Espinas, op. cit., p
en réalité associé, dans le monde animal, à un accroissement de subprdination de la concurrence individuelle à des fins reproductrices et sociales, et de la concurrence interspécifique à l'association coopérative.
Le progrès correspondant dans l'histoire et les sociétés humaines, depuis le sexe et la famille, jusqu'à la tribu ou la ville, la nation et la race, devient de plus en plus apparent. La concurrence et la survivance du plus apte ne sont jamais complètement éliminés, et reparaissent, à chaque nouveau niveau, pour y produire la prédominance du type supérieur, le plus complet et le mieux associé. Mais ce service ne nous oblige pas à considérer ces actions comme le mécanisme essentiel du progrès, à l'exclusion pratique des autres facteurs desquels dépend la victoire, comme l'économiste et le biologiste se sont souvent induits réciproquement à le faire. Car nous voyons qu'il est possible d'interpréter l'idéal du progrès moral par la sociabilité, non comme une utopie, mais comme l'expression la plus élevée du procès évolutif du monde naturel. L'idéal évolutif est, à la vérité unEden ; mais bien que la concurrence ne puisse jamais être entièrement éliminée, et que le progrès doive ainsi toujours» approcher de son idéal
sans jamais l'atteindre, c'est déjà beaucoup, pour notre histoire naturelle, de reconnaître que la loi finale de la création est, non la lutte, mais la coopération».
Ce sont ces mêmes questions de sociologie et de biologie, de philosophie générale et d'histoire naturelle comparées, que M. Edmond Perrier, qui est d'ailleurs un des partisans les plus convaincus du transformisme, examine dans un de ses plus importants ouvrages.
Dans son livre sur les Colonies animales, après avoir am[dement exposé, dans une discussion approfondie, les conditions et les causes de la formation des organismes, l'auteur rapproche cette formation de celle des sociétés humaines, et émet des vues qui ne diffèrent guère, pour le fond, de celles de MM. Geddes et Espinas. L'auteur reconnaît pleinement l'existence et les etfets de la concurrence vitale, dans le monde animal, et de la sélection naturelle qui en résulte; et il leur fait une large part. Mais il montre, en même temps, que le succès dans cette lutte, qui peut paraître un moment l'elTroyable justification de la bataille des appétits et du triomphe de la force, a été en réalité le privilège d'associa-
1. p. Geddes et A. Thomson, L'Évolulion du sexe. Paris, 1893, p. 423 et s.
lions dont nos sociétés humaines ne représentent que le dernier terme, dans lesquelles, à des liens matériels et exclusivement physiologiques et inconscients, sont venus s'ajouter des liens intellectuels dont nous avons chaque jour une plus nette conscience. Les sciences naUirelles ne nous enseignent pas seulement la lutte pour l'existence; elles nous font voir le succès dans cette lutte, le progrès^ dans la puissance de l'association, qui est la loi même, la condition inéluctable de la durée et du progrès de tous les êtres vivants'.