‹ L'avortementChapitre 104 sur 136 · I. — Examen de la fille M · texte numérisé non relu

I. — Examen de la fille M

La jeune M... (Blanche-Marie), âgée de près de dix-huit ans, est d’une taille moyenne et paraît assez vigoureuse. Sa mère, qui l’accompagne, nous déclare que sa fille a toujours eu une excellente santé, jusqu’au moment de sa grossesse. Réglée à l’âge de quatorze ans, ses menstrues seraient venues d’une façon irrégulière pendant la première année, mais depuis l’âge de quinze ans elle aurait toujours eu ses règles régulièrement toutes les trois semaines et abondamment pendant environ quatre ou cinq jours. Dans l’intervalle des époques, elle aurait des pertes blanches. Elle aurait eu ses règles, pour la dernière fois, le 22 août 1883.

Le premier rapport sexuel daterait du 17 juillet et le dernier du 6 septembre. Elle aurait eu ses règles en juillet et le 22 août pour la dernière fois.

Le 17 juillet, l’inculpé aurait été chercher une bouteille de liqueur noirâtre, malaga ou cassis, dit la victime, et, après en avoir versé dans deux verres, elleaurait bu celui quilui était destiné. A peine avait-elle bu qu’elle se sentit anéantie, assoupie, et elle s’endormil. Elle aurait eu des engourdissements dans les bras et des lourdeurs de tète. Le sommeil aurait duré quelques minutes et n’aurait pas dépassé une demi-heure. En reprenant connaissance, -elle aurait eu des maux de cœur et des malaises dans les bras.

En octobre, l’inculpé aurait pratiqué des tentatives d’avortement et pour cela il aurait fait boire à la victime et à plusieurs reprises de l’absinthe dans du café, puis de l’absinthe pure, et ensuite elle aurait pris une demi-boîte de pilules suisses.

N’obtenant aucun résultat par ces différents procédés, l’inculpé aurait employé le suivant, vers le 10 octobre : après être monté sur une chaise, muni d’un manche à balai qu’il tenait des deux mains en forme de trapèze, il aurait soulevé la jeune M..., qui se suspendait par les bras après ce manche à balai, à une hauteur de 70 centimètres environ, puis il lui ordonnait de lâcher prise; celle-ci tombait ainsi sur les pieds. Ces manœuvres auraient eu lieu pendant une huitaine de jours et deux fois de suite par jour. Pas plus que les précédentes, elles n’aboutirent au résultat désiré.

Elle aurait ensuite mangé des gâteaux, apportés par l’inculpé, et, après en avoir ingéré deux, la jeune M... aurait eu des vomissements jaunâtres et les dents agacées.

Le 21 décembre, nous constatons que les organes génitaux sont normalement conformés. La vulve n’est actuellement le siège d’aucun écoulement muqueux ou purulent . Le canal de l’urètre est sain. On ne constate aucune trace de violences sur les ditïé-

ANNEXES

rentes parties de la vulve. La membrane hymen corolliforme est déchirée à droite et en bas. L’utérus est volumineux et en antéflexion ; il remonte presque jusqu’à l’ombilic. Le col de l’utérus est également un peu volumineux et mou dans son tiers inférieur.

Les seins sont assez durs et à la pression il sort un peu de colostrum. Les aréoles sont légèrement brunâtres.

Lors de noire seconde visite, le 20 janvier, nous trouvons la jeune M... couchée, se plaignant de douleurs très vives dans les reins et dans le ventre. Dès le 16 janvier, elle aurait eu des douleurs dans les reins et le 18 elle aurait perdu des eaux, dit-elle. €ette nuit, elle aurait eu des vomissements de bile très fréquents, ainsi que ce matin. Par le palper abdominal, on constate que l’utérus remonte jusqu’à Pombilic.

Conclusions. — lo La jeune M... (Blanche-Marie) est déflorée. €ette défloration est ancienne.

2° Cette jeune fille est enceinte et sa grossesse paraît dater de cinq ou six mois comptés à partir du jour de notre dernier examen, 20 janvier.

3° On ne constate actuellement aucune trace de violences sur les différentes parties de la vulve, ni de manœuvres directes pratiquées sur l’utérus.

II. — Réponses aux questions posées par M.le Juge d'instruction .

I. — Il résulterait de la déposition de la jeune M... que les premières relations sexuelles avec le sieur W... auraient eu lieu alors que celui-ci l’aurait endormie à l’aide d’un liquide versé dans une boisson (cassis ou malaga). La description que la jeune M... fait de ce sommeil passager ne ressemble à aucun des états que nous connaissons en médecine. Les opiacés ne provoquent pas un sommeil aussi rapide et celui-ci dure plus longtemps. Les anesthésiques ne se prennent pas en boisson : il faut les faire pénétrer par des inhalations assez prolongées.

L’ingestion du chloral pourrait déterminer un sommeil profond et rapide, mais il aurait une durée plus longue que celle qu’indique la jeune M....

II. — L’ingestion de pilules suisses, d'infusion d’absinthe, etc., est fréquemment conseillée dans le but de provoquer un avortement. Il faut des conditions exceptionnellement favorables pour que l’avortement soit la conséquence de l’administration de ces drogues.

III. — La jeune M... prétend que, dans le but de la faire avorter, W..., monté sur une chaise, la soulevait de terre accrochée à un

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