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destinées, quoique d'une manière, à la vérité, indirect* et lointaine.
L'utilité pratique immédiate du secrétariat de la Conférence apparait au contraire comme assez vague, à première vue. Mais ne sont-ce point souvent les manifestations intellectuelles, dont on n'aperçoit pas d'abord l'utilité pratique, qui se montrent par la suite les plus fécondes en résultats ?
C'est un titre très recherché I On raconte à ce sujet une anecdote assez piquante et qui a le rare mérite d'être vraie :
Une dame à qui l'on proposait, comme parti pour sa fille, un jeune avocat secrétaire de la Conférence, s'en fut demander des renseignements sur son compte à M. le bâtonnier X..., grande figure aujourd'hui disparue du Palais, et qui se trouvait alors dans tout l'éclat de sa magnifique carrière, honoré, respecté de tous, autant pour son talent que pour l'intégrité célèbre de son caractère. Et comme elle s'enquérait :
— Mais enfin, Monsieur le Bâtonnier, expliquez-moi donc ce que c'est qu'un secrétaire de la Conférence ?
— Madame, répondit gravement M. X... avec cette solennité lente et glaciale qui le caractérisait, lorsque je me suis marié je n'avais pas un sou, mais j'étais secrétaire de la Conférence. Mme X..., elle, avait une jolie fortune. Et l'on disait : « Ce jeune homme a de la chance : il fait un beau mariage ! » Aujourd'hui on dit : c'est Mme X... qui a fait un beau mariage I
« Voilà, Madame, ce que c'est qu'un secrétaire d« la Conterence i »
L'histoire ne dit pas si la dame, convaincue par cette noble réponse, donna suite au projet matrimonial dont il était question...
Ce qui est certain, c'est que si tous les jeunes gens qui parviennent au secrétariat de la Conférence ne sont point assurés de faire une carrière comme celle du bâtonnier X..., tous, du moins, ont dû faire preuve de qualités remarquables pour y arriver, car le choix est soumis à un criblage très sévère. C'est forcé, du reste, puisque le concours réunit chaque année plus de I20 candidats pour le nombre immuable de i» places.
Les candidats parlent chaque samedi à raison de cinq par séance et traitent contradictoirement, d'une manière aussi élégante, spirituelle, solide et académique que possible, des sujets juridiques, littéraires, psycho* logiques et sociaux, tels que ceux-ci : « Le baiser échangé entre époiix en instance de divorce constituet-il une réconciliation ?» ou encore : « Le fait de vendre des amulettes porte-bonheur, constitue-t-il le délit d'escroquerie ? »
Lorsqu'on veut trouver un terme de comparaison pour le secrétariat de la Conférence, on dit généralement qu*il est, pour l'avocat, ce qu'est l'internat des hôpitaux pour le médecin.
Comme toutes les comparaisons, celle-ci est en partie juste et en partie fausse. Elle est juste surtout, en ce sens, que ce concours établit une sélection parmi les
meilleurs des jeunes et que les secrétaires de la Conférence, comme les internes, pour n'être pas nécessairement tous supérieurs à certains de leurs ca> marades qui ont pu échouer par malchance, forment cependant, d'une façon indiscutable, dans l'ensemble, l'élite de leur génération.
La guerre et la jennessedn stage, — Hélas 1 combien parmi cette élite de la jeunesse d'avcmt-guerre auront disparu au cours de l'horrible tourmente qui a saigné notre malheureux pays du meilleur de son sang r
Quand on feuillette les pages de l'annuaire, on demeure atterré de constater quel effrayant tribut les dernières promotions ont payé à la mort.
Ne disons pas qu'elles ont été décimées, ie terme dans s<m sens exact serait malheureusement bien au-dessous de la vérité.
Presque tous, officiers de réserve dans l'infanterie, tous animés d'un admirable patriotisme et d'une ardeur magnifique à remplir tout leur devoir, ces jeunes gens ont été littéralement fauchés pat la mort, dans les premiers mois de la guerre, en chargeant à la baïonnette sous le tir des mitrailleuses allemandes.
il n'est pas rare, dans une promotion de douze, de relever cinq ou six morts et trois ou quatre blessés.
La plupart d'^itre eux sont tombés en héros faisant preuve, jusqu'au dernier moment, d*une abnégation sublime et d'une élévation de sentiments qui frappaient d'admiration aussi bien leurs hommes que leurs chefs.
Mais quel deuil pour le barreau, quelle perte pour
A VO C AT
la France que ces jeunes gens d'un si noble cœur, d'une si lumineuse intelligence, à qui leurs dons magnifiques promettaient un si bel avenir, aient ainsi disparu emportés par la vague de barbarie qui déferla sur le monde, avant d'avoir pu réaliser les promesses qui étaient en eux et d'avoir pu donner leur mesure.
Pour ceux qui les ont le mieux connus, pour les survivants de leurs promotions, il y a une injustice du sort que rien n'effacera, et leur mort a laissé un vide que rien ne pourra combler 1
Leur souvenir demeuré vivant fait planer sur le Palais qu'ils animaient naguère encore et où on ne les reverra plus, une indicible mélancolie. Pour toutes ces jeunes générations d'avant la guerre qui partaient ardentes, insouciantes et joyeuses à la conquête de la vie, le souffle de la mort a passé, emportant leur gaieté, leur foi en l'avenir, semant au milieu d'elles les deuils et les tristesses.
Et de ce que, parmi eux, beaucoup des meilleurs sont partis, qui semblaient les plus dignes de rester, il semble que dans l'âme des survivants quelque chose se soit à jamais flétri. Cette jeunesse trop éprouvée ne sait plus ce qu'est la joie de vivre ni le charme de la jeunesse 1 Tristesse d'une époque barbare où la toge a dû céder la place aux armes I Cruauté d'un siècle qui méconnaît et qui gaspille toutes ses valeurs et où J 'effroyable et stupide consommation des plus brillantes intelligences anéanties, enlisées dans la boue des tranchées, dépasse encore, s'il est possible, l'horreur navrante de tant de
jeune sang répandu. Mais déjà le blé qui lève sur les champs de carnage en atténue, par la promesse des moissons futures, la détresse désolée. Déjà, les nouvelles générations qui montent et qui n'ont pas connu par elles-mêmes les souffrances de la guerre, infusent au Jeune Palais une ardeur ' t un sang nouveaux.
Le concours de la Conférence. — Le concours de la Conférence a fait renaître ces compétitions acharnées, cette passion dans la rivalité, ces espoirs et ces déceptions qui, de tout temps, en ont marqué les péripéties. S'il fait quelques heureux, il fait surtout beaucoup de mécontents. Même parmi ceux qui réussissent, sauf le premier secrétaire, il n'en est sans doute pas un seul dans une promotion qui soit satisfait de sa place. Naturellement, cevix qui n'ont pas réussi du tout n'ont pas lieu de l'être davantage. La plupart s'en consolent à la façon de certain renard gascon de la fable.
Oubliant qu'ils ont concouru, ils dénient toute valeur à ce concours, d'un genre essentiellement faux, disentils, et qui ne correspond nullement à la plaidoirie.
Ou bien, ils expliquent leur échec par des questions de clan, de chapelle ou de camaraderie.
Mais dans quel concours n'accuse-t-on pas ces questions de jouer un rôle ?
Or, il est certain que si elles en peuvent jouer un, c'est moins là que partout ailleurs.
La raison en est que les concurrents sont jugés par
les douze secrétaires de l'année précédente, siégeant sous la présidence du bâtonnier.
Ces juges-là sont trop jeunes et trop indépendants de caractère pour être accessibles aux recommandations. Ils sont trop nombreux et trop divisés pour que la camaraderie y puisse avoir une grande influence. Enfin, la présidence du bâtonnier vient apporter un élément de pondération qui défend ce jury des emballements inconsidérés.
Disons donc que, dans l'ensemble, ses choix sont dictés par le seul souci d'être justes.
D'ailleurs, le concours étant public, il est facile de se rendre compte, en y assistant, que le taient est encore le seul vrai moyen d'y réussir.