LE « PATRON ». — LA CONFÉRENCE DES AVOCATS
MAIS revenons à nos stagiaires, que cette digression nous a, un instant, fait perdre de vue.
Ils n'ont pas seulement la charge, cependant déjà lourde, de tous les dossiers d'Assistance judiciaire et des Commissions d'office pour la correctionnelle ou les assises.
Les consultations gratuites. — Ils ont aussi les consultations gratuites, le travail pour leur « patron » et le concours du secrétariat de la Conférence.
Les consultations gratuites se donnent au Palais, au secrétariat de l'Ordre des avocats.
Plusieurs bureaux de consultation fonctionnent ainsi tout l'après-midi plusieurs fois par semaine.
Chaque bureau se compose d'un avocat inscrit et de deux stagiaires.
Devant eux, défilent, toute la journée durant, un nombre considérable d'indigents qui viennent demander des conseils sur les sujets les plus divers : difficultés avec leurs propriétaires, affaires de succession, de
LES TRAVAUX D'UN STAGIAIRE ■a S^- »
partage, de dissolution de communauté, affaires de famille, désaveu ou recherche de paternité, demande en divorce, demande de pension alimentaire, demande en dommages et intérêts; il n'est pas de question qui ne soit abordée et, comme il faut répondre immédiatement et donner un conseil utile et précis, les lumières conjuguées de l'avocat inscrit et des deux stagiaires ne sont parfois pas superflues. C'est là, devant cette ignorance parfois déconcertante des plus élémentaires notions juridiques, qu'on peut bien mesurer toute la cruelle ironie de cet axiome fameux de notre droit : « Nul n'est censé ignorer la loi ! »
Ces consultations gratuitessontune des plus anciennes et des plus honorables traditions du barreau. Berryer a vu, sous la royauté, les anciens du Palais donner des consultations gratuites aux indigents dans la salle des Pas-Perdus, autour du fameux « Pilier des consultations ». Sans doute, l'affluence était-elle moins grande qu'aujourd'hui, car, pour soustraire actuellement les bureaux de consultations à l'assaut simultané des questions dont ils sont l'objet, un seul pilier ne suffirait plus.
Il y faut une porte qui ne laisse pénétrer que successivement et à tour de rôle, chacun des trop nombreux et impatients consultants.
Les avocats sortent de ces séances de plusieurs heures fatigués, comme après un examen de droit, de la g3rmnastique intellectuelle et des efforts de mémoire qui leur ont été imposés. Mais ce qu'ils déplorent surtout,