CIRCONSTANCES DE L’EXPERTISE
médecin n’avait même pas cherché les signes stéthoscopiques de la grossesse et s’en était seulement rapporté, pour éliminer l’idée de grossesse, aux dénégations assurément suspectes de la fille et de sa mère.
Après examen de l’inculpée, je ne pus que me ranger à l’avis du Dr Mouchet, et je rédigeai des conclusions dans ce sens (1).
Messieurs, j’ai été commis avec Tarnier dans une affaire très délicate et où l’interprétation des faits, fort difficile, a été favorable au médecin inculpé.
Une fille B..., âgée de dix-huit ans, était morte dans une maison de santé, et, peu avant sa mort, avait formulé contre le Dr G... et contre son amant une inculpation d’avortement : maîtresse d’un nommé D..., elle se serait deux mois plus tard aperçu qu’elle était enceinte ; son amant l’aurait alors conduite chez le D1' C..., qui aurait, séance tenante, pratiqué sur elle des manœuvres criminelles, à la suite desquelles elle aurait fait une fausse couche, trentesix heures après sa visite.
A l’autopsie, nous avons trouvé des signes de pelvi-péritonite ; l’utérus avait sa surface péritonéale recouverte de fausses membranes, sa cavité contenait du muco-pus, et la muqueuse présentait, à sa partie postérieure, une surface tomenteuse, paraissant être le vestige d’une insertion placentaire.
Le foie contenait un kyste hydatique suppuré, d’une contenance d’environ 2 litres.
En présence de ces lésions, nos conclusions furent que Mlle B... avait succombé à la suppuration d’un kyste hydatique, et que, bien qu’il n’existât entre la fausse couche et la suppuration d’un kyste aucune relation de cause à effet, l’on était en droit de penser que l’état puerpéral, accompagné d'inflammation de l’utérus et de ses annexes, était suscep-
{!) Voy. pièce n° 20, p. 364.
230 CONSULTATIONS MÉDICO-LÉGALES CONCERNANT l’aVORTEMENT.
tible de créer une disposition spéciale à la suppuration.
Le médecin inculpé prétendait n’avoir cherché à constater la grossesse qu’à l’aide du toucher vaginal et que, soupçonnant une inflammation, il avait introduit dans le vagin une sonde mousse, entourée de ouate. Il ajoutait qu’il avait remarqué, en relevant les jupes de la jeune fille, que les organes génitaux répandaient une odeur nauséabonde.
Je n’insisterai pas sur la manière dont fut conduit cet examen, tout le monde étant d’avis qu’il avait été incomplet et mal fait.
La constatation de l’odeur nauséabonde amena MM. Pozzi et Bouloumié à faire une hypothèse favorable à la défense. A leurs avis, lorsque la fille B... s’était présentée chez le D1' C..., la fausse couche était commencée; les membranes étaient rompues et l’œuf commençait à se décomposer, sous l’influence de l’air et de la chaleur. L’odeur fétide pouvait vraisemblablement se rapporter au travail de décomposition de l’œuf.
En présence du doute émis, l’acquittement fut prononcé (1).