A. Espinas. Bea Sociétés animales, p
cents de savants naturalistes ont apportées à la th»>se absolue du progrès par la concurrence vitale. Cette thèse ne montre qu'une des faces de la vie; elle en laisse une autre dans l'ombre.
La lutte n'est pas, pour ces naturalistes, le seul facteur du progrès, même biologique. Il en est un autre qui coexiste avec lui aux degrés les plus bas de l'animalité, mais dont la valeur grandit progressivement lorsqu'on remonte, de degré en degré, vers les formes supérieures de la vie. Cet élément nouveau est l'association, la solidarité des êtres vivants, dans leurs parties composantes, et de ces mêmes êtres entre eux. Cet autre facteur du progrès, qui oppose à la lutte un phénomène contraire, la limite, en en restreignant le champ et en en modifiant les effets; et son action s'accroît à mesure qu'on s'élève dans l'échelle de la vie, et trouve sa plus haute expression dans l'homme et le développement des sociétés humaines.
M. Espinas, qui ne peut-être rangé parmi les naturalistes, mais dont l'observation n'est pas moins pénétrante et moins sûre, montre que, loin que la lutte pour l'existence, l'écrasement de l'individu, soit la caractéristique de la vie, dans les limites d'un même corps et d'une même société, c'est le concours des
l:]0 LÉV0.LUTION ET LA FORMATION.
individus qui la composent, qui en est la première condition et le caractère dominant.
L'idée d'une société est celle d tm concours permanent que se prêtent, pour une môme action, des êtres vivants séparés. Elle se vérifie dans toute la série animale, qui se compose surtout de types sociaux, à commencer par rindividu lui-même. Si on excepte les êtres vivants les plus infîmes, tous les animaux sont à des degrés divers, des sociétés ou des éléments de sociétés. Aucun fait biologique n'est mieux démontré que la composition de l'individu. Tout individu est un agrégat, un groupement de cellules ou d'autres éléments organiques vivants, et constitue déjà par là un genre particulier de société. C'est un corps organisé, c'est-à-dire fait de parties, dont chacune concourt, par un genre particulier, d'action, à la conservation du tout. Il en est de même de tous les corps sociaux.
Le concours qui les caractérise se réalise chez tous, sous l'impulsion de forces diverses, à mesure qu'on s'élôve^ du commencement de la vie vers ses degrés supérieurs. Accompli d'abord sous l'influenee de forces physico-chimiques, ou purement physiologiques, il s'opère ensuite, non moins réel, mais plus mobile et plus libre, sous l'action de forces proprement
psychologiques résultant de penchants et d'attraits de plus en plus prononcés*.
Des idées toutes semblables sont exposées par un naturaliste anglais, M. Geddes, dans une discussion plus technique, oîi il expose {'état actuel de la controverse qui s'est élevée récemment sur le darwinisme et sa théorie exclusive du progrès animal par la lutte pour Fexistence et la sélection naturelle.
Le progrès morphologique le plus considérable, dans le développement de la vie animale, a été dû directement à la coopération, non à la lutte.
L'accroissement de l'activité reproductrice qui crée le mammifère et marque les étapes essentielles des progrès ultérieurs, l'augmentation des soins des parents, la fréquente apparition de la sociabilité qui, même dans les formes les plus grossières, assure d'une façon si certaine le succès des espèces qui y sont parvenues, tous ces phénomènes de la survivance du plus apte, par le sacrifice et la coopération, exigent une bien plus grande place qu'ails n'en pourraient obtenir dans l'hypothèse du progrès essentiel des espèces par la lutte intestine des individus pour la subsistance.
Chacun des plus grands pas du progrès est