Z* A V OC A T
c'est d'avoir, ne disons point perdu, — puisqu'un bien, fait ne l'est jamais — mais employé un temps précieux à cette œuvre philanthropique, alors que ce temps leur fait sans cesse défaut pour eux-mêmes.
Le «patron». — Car, en plus de leurs dossiers personnels, les jeunes ont habituellement des dossiers i préparer pour le compte de leur « patron ».
Le « patron », c'est, par définition, un grand avocat qui ne peut suffire à toutes ses occupations.
Aussi consent-il à prendre, parmi les jeunes qui lui semblent le plus aptes à le seconder, tm ou plusieurs secrétaires sur lesquels il se décharge des besognes matérielles ou qui n'exigent pas impérieusement son intervention personnelle.
C'est ainsi que ses secrétaires se présentent pour lui aux appels où il ne peut se trouver.
C'est ainsi qu'ils reçoivent les clients lorsque le patron est forcé d'aller plaider en province, ou encore qu'ils font, pour ses dossiers, des recherches de jurisprudence, qu'ils étudient les questions de droit, ou même qu'ils préparent des notes de plaidoirie que le patron n'aura qu'à revoir, à retoucher, à compléter, pour se les assimiler et, si l'on peut dire, y mettre sa griffe 1
Mais si les secrétaires rendent des services au patron, certains patrons en rendent davantage encore à leurs secrétaires. Ceux-ci profitent, en quelque sorte, du rayonnement du c maître ». L'éclat du cabinet* célèbre auquel ils sont attachés, rejaillit quelque peu sur eux.
Ils ne sont plus le petit stagiaire iimommé, perdu
dans la foule inconnue de ses semblables, ils sont « le secrétaire de M^ X... ou Y... », et ce titre est pour eux déjà comme un brevet de jeune talent, comme une promesse et presque une garantie de belle situation future.
Ils complètent ainsi leur instruction technique à bonne école ; ils s'assimilent la manière des grands arocats.
Il y avait de bons et de moins bons patrons. J« parle, bien entendu, des temps très anciens, sans allusions malséantes à l'époque actuelle.
Les moins bons estimaient qu'ils faisaient beaucoup d'honneur aux jeunes qu'ils admettaient dans leur intimité, qu'ils leur concédaient une grâce insigne en les invitant à travailler, à leur place, un dossier dont ils conservaient tout le profit, et que leurs secrétaires étaient très amplement payés de leurs peines, par la faveur de pouvoir se dire leurs très modestes collaborateiu^ I
Les bons patrons veulent bien comprendre que les débuts sont durs pour les jeunes, que les premiers billets gagnés sont ceux qui font le plus de plaisir, qu'en se montrant généreux, à bon escient, ils s'attirent la gratitude profonde de ceux qu'ils obligent, en même temps qu'ils s'attachent leur dévouement et gagnent le cœur de leurs secrétaires.
Cette conception semblait autrefois quelque peu révolutionnaire à certains anciens du barreau qui avaient débuté en des temps heureiix et lointains où les fils de famille bourgeoise ne connaissaient point de soucis
matériels, et où il semblait presque déshonorant pour un avocat de prétendre gagner de l'argent au Palais avant quarante ans.
La vie chère, hélas 1 a changé tout cela.
Les jeunes qui sont mariés ont le souci, assurément légitime, de subvenir par l'exercice de leur profession aux besoins de leur ménage. La collaboration est un échange de services. La réciprocité s'impose. Il ne suffît pas de se contenter de recevoir ; il faut savoir donner.
Conférence du stage. — Il y a, enfin, au Palais, une institution qui tient une grande place dans les ambitions et les préoccupations des jeunes : c'est le concours pour le secrétariat de la Conférence du stage.
Ce titre, secrétaire de la Conférence, assez mystérieux pour ceux qui ne sont point initiés aux secrets du barreau, conserve un grand prestige, même en dehors du Palais.
L'annuaire de la Conférence des avocats est un véritable Livre d'Or.
Hommes politiques illustres (Gambetta, Alexandre Ribot, Alexandre Millerand, Louis Barthou, Raymond Poincaré, René Viviani, etc.) Ambassadeurs (Cambon). Grands écrivains (le comte d'Haussonville) ont leurs noms inscrits à côté de ceux d'avocats connus et 4e hauts magistrats.
Il semble donc que ce titre mène aux plus hautes