‹ L'évolution du droit et la conscience socialeChapitre 26 sur 31 · LE PROGRES · texte numérisé non relu

LE PROGRES

Si on considère l'ensemble de l'évotutio^ii de a vie sociale, à laquelle révolution dw droit est intimement liée, on doit reconnaître qu'an des indices les plus généraux du progrès humain dans les temps modernes, a consisté dans le plus large et libre développement de la vie individuelle et collective qui est résulté, à la fois, de sa croissante hétérogénéité, et de la substitution des formes de la liberté à celles de la contrainte, dans l'exercice des activités individuelles et la coopération sociale.

L'^histoire de la civilisation est l'histoire de l'affranchissement de l'individu des servitudes du passé, et du passage graduel de la coopération imposée par la voie de l'autorité ou par la force, à la coopération volontaire, accompagné d'un état croissant d'hétérogénéité dans la vie individuelle et sociale.

Cette coopération, qui est le phénomène le plus saillant de l'évolution économique et politique, revêt des formes différentes, et passe par des phases diverses selon les temps.

Les formes diverses qu'elle prend correspondent aux modes multiples de l'exercice des activités individuelles, isolées, combinées, ou associées. Tous ces modes de l'action s'exercent simultanément dans des proportions variables, aux divers stades de l'évolution. Ils ont une valeur et une efficacité plus ou moins grandes, selon les buts à réaliser; mais ils sont tous également nécessaires, et ne peuvent être suppléés les uns par les autres, parce que chacun d'eux est et demeure le mieux approprié à l'accomplissemeut de certaines tâches sociales.

L'exercice des activités individuelles concurrentes, auquel la lutte, telle que nous l'avons définie, est inévitablement liée à des degrés divers, est souvent, aussi bien que l'association et le travail combiné, une des formes de la coopération sociale, quoique avec des caractères différents.

Les activités individuelles qni s'exercent librement dans des fins d'intérêt privé, ne soutiennent pas seulement entre elles une lutte qui ne peut être évitée; elles engendrent en môme temps, par leur exercice même, une production et un échange incessant de richesses ou de services de toute nature, et constituent ainsi, dans leur ensemble et leurs résultats, par rapport à la société tout entière,

une sorte de coopération qui, pour n'être pas concertée, n'en est pas moins réelle que la coopération directe résultant de la poursuite de buts communs, 'dans des fins d'intérêt public. Cette coopération indirecte et spontanée joue un grand rôle dans les sociétés organiséees, et son action, loin de s'affaiblir, s'étend, et s'accroit avec le développement de la civilisation, en même temps que les formes de la coopération résultant de l'association, ou du travail combiné. Elle se manifeste principalement, avec son double caractère de la concurrence privée entre les individus, et du concours, simultané quoique non délibéré, à des fins d'intérêt public, dans le domaine de l'activité industrielle et commerciale. Les travailleurs concurrents poursuivenichacun directemenl, dans la lutte, leurs avantages propres; mais ils coopèrent, en même temjs indirectement, au bien de la communauté, en procurant le plus grand développement du comm'erce et de l'industrie.

L'erreur de l'ancienne économie politique a été d'exagérer, dans ce double phénomène, les effets et les bienfaits delà lutte, et de ne pas considérer assez la part finale de coopération sociale qui doit en résullcr, ou plutôt, c'est de voir la plus parfaite coopération, dans le laisser

faire absolu, dans la lutte, sans règle et sans frein, et de faire sortir, de ce conflit anarchique des intérêts privés, toute l'organisation du travail, par une sorte 'd'harmonie préétablie, que le législateur doit se garder de troubler par aucune intervention.

La lutte qui procure une coopération vraie n'est pas la lutte brutale pour l'existence, qui arme les forts contre les faibles et supprime impitoyablement les seconds au profit des premiers. C'est la lutte pacifique, qui entretient l'émulation nécessaire à l'homme dans l'accomplissement de ses œuvres; c'est la concurrence loyale, instituée dans les conditions d'égalité les plus grandes possibles, et contenue dans de justes limites, par la coutume et par la loi.

Une autre erreur de cette école, qui a la même source, et procède de la même et excessive défiance de l'action régulatrice de la loi, est de ne pas apprécier, à sa juste valeur, le rôle de la coopération directe, légalement instituée pour des fins d'intérêt public, de ne la reconnaître que dans les institutions politiques, et de l'exclure entièrement, pour la réalisation des autres buts communs que le libre exercice des initiatives individuelles ne suffi! pas à remplir.

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La coopération sociale, soit qu'elle se réalise par l'exercice des activite's individuelles, concurrentes, combine'es, ou associées, passe par diverses phases.

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