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Tentative d’avortement par absorption d’apiol

Je soussigné, Paul Brouardel, commis parM. Habert, Juge d’instruction près le Tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 18 juin 1880, ainsi conçue :

« Vu la commission rogatoire de M. le Juge d’instruction de D..., en date du 14 juin courant, dans l’information contre la fille D..., inculpée d’avortement.

« Ordonnons que M. le Dr Brouardel exécutera la présente commission. »

Serment préalablement prêté, ai pris connaissance de ladite commission ainsi conçue :

« Nous, Juge d’instruction de l’arrondissement de D....

« Vu la procédure dirigée contre la nommée D... (Marie), âgée de vingt-cinq ans, ménagère à Saint-M...-E...,

« Inculpée d’avortement.

« Attendu que dans le courant du mois de juin 1879, l’inculpée.

TENTATIVE D’AVORTEMENT PAR ABSORPTION d’aPIOL. 255

étant enceinte de cinq mois, fit une fausse couche dont on ne put déterminer les causes.

« Que le 26 mai dernier, étant enceinte de sept à huit mois, elle a fait une seconde fausse-couche, qu’elle reconnaît avoir cherché à provoquer en absorbant des capsules d’apiol;

« Qu’il importe d’avoir l’avis d’un expert compétent pour savoir si l’apiol peut provoquer l’avortement;

« Donnons commission rogatoire à M. le Juge d’instruction de Paris de charger M. Brouardel, ou tout autre expert compétent de son choix, de donner son avis sur les points suivants :

« 1° L’apioi peut-il provoquer l’avortement, surtout chez une femme qui a déjà fait une fausse couche ?

« Dans le cas de l’affirmative :

« 2° Àquelle dose faudrait-il l’employer pour obtenir ce résultat?

« 3° L’apiol constitue-t-il une substance dont la vente est libre?»

L’apiol, principe actif retiré de la graine de persil par les Dr* Joret et Homolle, a été conseillé par ces médecins et est souvent employé chez les femmes ou les jeunes filles dont les règles viennent à manquer pour une cause quelconque. Ainsi que le persil dont il provient, l’apiol a donc la réputation de provoquer le retour des règles. Mais aucun fait connu n’autorise à penser qu’il soit capable de déterminer un avortement. Il est souvent arrivé que des femmes dont la grossesse était méconnue en ont fait usage au début de leur grossesse, jamais on n’a signalé un seul accident. Il est vrai que dans ces cas la dose administrée était de 20 à 30 centigrammes.

Lorsque la dose est plus élevée, lorsqu’elle atteint 1,2, 3 grammes, l’apiol détermine une excitation cérébrale légère, quelques vertiges, des bourdonnements d’oreilles, en un mot des accidents qui rappellent ceux du sulfate de quinine, mais il n’y a, même à cette dose, aucun accident utérin, et pas de perte utérine.

Rien n’autorise donc à penser que, dans les conditions ordinaires, l’apiol puisse provoquer un avortement.il serait imprudent d’en conseiller l’usage pendant une grossesse, mais aucun fait ne démontre que l’avortement en serait la conséquence. Chez une femme particulièrement disposée aux fausses couches, Jl’apiol pourrait-il avoir une influence plus grande ? Nous l’ignorons, mais nous devons rappeler que chez les femmes prédisposées tout peut déterminer un avortement, la marche, un bain de pieds, une purgation, etc. Nous ne voyons pas de procédé qui permette de prévoir ou de constater l’existence d’une telle prédisposition.

L’apiol ne se vend qu’en capsules. Pour ingérer une dose d’apiol de 2 ou 3 grammes par jour, telle que celle qui serait

ANNEXES

nécessaire pour provoquer des vertiges et des malaises, il faudrait prendre douze à quinze capsules. Pour arriver à une dose qui puisse être nuisible, il faudrait en prendre au moins vingt, et rien ne prouve qu’une action congestfve se manifesterait sur l’appareil utérin.

L’apiol n’est pas encore inscrit au Codex, mais la substance dont on l’extrait y est portée. C’est donc un médicament. Il n’est employé à aucun autre usage alimentaire ou industriel. Ilne peutdonc être vendu que parles pharmaciens et sur ordonnance d’un médecin.

Réponses aux questions posées. — 1° Il n’estpas prouvé que l’apiol, même pris à dose excessive, puisse provoquer un avortement.

2° L’apiol ne peut être vendu que par un pharmacien sur ordonnance du médecin.

6. — Avortement très probablement provoqué. — Septicémie suraiguë. — Mort après six ou huit heures de maladie. — Décomposition très rapide du cadavre.

Monsieur le Professeur,

Encouragé par l’accueil bienveillant que vous avez fait il y a quelques mois à une demande que je vous ai adressée, je viens vous soumettre un nouveau fait de médecine légale qui soulève plusieurs questions dont je n’ai pas su trouver la solution.

Voici les faits :

Le lundi 6 août, une femme, lavant son linge au milieu de nombreuses commères, apprend que sa fille est enceinte. Rentrée chez elle, elle instruit son mari et des scènes violentes se passent ; la jeune fille est même frappée violemment.

Le vendredi 10 août, on l’aperçoit dans la rue, portant de l’eau.

A ce moment, elle se plaint de violentes coliques et un médecin est appelé. Celui-ci constate des contractions utérines, un écoulement d’un liquide clair par la vulve, diagnostique un avortement et se retire après avoir prescrit un traitement calmant.

Une heure après, une sage-femme appelée trouve à son arrivée la jeune fille dans un délire complet, avec agitation excessive et violentes douleurs dans le ventre. Elle constate par le toucher la présence d’une petite poche d’eaux, qui ne tarde pas à se rompre.

A dix heures, visite du médecin traitant et d’un confrère appelé en consultation. La malade ne présente à ce moment d’autre phénomène que le délire, l’agitation et des douleurs abdominales excessives. Pupilles normales, pas de sensation spéciale à la gorge ou à la langue, pas de trismus, ni dévoiement, ni vomissements. L’écoulement des urines, non plus que le pouls ni la température

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