce, qui est de maître Trcvor, je peux... je veux... Ah! je finirai bien par arracher les mots qu’il faut! Écoutez. Tantôt donc, au commencement de son discours, je l’écoutais comme machinalement. 11 racontait cette terrible histoire : que j’avais tué — misère de moi ! — un homme, ce pauvre Dickson, le porteur de torche; mais au moins, là, dans une batterie sans traîtrise, que Dickson avait fait mine de défendre ses maîtres, lesÉcumeurs>

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