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JllEKIXG. LE BUT DANS LE DROIT. 59
valeur de cette œuvre, dans laquelle ce juriste génial précise, mieux qu'on ne l'avait fait encore avant lui, le véritable but objectif du droit. Kohler ne lui rend pas, sous ce rapport, la justice qui lui est due. 11 ne se borne pas à critiquer, à bon droit, sa théorie des sentiments moraux. Il apprécie, avec une grande sévérité, et selon nous, avec une grande injustice, tout cet ouvrage qu'Jhering plaçait bien au-dessus de son Esprit du Droit romain, et qui constituait, dans sa pensée, la dernière expression de son élaboration scientifique du droit'. Il est vrai que Kohler ne reconnaît aucune autre philosophie du droit que celle de Hegel, et qu'il condamne tout système dépourvu d'un fondement métaphysique". Nous ne pouvons pas entreprendre ici la discussion de la philo-
1. V. dans la Préface de la traduction de M. de Meulenaere les extraits de quelques lettres d'Jherin;^ sur ce sujet. 3 avril 1883 : « Cet ouvrage-ci, et non ÏEspril du Droit roiiuiiii, contient le résultat de toute ma vie scientifique. On ne le comprendra que lorsqu'il sera terminé. L'E.spril du Druil romain n'en est, dans ma pensée, que la préparation. Mn.isVËsprit du Druil Romain devait être écrit pour pouvoir entamer cette étude-ci, dont l'élaboration renferme ma suprême mission scientifique. »
2. Kohler, toc. cit. : Quand on descend, dit-il, des hauteurs de la philosophie de Hégel aux systèmes d'un Krause, d'un Ahrens, d'un Hùder, il semble qu'on passe d'un palais magnifique à une petite maison bourgeoise ; et quand on arrive àJhering, on croit tomber dans une chambre de pauvres sens. Toute l'œuvre d'Jhering est bâtie sur le sable, sans
Sophie de Hegel qui est, en général, justement délaissée, même en Allemagne, par la pensée contemporaiiie. Mais le reproche fait par Kohler à Jhering de ne pas avoir donné à son système une base métaphysique procède d'une appréciation, que nous ne pouvons pas partager, sur la valeur d'un principe transcendant du droit, dans le domaine scientifique . Sans doute il est permis au moraliste et au juriste philosophe qui veulent introduire une certaine unité dans leur conception du monde et de la vie, de rattacher leurs théories à quelque grand principe métaphysique. Mais ils sortent alors du champ de l'observation et de la science, et ne peuvent trouver, dans un tel principe, un secours appréciable pour la détermination des yègles concrètes de la morale et du droit.
aucun fondement philosophique, et sa métaphysique est à peu près celle d'un pasteur de campagne de la Frise. — Nous n'exagérons pas, nous atténuons plutôt et résumons.