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AVOCATS D'AUTREFOIS ET AVOCATS D'AUJOURD'HUI

LES avocats d'autrefois plaidaient avec emphase et grandiloquence. Ils abusaient des citations, en fort mauvais latin, et faisaient des gestes désordonnés.

Érasme, dans son Éloge de la Folie, déclare «qu'après les médecins, marchent immédiatement les légistes et les jurisconsultes. Je ne sais pas si ces suppôts de Thémis ne devréiient pas avoir l'honneur du pas sur les prêtres d'Esculape — entre eux le débat. »

Montaigne ne les ménage guère. « Les avoca sont tous pituiteux et chassieux, sortant après minuit de leurs études. »

Ces portraits, peu flatteurs, sont très ressemblants lorsqu'il s'agit de Claude Gaultier, dit Gaultier la Gueule — son surnom suffit à caractériser sa manière.

Boileau le décrit :

Plus aigre et plus mordant Qu'une femme en furie ou Gaultier en plaidant ?

Ce terrible Ancien était sans pitié pour les femmes. Il les appelait « des précipices couverts de fleurs » f;u « des frégates armées en course sur la mer de la galanterie ».

c C'était, nous dit Munier-Jolain, un bretteur de la

parole : la tête chauve, le front sillonné de rides, les yeux étincelants, le nez d'aigle, la bouche armée de dents canines, la voix d'un corbeau qui croasse sur une proie qu'il ensanglante de ses onghs. »

Après Gaultier, le ton de la plaidoirie s'améliore ; moins de violence, beaucoup de dignité, une véritable éloquence — peut-être trop pompeuse.

Voici Antoine Lemaistre qui plaidait si bien que la cour et la ville abandonnaient les églises et délaissaient les prédicateurs en renom pour venir l'entendre au Palais.

Olivier Patru, qui fut tout... et même académicien et inventa le discours de réception.

Gerbier, le grand jurisconsulte, et Linguet, l'enfant terrible du barreau.

Le serment des avocats d'autrefois était assez compliqué, et sans doute quelquefois violé...

Ils juraient d'abandonner leur cause aussitôt qu'ils s'apercevraient qu'elle était mauvaise, et le règlement contenait cette disposition bizarre : quand il y aura plusieurs avocats dans une même cause, ils ne parleront que l'un après l'autre.

La Révolution a supprimé l'Ordre des avocats. Fouquier-Tinville coupait les plaidoiries avant de faire couper les têtes.

Nicolas Berryer s'écriait, au début d'une défense i

€f J'apporte à la Convention la vérité et ma tête.

« Elle pourra disposer de l'une après avoir entendu l'autre. »

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