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Avortement simulé

Les cas d’avortement simulé sont excessivement rares ; je puis vous en citer trois exemples.

Tardieu rapporte le cas suivant (2) :

« Une sage-femme de la ville voulant, par le plus odieux calcul, se débarrasser de la concurrence d’une nouvelle venue, imagina de la dénoncer comme coupable d’avortement sur la personne d'une ancienne servante, qui ne crai. gnit pas de s’associer à cette infâme machination, dans laquelle un long service chez un médecin la mettait, plus qu’une autre, en état de jouer son rôle.

« Voici la fable imaginée sans doute en commun et

(1) Voy. pièce n° 7, p. 258.

(2) Tardieu, Étude médico-légale sur l'avortement} 1898, p. 109.

AVORTEMENT SIMULÉ

racontée, avec une rare impudence et non sans une réelle habileté, par la femme qui se serait soumise aux manœuvres abortives. Elle avait vu ses règles manquer trois fois, et à la quatrième époque, paraître moins abondantes que de coutume. Ne sachant si elle est enceinte, elle va consulter la sage-femme (qu’elle accuse aujourd’hui), à qui elle ne dit! pas qu’elle a vu deux jours auparavant, et qui, sans lui de-r mander où elle en est de ses époques menstruelles, la touche, lui dit qu’elle ne sait pas si c’est un amas de sang,, et, séance tenante, la femme étant debout, lui introduit une sonde. Elle dit n’avoir rien senti : il ne coule rien. Ceci se passait le 6 septembre, à neuf heures du soir. Le lendemain, à sept heures du soir, de l’eau s’écoule, des douleurs et des coliques surviennent pendant la nuit. Une voisine dépose qu’elle l'a vue se tordre et grincer des dents. Le surlendemain, elle se lève, mais elle est reprise de douleurs et rend du sang pur, liquide, puis un peu plus tard un caillot, qu’elle dit gros comme deux doigts et recouvert d’une peau blanche. Elle s’écrie : « La malheureuse m’aura blessée ! >> et fait alors appeler pour la secourir une autre sage-femme, sa complice, celle dont elle veut servir la passion intéressée. Celle-ci, de son côté, déclare qu’à ce moment elle la trouva se tordant, se cramponnant, ayant des poussements comme une femme qui va accoucher. Elle la touche et prétend aussi trouver dans le vagin un petit caillot de sang et une dilatation de l’orifîce utérin de 60 millimètres. Le lendemain, examinant le vase de nuit, la sage-femme dit y avoir vu, nageant au milieu du sang, un morceau de placenta long comme la paume de la main. Le même jour, elle recueille encore un lambeau de chair qu’elle porte le soir à M. Saint- Yves, qui croit bien avoir reconnu un fragment de rate de mouton. Cependant, continuant leur triste jeu, quatre jours après la prétendue opération, les deux coupables simulent des accidents plus sérieux que la sage-femme décrit en ces termes : « Comme il y avait toujours des poussements, des << maux de reins et une légère évacuation sanguine, je jugeai

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« à propos de faire des tamponnements, » et plus tard, les maux de reins et les poussements continuant, elle crut devoir aider la nature en administrant 2 grammes d’ergot de seigle.

« Cependant, le Dr Saint-Yves, à la sollicitation de la sage-femme qui espérait l’entraîner dans un piège et appuyer de cette autorité son accusation mensongère, était allé vers le cinquième ou sixième jour visiter la femme accouchée. Il ne fut pas peu surpris de la trouver sans fièvre, sans altération des traits du visage. Le ventre était volumineux, mais ne présentait pas la plus petite trace d’une éraflure récente. La sensibilité prétendue de la fosse iliaque n’empêchait pas d’exercer sur ce point une forte pression, surtout quand l’attention de la femme était distraite. 11 n’y avait ni vomissements, ni nausées, ni hoquets. Les mamelles flétries n’étaient le siège d’aucune sécrétion. Les parties sexuelles ne laissaient écouler ni lochies, ni sang ; le col de la matrice avait la position et la forme normales : *1 n’était pas chaud, ni gonflé, ni ramolli, mais seulement un peu entr’ouvert.

« Dès ce moment, la conviction de M. Saint-Yves était formée ; l’examen auquel je soumis moi-mème la femme quelques jours plus tard donna des résultats exactement semblables. Je trouvai le ventre gros, mais blanc et lisse ; la matrice remarquablement petite, le col mou, mais normal; les seins sans trace de gonflement ni de sécrétion. Je dois dire que cette malheureuse, qui commençait à se sentir embarrassée de son personnage, feignit d’avoir éprouvé une sorte de trouble des facultés intellectuelles et cherchait à éluder les questions, en alléguant une perte de la mémoire qui n’était nullement admissible, en présence des déclarations minutieuses qu’elle nous faisait sur d’autres points.

« Nous n’avons pas eu de peine à démontrer quel tissu de faussetés, quelles impossibilités de toutes sortes se cachaient sous le récit en apparence assez habilement conçu des deux coupables ; et les magistrats distingués qui dirigent le par-

AVORTEMENT SIMULÉ

quet et l’instruction au tribunal de Melun étaient aussi convaincus que nous, lorsque, peu de jours après notre visite, à la suite d’un nouvel interrogatoire où elle avait persisté dans sa version mensongère, la femme qui se disait victime de l’avortement finit par se décider à dire toute la vérité. Elle avoua alors qu’elle n’avait jamais été chez la sagefemme accusée et que le fait de cette visite et de l’opération était une fable inventée par elle, d’accord avec l’autre sage-femme, qui voulait nuire à sa rivale par jalousie de métier. Interrogée sur les détails de cette comédie odieuse, elle dit que sa complice avait attendu le moment où ses règles revenaient avec quelques coliques, pour lui faire simuler la fausse couche, que le sang qu’elle avait montré mélangé à l’urine était le sang de ses règles, rendu comme à l’ordinaire ; qu’elle s’était laissée réellement tamponner pour jouer mieux encore la fausse couche, et qu’enfin les lambeaux de chair présentés au Dp Saint-Yves avaient été apportés par la sage-femme. »

Taylor (1) rapporte le fait suivant : Une jeune femme, reçue à Guv’s Hospital en avril 1846, accusait un policeman qui, suivant sa déclaration, l’aurait obligée d’avoir des rapports avec lui, de lui avoir donné des substances pour provoquer l’avortement et, n’ayant pas réussi par ce moyen, il aurait accompli ce crime à l’aide de manœuvres directes.

L’examen médico-légal fut confié au Dr Lever, qui ne le pratiqua que deux mois et demi après l’accomplissement du prétendu crime. L’expert ne constata rien d’anormal et conclut qu’il n’y avait pas de raison de croire qu’elle eût jamais été enceinte. L’enquête qui fut ouverte à la suite des conclusions du rapport de l’expert permit de montrer la fausseté des faits allégués.

Enfin, Legrand de Saulle (2) rapporte le cas suivant, qui

(1) Taylor, Traité de médecine légale , traduction Coutagne, 1881.

(2) Legrand du Saulle, Traité de médecine légale , 2e édition, 1886, p. 263. — Lutaud, Manuel de médecine légale 1893, p. 110.

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lui fut signalé par le Dr Delanglard, qui était juré au moment où l’affaire vint devant les assises :

« 11 y a quinze ans, un individu, prévenu d'avoir déterminé un avortement sur la personne de sa maîtresse, vint s’asseoir sur le banc des accusés.

« Les témoins à charge étaient d’abord la prétendue victime des manœuvres abortives, puis deux hommes, voisins et amis de cette femme, qui avaient vu se produire la fausse couche et s’étaient empressés de porter la malade à l’hôpital de la Charité, où elle avait été admise dans le service du Dr Alph. Guérard, alors professeur agrégé en exercice.

« Le prévenu opposait au fait reproché les dénégations les plus formelles.

« Les trois témoins donnèrent des détails très circonstanciés sur toutes les phases de l’avortement : douleurs lombaires et utérines, convulsions, cris, reproches adressés au coupable par la victime ; en un mot, rien ne paraissait y manquer. C’est alors que les deux hommes, redoutant une fin prochaine pour la victime, l’avaient portée à la Charité.

« Delanglard, qui était juré dans cette affaire, pria le Président de s’enquérir minutieusement des moyens abortifs qui avaient été mis en œuvre. Les témoins, questionnés dans ce sens, répondirent que la femme avait pris du mercure. Le simple énoncé de cette substance si redoutée des gens du monde impressionna péniblement l’auditoire : magistrats, jurés et public.

« Delanglard fit alors parvenir cette seconde question au Président : « Quelle avait été la préparation mercu- « rielle employée? » — « Du mercure pur, fut-il répondu, ou vif-argent, du mercure à baromètre. »

« Une note que Delanglard fit déposer à ce moment sur le bureau du Président avertit ce magistrat du caractère inoffensif du mercure métallique, administré dans le but de provoquer l’avortement.

« En vertu de son pouvoir discrétionnaire, le Président manda le Dr Alph. Guérard et lui demanda s’il avait conservé

AVORTEMENT SIMULÉ

quelque souvenir du séjour de la malade dans les salles de son service. Ce praticien consulta les cahiers des prescriptions et ne trouva rien qui pût faire supposer une fausse couche ou une perte utérine. Le séjour à l’hôpital avait été très court et la médication très simple.

« Le Président demanda alors à Alpli. Guérard si le mercure à l’état métallique peut produire l’avortement.

« La réponse négative vint confirmer l’opinion qu’avait émise Delanglard, et le procès changea de face immédiatement.

« Le prévenu acquitté, les trois témoins furent arrêtés et la femme fit des aveux complets, accusant ses deux complices de l’avoir poussée à cet acte odieux de mensonge et à cette lâche accusation pour assouvir sa vengeance. »

Messieurs, je vous ai dit que les enquêtes dans les affaires d’avortement avaient un caractère spécial, que les incertitudes des résultats de l’expertise médico-légale, les explications fournies par les inculpés appartenant souvent à la corporation médicale, obligeaient le juge à poser à l’expert une série de questions.

J’ai pensé qu’il ne serait peut-être pas sans utilité de reproduire, à titre d’exemples, quelques-unes de ces questions. Vous pourrez ainsi vous rendre compte des difficultés en présence desquelles vous vous trouverez.

L’ingestion de la Sabine, de la rue, de l’if, de l’apiol, etc., peutelle déterminer l’avortement d’une femme enceinte?

A quelle dose faudrait-il l’employer pour obtenir ce résultat?

Dans le cas de l’affirmative, quel est le mode d’action de cette substance?

Sans procurer l’avortement comme conséquence directe, l’ingestion de la sabine, de la rue, etc., n’aurait-elle pas pour effet de déterminer un état pathologique chez la femme enceinte, état qui, en réagissant sur le fœtus, empêcherait son développement, finirait par causer sa mort dans le sein de la mère et amènerait son expulsion dans les circonstances normales?

Peut-on expliquer par l’ingestion d’une substance abortive,

telle que la sabine, la rue, etc., les particularités de l’accouchement de la fille X... et les observations faites sur le cadavre de l’enfant?

L’apiol constitue-t-il une substance dont la vente soit libre?

Les instruments saisis sont-ils simplement ceux dont fait usage une sage-femme dans la pratique régulière de sa profession?

En est-il parmi eux qui permettraient de tenter une opération telle qu’un avortement?

L’expert prendra communication des pièces de la procédure, en vue de rechercher si les indications fournies par les témoins, mises en regard des observations que l’autopsie lui a permis de faire, ne jettent pas un jour sur les pratiques abortives qui ont entraîné la mort de Mme Z....

Parmi les substances saisies chez l’inculpée, en est-il qui impliquent l’idée que la dame Y... faisait de la médecine, au lieu de rester dans les limites de sa profession de sage-femme?

Commettons le Dr X... à l’effet d’examiner la seringue saisie chez la femme Y... et que celle-ci reconnaît comme étant celle dont elle a fait usage pour donner une injection à la fille Z... etde fournir des explications sur les points suivants :

Cette seringue a-t-elle pu être employée utilement par la femme Y... pour déterminer l’avortement de la fille Z...?

Était-il possible d’ajouter à la partie extrême de cet instrument une canule en caoutchouc?

En admettant à ce sujet les explications de la femme Y..., qui prétend avoir adapté à la seringue une canule à bout légèrement recourbé, arrondi en forme d’olive, et percé de trous, quel aurait été l’emploi de cette canule, son efficacité et les résultats que son usage aurait pu amener?

La première injection ayant été administrée à la fille Z... le 31 janvier, dans l’après-midi, et la seconde le lendemain, la fausse couche, en survenant dans la nuit du 1er au 2 février, s’estelle produite dans les délais et conditions habituellement provoqués par les injections?

Ce mode d’opérer les avortements avec les injections d’eau froide n’est-il pas un des moyens les plus efficaces et le plus fréquemment employés ?

Des compressions extrêmement énergiques et soutenues sans interruption nuit et jour pendant trois, quatre ou cinq mois, dans les conditions mentionnées dans la procédure et ci-dessus indiquées, à l’aide d’une ceinture ou d’un mouchoir noué sur l’abdomen, constituent-elles des moyens mécaniques de nature à amener un avortement ?

L’organisation anormale et les désordres maladifs observés chez l’enfant ont-ils été le résultat d’une longue pression?

Telles manœuvres, telles violences, peuvent-elles provoquer l’avortement?

Examiner la fille Z..., recevoir ses explications et entendre également celles du Dr X...

Dire :

Si la fille Z... porte, notamment au col de l’utérus, des traces de violences; indiquer les causes probables de ces violences, qui pourraient peut-être résulter de l’introduction, dans le col de l’utérus, de tampons ou éponges comprimées et séchées.

Si le traitement que le Dr X... dit avoir ordonné pouvait procurer l’avortement, si les injections avec la poire en caoutchouc et l’application de tampons, même en ouate, n’étaient pas une médication très imprudente.

Si, étant données les explications fournies par la fille Z..., il y a lieu de penser que l’avortement a été procuré par le Dr X,...

Le cas échéant, expliquer, en tenant compte des dires de la fille Z..., comment la fausse couche a pu se produire.

Enfin comment il peut se faire qu’une fille de la campagne donne une description très exacte du tampon d’éponge comprimée cl d’une sonde à double entonnoir.

La péritonite aiguë à laquelle a succombé la femme Z... a-t-elle pu être provoquée par des manœuvres abortives pratiquées sur sa personne?

Plusieurs instruments, à l’usage des sages-femmes, ont été trouvés au domicile de la femme Y... : a-t-on pu utilement se servir de l’un d’eux pour pratiquer l’avortement de la femme Z...? Combien de temps faut-il pour opérer un avortement?

La femme Z... étant bien portante le dimanche, 13 novembre, à deux heures, en admettant qu’elle ait été soumise à des pratiques abortives, de deux heures et demie à trois heures, peut-on attribuer à ces pratiques les vomissements et les douleurs, dont elle a commencé à être atteinte vers quatre heures.

L’expulsion du fœtus survenue le dimanche 13 à oïize heures et demie de la nuit, se trouve-t-elle, au point de vue médical, en rapport avec l’époque de la pratique abortive?

Les blessures constatées sur le fœtus et dont il a été atteint alors qu’il était en vie paraissent-elles dues aux manœuvres pratiquées sur la femme Z....

Ces blessures peuvent-elles avoir été faites à l’aide d’un des instruments trouvés au domicile de la femme Y...?

En admettant que la femme Z... ait reçu un choc au mois de septembre, cet accident peut-il avoir eu de l’influence sur la fausse couche survenue dans la nuit du 13 au 14 novembre?

A quelle période de son évolution la grossesse était-elle parvenue?

Quel était l’àge du fœtus?

1° Le D1' X..., dans son interrogatoire du 21 février, déclare qu’ignorant la grossesse de la fille Z. . il a introduit le doigt dans ses parties, pour rechercher la cause de la suppression de ses règles, et qu’en touchant le col de l’utérus il l’a trouvé très volumineux, ce qui lui a fourni la preuve que cette fille était enceinte. C’est pour mieux constater encore son état de grossesse qu’il a employé le spéculum.

2° Cet inculpé, en constatant la grossesse de la fille Z..., lui a

annoncé que, vu son état scrofuleux, il lui serait impossible de mettre au monde un enfant.

3° L’avortement a-t-il pu se pratiquer par l’introduction seule du spéculum dans les parties de la fille Z...?

4° En supposant que le Dr X... ait glissé une sonde dans le spéculum pour opérer le décollement du fœtus, la fille Z... devaitelle nécessairement ressentir quelques douleurs par suite de cette opération ?

Elle déclare que l’opération n’a pas duré deux minutes, qu’elle n’a rien vu à cause de la position penchée, par elle imprimée à son corps, et qu’elle n’a ressenti autre chose que l’impression d’un corps rond, froid et métallique, qu’on lui introduisait dans les parties.

5° L’avortement aurait été pratiqué par le Dr X... le 24 janvier à huit heures et demie du matin. La fille Z... s’est rendue à pied à son atelier. Là elle a été prise de violentes douleurs dans le bas-ventre. Vers dix heures, elle a senti que dë l’eau s’échappait de son sein, et en passant sur le Pont-Neuf, une heure après, elle a encore évacué de l’eau.

6o La fausse couche s’est produite dans la nuit du26 au27 janvier.

Il importe que le docteur apprécie au point de vue médical le mérite des explications fournies par le Dr X... et qu’il dise si les accidents qui se seraient produits chez la fille Z... pendant et après l’avortement concordent avec l’opération qu’elle dit avoir subie et la date qu’elle lui assigne.

Le Dr X... a-t-il procédé comme on le fait d’habitude, pour s’assurer qu’une femme est enceinte?

En supposant que le Dr X..., ainsi qu’il le déclare, n’ait exploré que le vagin de la jeune fille, en quoi cela pouvait-il l’aider à connaître à quelle période de sa grossesse elle était arrivée? -

Le Dr X... prétend avoir été amené à faire cette exploration par suite de l’inflammation des parties de la jeune fille. Pouvait-il apprécier l’intensité de cette prétendue inflammation sans la voir, et sans constater des yeux les traces qu’elle aurait pu laisser dans les organes?

Peut-on procéder, au contraire, par le contact seul, et sans

qu’il soit besoin de voir les parties, quand il s’agit de faire avorter une femme?

En quoi consistent aujourd’hui les pratiques abortives, et à quel mode a-t-on recours pour qu’il n’en reste aucune trace?

La sonde indiquée par le D? X..., comme étant celle dont il s’est servi, pouvait-elle, agitée dans certaines conditions, amener le décollement du fœtus.

La jeune Z... a déclaré à diverses reprises qu’elle s’était senti piquée, qu’on lui avait fait une piqûre, que X... lui avait donné comme un coup de lancette. L’introduction d’une sonde mousse dans un orifice fermé, comme devait l’être l’orifice interne de la matrice chez la jeune Z..., n’a-t-il pas pu faire éprouver à lapatienteunesensationanalogueà unepiqûreouà une déchirure?

La façon dont X... a procédé, d’après les dires de la jeune Z..., ne devait-elle pas amener l’avortement de celte jeune fille?

L’exploration ayant eu lieu le 44 août dans l’après-midi, des gouttes de sang ayant paru aussitôt et la fausse couche s’étant produite le lendemain, l’apparition du sang et l’avortement ne sont-il pas la conséquence immédiate des pratiques opérées?

Quels sont les troubles survenus dans la santé de Mlle Z... qui justifiaient un curettage?

La palpation bimanuelle pratiquée comme l’a fait le Dp X... permet-elle de reconnaître la grossesse, en règle générale et dans le cas particulier?

Le DrX... pouvait-il, danslecas donné, méconnaître la grossesse?

P. Brouardel. — L’Avortement.

ANNEXES

1. — Les avortements en Angleterre- — Le cas du D> John Lloyd Whitmarsh (1).

En juillet 1898, la Cour d’assises de Londres venait à peine de juger et de condamner à sept années de servitude pénale le Dr Collins, pour « opération illégale » suivie de mort, pratiquée sur la femme de l’agent de change Uzielli, lorsque seize médecins du Royaume-Uni étaient arrêtés pour le même fait»

Dans le nombre, quatorze furent condamnés à des peines plus ou moins sévères.

Si le Dr John Lloyd Whitmarsh a si longtemps attendu qu'il fût statué sur son sort, c’est qu'un premier jury, réuni en septembre, avait dû se séparer sans rendre son verdict. Aucun verdict n’est valable devant une cour britannique sans l’unanimité des voix, et, dans le cas du docteur, les jurés s’étaient divisés dans la proportion de 10 contre 2.

Un nouveau jury fut constitué ; la Cour d’assises a consacré deux audiences à ce procès.

Voici les faits tels que les a exposés l’éminent avocat C.F. Gill, chargé de soutenir l’accusation au nom de la Couronne.

Le 17 juillet 1898, la demoiselle Alice Bayly, domiciliée chez ses parents à Woolwich, se présente au domicile du Dr Whitmarsh, à South-Kensington, à l’autre extrémité de la métropole.

Elle en sort au bout d’une demi-heure, faible au point qu’il lui faut monter dans une voiture pour gagner la gare voisine, où elle prend le train de Woolwich.

Le lendemain, elle va à son atelier de modes, mais elle n’y peut rester. Elle rentre, se met au lit et avoue à sa mère qu’elle s’est prêtée la veille à une « opération illégale », dans le but de faire* disparaître les traces de son inconduite.

(J)z Progrès médical, 26 nov. 1898, p. 430.

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