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LES AVORTEMENTS EN ANGLETERRE

Pressée de questions, elle nomme le Dr Whitmarsh, à qui la mère envoie un télégramme et qui accourt. Il est tard, le docteur a soupé, et trop bien soupé, car il est ivre. Il examine à peine la malade, affirme que « ce ne sera rien » et promet sa visite pour le lendemain.

11 revient en effet, mais le mal a fait des progrès rapides : Alice Bayly se meurt. Elle interpelle violemment M. Whitmarsh: « Misérable vieillard, que m’avez-vous donc fail ? Je crains que vous ne m’ayez tuée ! » La scène est pénible. Le docteur y met fin en se retirant et en déclarant qu’il ne reviendra plus.

On transporte Alice Bayly à l’hôpital; elle y succombe le troisième jour, non sans avoir formulé, en présence d’un officier de police, des accusations très nettes et très circonstanciées contre le docteur.

Au lendemain de sa mort, l’autopsie établit qu’elle a succombé à une opération des plus dangereuses.

Il a été donné à l’accusé de bénéficier, le premier, d’une disposition nouvelle introduite dans la procédure criminelle par une récente loi du Parlement. Précédemment, le juge ne procédait, en aucun cas, à l’interrogatoire de l’accusé. 11 constatait son identité et le livrait aux organes de l’accusation et de la défense pour ne reprendre la parole qu’avant la délibération du jury, en vue d’un résumé des débats. La nouvelle loi a introduit l’interrogatoire dans les procès d’assises de ce pays, à peu près tel qu’il existe en France. Le docteur a pu sortir du « dock » et monter dans la « witness box » pour « témoigner dans son propre cas ». Il a prêté serment et a été entendu dans toutes les explications qu’il lui a plu de fournir. Dès le premier mot, on a été fixé sur la simplicité de son système de défense: il consistait à tout nier, sauf la visite d’Alice Bayly, à la date du 17 juillet. Encore prétendait-il avoir éconduit la jeune fille. Le reste, ses deux visites à Woolwich, les reproches de la mourante, n’existent que dans l’imagination d’une mère affolée de douleur. Si Alice Bayly a succombé aux suites d’une opération illégale, il n’y est pour rien. Un autre médecin est, coupable.

Cette fois, il n’y a eu, dans le jury, ni divergence ni hésitation- Après moins d’un quart d’heure de délibération, les jurés sont rentrés en séance, avec une réponse affirmative à la question demeurtre volontaire, la seule qui leur eût été posée.

En donnant lecture du verdict, le chef du jury a appelé sur le condamné la pitié du magistrat. M. le juge Darling, qui passe cependant pour clément, pouvait abaisser d’un degré la peine : il ne l’a pas voulu. En conséquence, le Dr John Llyod Whitmarsh

ANNEXES

a été condamné à être pendu par le cou, jusqu’à ce que mort s’ensuive.

La sévérité de cette sentence ne sera blâmée par aucun de ceux qui sont au courant des mœurs anglaises. Sans doute l’occasion s’offrait bonne de frapper de terreur les professeurs de l’avortement qui pullulent à Londres, dans les bas-fonds de la bohème médicale. On a vu par le procès du Dr Collins que les femmes du meilleur monde ne craignaient pas de recourir à ces abominables pratiques, non pour sauver leur honneur menacé par une faute ou pour éviter les charges d’une maternité trop lourde, mais simplement pour ne point renoncer aux plaisirs d’une saison de bals. Le nombre effrayant des arrestations opérées depuis trois mois indique qu’il était temps de sévir.

Mais on doutait que le Dr Withmarsh fût exécuté. La dernière sentence capitale prononcée en Angleterre pour avortement suivi de mort date de 1852, et concernait le Dr Ewart Molljnson, qui fut pendu à Winchester, le 6 janvier 1853.

Le pétitionnement organisé en faveur du Dr John Lloyd Whilmarsh a réuni cent vingt signatures parmi sa clientèle habituelle et le Ministre a été en outre l’objet d’une démarche faite par le corps médical.

Sur la proposition du Secrétaire d’État pour l’Intérieur, la Reine a fait grâce de la vie au D1' John Lloyd Whitmarsh. Le docteur subira la peine des travaux forcés à perpétuité et bénéficiera dans la plus large mesure des atténuations compatibles avec le règlement pénitentiaire.

2. — Fausse accusation d’avortement portée par une femme contre son mari.

Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. E. Ferey, Juge d’inslruction près le Tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance en date du 2 janvier 1880, ainsi conçue:

« Vu la procédure criminelle suivie contre :

« lo Charles V...,

« 2« Femme Marie V...,

« Inculpés d’avortement.

« Commettons M. le Dr Brouardel à l’effet de prendre connaissance des explications des inculpés et de nous donner son avis sur le point de savoir si les manœuvres décrites par la femme V... et si l’emploi des pilules d’apiol et de térébenthine ont pu déterminer l’avortement dans les circonstances indiquées. »

fausse accusation d’avortement. 243

Serment préalablement prêté, avons pris connaissance des pièces contenues dans le dossier.

Les poinls sur lesquels notre avis médical est demandé se résument sous deux chefs :

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