Jhering. Der Zweck. t. 1, p
terne à laquelle en définitive, il les ramène toutes, et d'où il fait sortir l'évolution de la vie sociale tout entière. Il semble que les traits de la doctrine d'Jhering n'aient pas toujours été bien arrêtés dans son esprit, et on pourrait signaler, dans l'élaboration qu'il en fait au cours de son œuvre, d'assez nombreuses variations, La pensée de l'auteur a manifestement évolué et s'est modifiée et transformée, depuis son Esprit du droit romain jusqu'à son dernier ouvrage. Cette marche progressive de sa pensée se fait déjà remarquer dans les deux volumes du But, publiés à six ans de distance l'un de l'autre, et ensuite et d'une manière plus marquée, dans les écrits qui ont suivi. Tandis qu'il distingue nettement, dans son premier volume, entre les conditions matérielles et les conditions idéales de la vie, et qu'il paraît reconnaître, dans la nature humaine, la dualité des instincts égoïstes et de mobiles moraux et désintéressés, ilinsiste surtout, dansle second volume, sur les forces égoïstes d'où il fait sortir toutes lesautres, et dansses écrits ultérieurs, sur l'action souveraine, dans l'évolution, des conditions matérielles de la vie, et la causalité externe, à laquelle il ramène, en dernière analyse, tous les éléments de la vie sociale.
M, Neukamp, dans son Introduction à l'his-
toire de révolution du droit, croit voir, sous ce rapport, une contradiction dans le dernier ouvrage de d'JJiering sur l'évolution du droit romain. Il remarque que, dans des passages différents de cet écrit, l'auteur paraît, tantôt admettre une double causalité, interne et externe, tantôt exclure cette dualité pour s'en tenir à la seule causalité externe. Dans un premier passage, Jhering reconnaît deux sortes de causes efficientes de la formation du droit : 1° des impulsions internes, le caractère du peuple, sa manière de sentir et de penser, son degré de culture dans un temps donné; 2" des impulsions externes qui résident dans les conditions économiques, politiques et sociales de ce même peuple dans le môme temps. Dans d'autres passages, au contraire, il assigne pour but à la science, de remplacer partout le point de vue de la spontanéité interne par la causalité externe, et pour but spécial à son livre, de détruire la théorie régnante, dans l'histoire du droit, d'après laquelle l'évolution se ferait du dedans au dehors, pour lui substituer l'idée contraire de l'influence exercée par le monde extérieur sur le droit.
Cette contradiction n'estqu'apparente. Jhering