‹ L'évolution du droit et la conscience socialeChapitre 27 sur 31 · ET COOPÉRATION HÉTÉROGÈNE · texte numérisé non relu

ET COOPÉRATION HÉTÉROGÈNE

La coopération est simple et élémentaire, dans les sociétés primitives. Elle est à peu près la même chez tous les membres de la communauté. Chaque individu construit sa demeure, fait ses vêtements, fabrique ses armes, se procure ses moyens d'existence, pourvoit seul, en un mot, à la plupart de ses besoins. L'association n'a guère alors d'utilité et ne se manifeste, par une action commune, que pour les besoins de la défense contre un milieu naturel hostile, ou contre les ennemis de l'extérieur. Les liens de l'association sont, sous les autres rapports^ lâches et peu résistants. Chacun vaque de son côté, aux mêmes occupations, aux mêmes travaux, sans rien demander ni devoir à autrui.

La pensée est commune, comme l'action.

Tous les membres de la communaiilé partagent les mêmes sentiments et les mômes idées, mêlées le plus souvent de croyances superstitieuses, mais fortement imprimées dans tous les esprits. C'est l'époque où la conscience collective a le plus d'universalité et d'homogénéité, et 011 les mêmes manières de penser et de sentir se font reconnaître chez tous.

Mais cette parfaite homogénéité de la pensée et de l'action cesse bientôt.

L'accroissement de la masse sociale, le contact avec les communauté voisines, le progrès intellectuel, si rudimentaire qu'il soit, l'industrie et le commerce naissant, les inventions nouvelles, et en un mot, toutes les causes internes ou externes qui agissent, avec plus ou moins d'intensité, au sein delà communauté, amènent une dilTérenciation croissante entre les individus. Cette différenciation est double, politique et économique, dans les fonctions et le travail.

La difTérenciation politique se manifeste habituellement, à l'origine, par la désignation de chefs, investis d'abord de pouvoirs temporaire s, qui se consolident généralement par la suite, en pouvoirs héréditaires, pour la défense ou l'attaque, pour organiser la- résistance à

une invasion, pour conduire une expédition à l'intérieur.

Cette différenciation, qui donne naissance aux dominations despotiques les plus absolues, se développe et se complète le plus souvent, par la création d'une aristocratie de gouvernants, sous la suprématie du chef, et par la séparation des fonctions et le partage des avantages qui en découlent entre ces gouvernants, plus ou moins hiérarchisés et subordonnés les uns aux autres.

En ce qui concerne le travail proprement dit, une première division naturelle se fait, dans les sociétés les plus primitives, et avant même la constitution de la famille, par la différence des sexes, entre les hommes et les femmes, et ensuite entre les membres de la famille elle-même

Une autre division, plus profonde, se produit, par le fait si général de l'établissement de l'esclavage, et du régime des castes, ou des classes diverses delà population.

Cette division nouvelle est liée à l'organisation politique, et diversifiée avec elle. Mais, quelle que soit l'organisation, le développement de la civilisation opère toujours une différenciation plus marquée dans le travail des unités sociales. L'individu qui, à l'origine.

créait lui-même tout ce qui était indispensable à la satisfaction de ses besoins, n'en produit plus qu'une partie de plus en plus restreinte, soit seul, soit collectivement et dans son groupe, si le travail est réparti entre des classes ou des corps de métier distincts. Il se repose sur autrui pour la production des autres objets nécessaires à la vie, et se procure tout ce qui lui est utile, en échangeant le superflu de son industrie avec les produits de l'industrie des autres. Ces échanges réciproques établissent une coopération plus active, une plus grande solidarité entre tous les membres de la communauté, et rendent les liens de l'association plus consistants et plus forts.

Cette sorte de coopération constitue une première étape de la division du travail : c'est celle de la séparation des professions et des métiers.

Une seconde étape est celle qui résulte, dans la production industrielle, delà décomposition technique des travaux d'une même profession ou d'un même métier, en une série de tâches parcellaires.

Quoiqu'elle n'apparaisse que la seconde dans l'ordre des temps, c'est cette nouvelle face de la division du travail qui a appelé, la première, l'attention des économistes sur ce phénomène

général, et qui |a reçu le plus grand développement et produit les effets les plus féconds dans le monde moderne.

Cette coopération différenciée, prise dans t l'une et l'autre de ses branches, n'amène pas W seulement une plus grande production; eile procure, en même temps, de la manière la plus efficace, le perfectionnement des produits sociaux. Chaque travailleur, mieux préparé et plus habile dans tout ce qu'il fait, crée plus rapidement, et en plus grande quantité, des produits d'une qualité supérieure. La variété et la coordination des efforts faits dans toutes les directions de l'activité sociale, donnent naissance à une foule de produits de nature à satisfaire, non })lus seulement aux besoins indispensables à l'existence, mais encore à tous ceux que fait naître une vie plus intense et plus riche. L'accumulation des richesses, qui résulte de cette plus grande pro- ■ duction, suscite, en même temps, le plus large H développement des œuvres de l'intelligence, B en délivrant des soucis de la vie matérielle les ■^ esprits élevés capables de les produire. Hk Cette différenciation des fonctions et du tra- ^mravail est toujours allée grandissant avec le ^Jfprogrès de la civilisation, et c'est ainsi qu'elle a amené la coopération sociale à ce degré ex-

trôme d'hétérogénéité où nous la voyons aujoui'd'liui, dans toutes les branches de l'activité humaine. Elle s'opère plus ou moins rapidement, et sous des modes très variables, selon l'organisation politique et économique de chaque société, mais elle est un phénomène constant et universel. C'est l'un des signes caractéristiques de l'évolution, sous tous les régimes, et dans tous les temps. Elle s'accomplit, parle passage progressif d'une coopération homogène ou quasi homogène, à une coopération hétérogène croissante.

Mais l'hétérogénéité de la coopération n'est pas le seul indice du progi'ès. Elle accuse surtout le côté matériel de la création et du développement des richesses. La coopération n'a pas encore, de ce seul point de vue et en ellemême, un caractère moral. C'est la part de conscience, de volonté, et de liberté qui y entre, qui lui donne ce caractère.

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